Du vitriol dans l’étang de l’Elysée

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Du vitriol dans l’étang de l’Elysée

 

par Joelle Meskens

 

ÇA VA MAL FINIR, prédit l’ancien ministre et ex-ami du Président. Il a voté pour Sarkozy mais dort mal depuis. Rencontre. François Léotard, soixante-cinq ans, est rangé de la politique. Mais pas des voitures. Sans contact avec Sarko depuis l’élection, il s’est gardé de lui envoyer son livre…

C’est monté. Très vite. Puis le vase a fini par déborder. Le Fouquet’s. La mise en scène de la libération des infirmières bulgares. Les tests ADN. Le mépris vis-à-vis de l’Europe. Le déchirement du lien franco-allemand. Trop, c’était trop. Alors François Léotard, qui dormait mal depuis qu’il avait voté pour Nicolas Sarkozy, s’est mis à écrire. Frénétiquement. Cent trente-six pages d’un pamphlet au vitriol sur les premiers mois au pouvoir de cet ancien ami avec lequel il s’était engagé en 1995 derrière Edouard Balladur. « J’ai écrit ce livre en quinze jours, alors que d’habitude, je suis plutôt lent », dit-il. En ajoutant, dans un sourire malicieux : « Excusez-moi, c’était jubilatoire. »

Dans la masse des livres déjà parus ou à paraître sur Nicolas Sarkozy, « Ça va mal finir », qui sort la semaine prochaine chez Grasset, occupe une place à part. Par la singularité de son auteur, d’abord. Complètement retiré de la vie politique depuis six ans, celui qui se décrit lui-même comme un « has-been » et endosse tous les défauts du monde « sauf l’orgueil » porte un étonnant regard sur la France. Où le détachement presque mélancolique épouse tantôt la férocité, tantôt l’humour, tantôt la gravité. Par le talent littéraire et la force du propos, ensuite. Depuis le Chirac de Franz Olivier Giesbert (La tragédie du Président, Flammarion), on n’avait plus dévoré un essai avec autant d’appétit. Car voilà un livre écrit par un retraité de la vie politique qui donne furieusement envie de renouer avec elle.

François Léotard ne veut pas replonger dans le bain, non. Trop de blessures, trop de souvenirs sur la servitude du pouvoir (« Chaque fois que j’ai été ministre, je n’ai plus ouvert un livre »), que l’ancien ministre UDF de la Culture (sous Chirac) puis de la Défense (sous Balladur) maquille sans doute par pudeur. « J’ai des ennuis cardiaques et je suis un père tardif qui a envie d’élever son fils. » Mais son livre ralentit tout simplement le temps éditorial qui livre chaque jour sa polémique et sa part de drame sarkozien pour inviter à se demander où tout cela conduit la France. A l’en croire, droit dans le mur. « J’ai été très frappé par les grèves de l’automne dernier. Comme il n’y a pas d’opposition vu l’état du PS, il n’y a plus d’interlocuteur, sinon la rue. C’est très dangereux. Je crois sincèrement que Nicolas Sarkozy, avec cette façon d’exalter l’argent et d’occulter les problèmes sociaux, sera le président qui réintroduira la lutte des classes. »

François Léotard s’avoue féroce. « Un pamphlet est sans doute toujours excessif. » De fait, il cogne. Sur l’ouverture, ce miroir aux alouettes qui a offert des hochets à des ministres socialistes inutiles qui n’ont de pouvoir sur rien d’autre que sur l’horaire de leur billet d’avion. Sur ce président aux allures de « Fred Astaire faisant l’apologie hystérique du travail ». Sur ces clins d’œil au Front national, dont il suffisait, dit-il, de reprendre les thèmes et les simplismes pour le siphonner. Sur la politique d’immigration : « Trois cents enfants arrêtés, dont des nouveau-nés, ce n’est pas la France, ça ! » Sur ces omniprésents conseillers de l’Elysée qui sont parfois de si mauvais conseil. Et même sur le fameux paquet fiscal offert alors que les caisses de l’Etat étaient déjà vides et « qu’il aurait mieux valu comme Churchill promettre du sang et de la sueur ». Un comble pour celui qui a longtemps incarné le wonderboy du libéralisme à la française ? Il s’en défend. « Je n’ai jamais été, comme Alain Madelin, un chantre du libéralisme du marché. Je regrette qu’on se soit engouffré dans l’exaltation de l’entreprise à tout prix. J’ai horreur de cette vulgate qui consiste à dire que plus il y a d’offre et de demande, mieux on se porte. Je suis pour un libéralisme façon Montesquieu, Tocqueville ou Constant. Un libéralisme à la britannique, un libéralisme du droit et des institutions. »

Le livre, à n’en pas douter, va faire un tabac. François Léotard promet déjà un deuxième tome si le remaniement ministériel confirme ce qu’il redoute. « Si Sarkozy fait entrer De Villiers, je tomberais de ma chaise. Quel message adresserait-on à l’Union juste avant la présidence française ! Celui de la haine de l’Europe ! »

Dans un chapitre de politique-fiction, Léotard met en scène un savoureux vaudeville entre le président et Cassandre. La pièce se déroulerait en 2015, trois ans après la réélection de Nicolas Sarkozy. Une prémonition ? « Juste un exercice de style », veut croire l’auteur.

Sources Bellaciao

Posté par Adriana Evangelizt

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