Nicolas Sarkozy ou la honte d'être français

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Un très bel article de Gilles Delouche qui montre vers où va la France avec les lois de Sarkozy. Il est bien évident que si de telles lois avaient existé lorsque son père est arrivé en France, il ne serait pas là où il est aujourd'hui, ni nous non plus d'ailleurs car notre père arrivé d'Espagne s'est fait naturalisé au bout de cinq ans, s'est marié ensuite avec notre père et n'a plus jamais quitté le pays, à part pour aller de temps en temps en vacances en Espagne.

Nous sommes en droit de nous poser la question suivante, les politiques qui pondent leurs lois racistes et ségrégationnistes veulent-ils le bonheur des peuples et de l'humanité en général ? Nous pensons que non.

 

Nicolas Sarkozy ou la honte d'être français

 

par Gilles Delouche

Je viens de prendre connaissance des grandes lignes du projet de loi de Nicolas Sarkozy (ai-je besoin de dire de quel projet il s'agit ?) qui doit, si j'ai bien compris, être présenté ce matin au Conseil des ministres. Je ne suis même plus atterré, j'ai honte. Honte d'être français ­ et français, je le suis depuis beaucoup plus longtemps que ce ministre qui aurait sans doute beaucoup de mal à espérer devenir un jour président de la République française si on avait appliqué à sa famille la loi qu'il va tenter de faire passer !

Professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales ­ une institution qui, depuis plus de 210 ans, tente de faire reconnaître l'éminente qualité «des autres», de leur langue et de leur culture ­, j'ai aussi une expérience de «travailleur étranger» puisque j'ai passé dix-sept ans en Thaïlande comme enseignant dans une université. Sans que mes rapports avec les autorités policières en charge des résidents étrangers de ce pays aient toujours été faciles, je n'ai jamais fait l'objet de mépris, de rejet, ou de suspicion.

Que projette Nicolas Sarkozy ? Tout d'abord, de donner des visas à des étrangers qui, pendant trois ans, pourraient contribuer au «dynamisme de notre pays». Qui ne voit que, derrière cette mesure, il s'agit en fait d'organiser une importation prétendument provisoire de cerveaux ?

Serais-je un de ces étrangers, même bardé de diplômes, je ne me laisserais pas prendre à ce leurre chargé de mépris, pour servir de citron que l'on jette après avoir été pressé ! Puisque l'auteur de ce projet de loi s'est montré aux Etats-Unis, qu'il aille un instant voir la manière dont ce pays dorlote ses «cerveaux étrangers» !

Et quid des étudiants étrangers désirant poursuivre leurs études en France ? Je lis que seuls les «meilleurs» pourraient y prétendre. Mais depuis quand le ministère de l'Intérieur a-t-il compétence pour juger de la qualité des étudiants étrangers ?

Une telle politique, au niveau de l'enseignement supérieur, aura des conséquences bien plus graves que celles que nous pouvons imaginer. Car ces nombreux étudiants que la loi Sarkozy veut éloigner, et qui avaient l'espoir et la volonté de recevoir quelque chose de la France, ne sont-ils pas les mieux placés, une fois rentrés dans leur pays, pour faire rayonner notre langue, notre culture et notre science hors de l'Hexagone ?

Je ne compte plus mes étudiants thaïlandais, garçons et filles, qui se sont mariés ici avec des Français, avant de retourner en Thaïlande, où leurs conjoints n'ont jamais été rejetés, bien au contraire : ils sont, là-bas, «égaux en droits» !

Mais je ne me suis intéressé jusqu'ici qu'aux étrangers diplômés, alors que ce projet bafoue les droits élémentaires de toute personne étrangère travaillant dans notre pays ­ a fortiori sans papiers.

Un travailleur clandestin pouvait jusqu'à présent espérer être régularisé au bout de dix ans, dix ans au cours desquels il aura contribué au développement de la richesse nationale ­ et son employeur au «trou» de la Sécurité sociale et à la fraude fiscale. Ce sera désormais impossible : l'étranger continuera à être utile, et d'autant plus utile que, se trouvant pour toujours en situation illégale, il continuera d'être corvéable à merci sans espoir de changement.

Je continuerai, demain, à diriger les thèses de mes étudiants, parmi lesquels de nombreux étrangers. Je me dirai seulement que je suis heureux que ceux-ci aient pu venir étudier en France avant que la loi ne les en empêche. Et je me préparerai donc à n'enseigner, dans un avenir peut-être très proche, qu'à des gens nés en France, de parents français, voire naturalisés, en des temps où la naturalisation était, merci à notre vieille République d'antan, beaucoup plus libérale.

Sources : LIBERATION

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans LE RACISME EN FRANCE

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