Sarko soutient Villepin sans conviction
Sarkozy, soutien sans conviction de Villepin
par Robert Schneider
Politique - Tenté de quitter le navire gouvernemental, le ministre de l’Intérieur a fait le choix de la solidarité, tout en marquant sa différence.
Le samedi 11 juin 2005, devant les cadres de l’UMP, évoquant sa rivalité avec Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy avait lancé : « Sur mon échec il ne bâtira rien ; sur son échec je ne construirai rien. » Il ne croyait pas si bien dire ! En privé, il avait confié ce qu’il pensait vraiment : « Le parti tient les électeurs et le gouvernement s’occupe de la France. Moi, en étant partout, je cumule les avantages sans les inconvénients. » C’était moins bien vu ! Aujourd’hui, numéro deux du gouvernement et président de l’UMP, le seul parti qui le soutienne, Nicolas Sarkozy est lui aussi déstabilisé par la révolte des jeunes contre le CPE.
Logiquement, le ministre de l’Intérieur devrait se réjouir des malheurs de Villepin. Tout ce qu’il avait prédit est en passe de se réaliser. Villepin, le "poète", comme il l'appelle, Villepin "l'exalté" qui n’a jamais été élu, qui ne connaît pas la France profonde, qui a beaucoup vécu dans les ambassades ou les palais nationaux, Villepin le rival qui lui conteste depuis dix mois le leadership de la droite, va dans le mur.
Echec prévisible
Sa manière de gérer le CPE confirme à la fois aux yeux de Sarkozy l’inexpérience et la prétention du Premier ministre. Accoucher d’un projet concernant l’emploi des jeunes – un sujet à haut risque pour la droite –, sans concertation aucune avec les syndicats ni même avec ses propres ministres, le faire passer au 49-3 à l’Assemblée nationale alors que l’UMP y dispose de la majorité absolue, ne pas mesurer les risques d’inconstitutionnalité, c’est tout faire à l’envers. Et avoir tout faux.
Depuis plusieurs mois Sarkozy, agacé, assistait à la montée en puissance de Villepin. Le Premier ministre qui n’avait pas connu d’état de grâce lors de sa nomination grimpait régulièrement au fil des mois dans les sondages, au point de le rattraper dans certains baromètres de popularité. La presse, qui aime ce qui est nouveau, admirait la prestance, l’élégance, l’éloquence de ce surdoué à qui tout semblait réussir. Villepin, sûr de lui, ne ratait pas une occasion de rappeler qu’il était le patron. Sarkozy prônait-il la discrimination positive ? Il évoquait le danger du communautarisme et affirmait : « Ce n’est pas du tout la philosophie de notre République ! » Sarkozy évoquait-il la « rupture » avec la politique menée depuis vingt ans ? Il rappelait aussitôt : « Notre pays reste attaché à son modèle social, à la fois l’initiative et la solidarité. » Sarkozy réclamait-il des sanctions contre un juge ? Le Premier ministre soulignait que « l’exigence de sérénité et de sérieux était indispensable ». Bref, sa stratégie consistait à faire passer celui qu’il appelle le « nabot » pour un excité, un irresponsable qui risque de mettre la France à feu et à sang. Et à apparaître, face à lui, comme un homme d’Etat. Et voilà ce Villepin qui lui faisait si volontiers la leçon contraint désormais de demander la solidarité de son gouvernement et de son numéro deux, lui qui ignorait si souvent ses ministres. Belle revanche pour Sarkozy ! Le fiasco du CPE ruine à ses yeux les espoirs présidentiels du Premier ministre. Mais il risque aussi de compromettre ses propres chances. Il plombe en effet toute la majorité. Et si une bavure policière se produisait lors d’une manifestation, c’est le ministre de l’Intérieur qui paierait la note.
Comment réagir ? La marge de manœuvre de Sarkozy n’a jamais été aussi réduite. Se démarquer de Villepin, c’est prendre le risque d’apparaître comme le « traître ». Une image dont il avait eu le plus grand mal à se débarrasser après son soutien à Balladur en 1995. D’autant qu’il a expliqué en juin 2005 qu’il était de retour au gouvernement « pour garantir l’unité de la famille ». Coller au Premier ministre, afficher une solidarité à toute épreuve, c’est prendre un autre risque plus grand encore : celui de couler avec lui. Déjà, les sondages montrent que Villepin l’entraîne dans sa chute. C’est pourquoi, dans l’entourage du ministre de l’Intérieur, certains s’interrogent : ne devrait-il pas quitter le plus vite possible ce navire qui prend l’eau ? Sarkozy y songe plus que jamais. Il a affirmé devant ses amis qu’il ne voulait pas se laisser enfermer dans le calendrier qu’il avait imaginé, fixant son départ à la fin 2006. Mais pas question de partir dès maintenant. Les députés UMP avant tout soucieux de leur réélection ne le lui pardonneraient pas : ils réclament de la solidarité dans l’épreuve.
Réticences affirmées
Sarkozy a donc décidé de soutenir le projet de son rival en difficulté, tout en marquant sa différence. Ses proches, François Fillon, Patrick Devedjian, Gérard Longuet, et lui-même plus discrètement, rappellent que personne, pas même le Medef, ne réclamait le CPE. Et que Sarkozy ne l’a jamais préconisé, lui qui est favorable au contrat unique. Ils insistent sur l’importance du dialogue avec les syndicats. Sarkozy a même refusé de déjuger Hervé de Charette, l’ancien ministre des Affaires étrangères, aujourd’hui partisan de sa candidature, qui réclame le retrait du texte. A ses yeux, le CPE a été monté contre lui, Villepin ayant voulu prouver qu’il était l’homme de la rupture. Ce n’est donc pas à lui, Sarkozy, d’en assurer le service après-vente. Que le Premier ministre et le Président se débrouillent.
Sources : CHALLENGES
Posté par Adriana Evangelizt