Le hussard Villepin
Villepin, le hussard sûr de soi
par Vanessa SCHNEIDER
Depuis son arrivée à Matignon, le Premier ministre tentait de gommer son image rigide. Le naturel revient au galop à la faveur de la crise du CPE.
Il avait changé et il fallait que cela se sache. Depuis sa nomination à Matignon, en juin 2005, Dominique de Villepin s'était attelé à gommer sa fougue et ses emportements. Finis les élans du poète, remisés les coups de sang et les grosses colères. En s'installant rue de Varenne, celui que certains parlementaires de son camp surnommaient «le fou», était devenu sage. Une image que son incompréhensible entêtement sur le CPE est en train d'écorner. Tout à son ambition personnelle être en mesure de concurrencer Nicolas Sarkozy au premier tour de la présidentielle de 2007, il a retrouvé la morgue et la brutalité qui avaient tant rebuté les petits gradés de la majorité. «Il n'a rien à faire de rien ni de personne, il est sûr de lui et tant pis pour la casse», constate un député UMP inquiet des conséquences de la raideur du Premier ministre.
Mépris. Dominique de Villepin n'a jamais caché son mépris pour les élus («des connards», les a-t-il longtemps appelés) et les corps intermédiaires en général. «C'est tout juste si les syndicats existent pour lui, explique un autre député. Il ne faut pas oublier qu'il a très longtemps vécu hors de France et n'y est revenu que pour vivre sous les ors de la République.»
Jamais adoubé par le suffrage universel, c'est dans ses lectures que le Premier ministre s'est forgé sa vision de la politique. A la hussarde, sans précaution, guidé par ses seules certitudes et une incroyable confiance en lui.
Secrétaire général de l'Elysée en 1995, il avait déjà exhorté Alain Juppé à ne pas flancher devant la rue. Il fut ensuite l'instigateur de la dissolution ratée de l'Assemblée nationale en 1997, coup de poker dément transformé en mémorable débâcle. En 2002, avant la présidentielle, il estimait dans son livre le Cri de la gargouille qu'il n'existe «aucun intermédiaire (...) entre la raideur et l'abandon» : «Tout gouvernement qui cède à cette tentation de la facilité ne peut espérer gouverner durablement.» Il écrivait encore : «Un pouvoir qui écoute doit, une fois la décision prise, s'efforcer de ne point reculer s'il est persuadé d'oeuvrer pour le bien commun.» Et de s'interroger : «Devant l'ampleur et la gravité des enjeux, peut-on se satisfaire d'une approche impressionniste, qui ménage les susceptibilités, courtise l'opinion et bat en retraite à la première poussée d'urticaire ?» Il vantait alors les mérites d'un dialogue «social» régulier pour éviter «les crises inutiles».
Napoléonien. Depuis le début de la crise du CPE, Dominique de Villepin a retrouvé sa grammaire guerrière. Contre le chômage, il propose une «bataille pour l'emploi». Devant les parlementaires UMP réunis mardi soir à Matignon, celui dont Alain Juppé disait qu'il ferait un excellent Premier ministre... «en temps de guerre», a truffé son discours des mots «mobilisés», «défendre», «attaquer». Féru d'épopée napoléonienne, il ne dédaigne pas les propos de soudards et théorise en privé : «La France a envie qu'on la prenne.»
La gauche a vite compris qu'il y avait là un coin à enfoncer. Après Sarkozy l'agité, elle pointe Villepin le psychorigide exalté. Le chef du gouvernement, en amorçant un début de dialogue depuis deux jours, semble à nouveau chercher à atténuer sa rudesse. Il peut encore changer de registre. Son objet fétiche n'est-il pas une statue de Janus, le dieu romain aux deux visages ?
Sources : LIBERATION
Posté par Adriana Evangelizt