La droite soutient le Premier Ministre
Les Français rejettent le CPE, la droite soutient Villepin
par Arnaud Leparmentier
Le contrat première embauche suscite un rejet massif des Français, plus marqué encore que la réforme d'Alain Juppé sur la Sécurité sociale en décembre 1995, mais Dominique de Villepin bénéficie pour l'instant du soutien massif de son électorat. C'est ce qui ressort d'une enquête Ipsos, réalisée auprès d'un échantillon représentatif de 959 personnes, samedi 25 mars, au lendemain de l'échec de la réunion de Matignon avec les syndicats de salariés, pour Le Monde et France 2 pour l'émission "Mots croisés". Ainsi 63 % des Français désapprouvent-ils la décision de maintenir le CPE, contre 53 % en 1995 pour le plan Juppé. A l'époque, 44 % des Français se disaient favorables au maintien de la réforme de la "Sécu", contre 34 % pour le CPE.
Le clivage politique est très marqué, puisque 74 % de l'électorat UMP – et dans une moindre mesure 58 % de l'électorat UDF – approuve le maintien du CPE, tandis que 87 % de la gauche parlementaire et 83 % de l'extrême gauche, le dénoncent. Le rejet est plus marqué chez les ouvriers, les employés et les salariés du public. "L'électorat de la majorité en 1995 était beaucoup plus unanime dans son soutien au plan Juppé", rappelle Pierre Giacometti, directeur général d'Ipsos-France, qui note toutefois que le soutien de l'UMP au CPE n'a pas baissé en une semaine, ce qui est "plutôt positif" pour le premier ministre. "J'ai rarement vu l'électorat de gauche dans une position d'aussi nette détermination. L'élection présidentielle est si proche qu'on a des comportement très structurés politiquement. Pour l'instant, le soutien de l'UMP est suffisant, mais il me paraît plus fragile que la détermination des électeurs de gauche. Si la crise s'installe, Villepin ne sera plus jugé sur la réforme elle-même mais sur sa gestion de la crise. Dans une telle crise, s'il n'y a plus le soutien de son électorat, c'est fini", analyse M. Giacometti.
"LE STATU QUO EST MORT"
M. de Villepin a beau avoir expliqué dès le début de la crise sur le CPE qu'il ne resterait pas "droit dans ses bottes", il est jugé non convaincant dans sa volonté de concertation avec les syndicats par 63 % des Français, un score comparable à celui obtenu par Alain Juppé (62 %), auteur de la fameuse expression en 1995.
Le gouvernement est jugé responsable du blocage par 59 % des Français (80 % de la gauche parlementaire) tandis que 26 % (58 % de l'électorat UMP) pensent que la faute en revient aux syndicats. Conséquence logique, les Français se disent solidaires à 62% du mouvement de contestation du CPE (89 % pour la gauche parlementaire, 26 % pour la droite parlementaire et 73 % pour les moins de 26 ans). Dans ce contexte, seuls 4 % des Français souhaitent que le CPE soit maintenu en l'état y compris à droite ou ce score n'atteint que 8 %. "Le statu quo absolu est mort. Les Français ont intégré qu'il fallait faire un pas. Ils ont enterré le CPE 1, ils attendent le CPE 2", poursuit M. Giacometti. Un Français sur deux et les trois quart des électeurs UMP, veut que le CPE soit "maintenu mais avec des aménagements", tandis que 44 % des personnes interrogées demandent son retrait.
Sur l'issue du conflit, seuls 37 % des Français (49 % de la gauche parlementaire) pensent que le premier ministre va retirer la loi, tandis que 47 % des personnnes sondées (40 % de la gauche parlementaire et 63 % de la droite parlementaire) pensent que "les opposants au CPE vont finir par accepter de discuter des modalités de son application". "La position de fermeté de Dominique de Villepin a bien été enregistrée dans l'opinion, car seule une minorité pense qu'il va lâcher", estime M. Giacometti. 45 % des moins de 26 ans parient sur un retrait et 49 % sur une discussion sur les modalités d'application. Les principaux concernés se gardent donc de prédire l'issue du conflit.
Sources : LE MONDE
Posté par Adriana Evangelizt