La méthode de DDV
Le Premier Ministre entend contourner la constestation
Samedi, devant les syndicats d'étudiants qu'il avait conviés à Matignon, le premier ministre a vidé ses poches. Toutes ses propositions d'"aménagement" du CPE, dont certaines avaient été distillées par son entourage au cours des deux dernières semaines, ont été répétées et précisées. Sans qu'il soit jamais question de remettre en cause le coeur du CPE, inscrit dans la loi : la non motivation juridique du licenciement pendant la période d'essai de deux ans.
A la marge, l'Etat propose de compléter l'indemnité chômage d'un salarié dont le CPE serait rompu, afin de lui maintenir son ancienne rémunération pendant trois mois, le temps qu'il entreprenne une formation. Ensuite, le gouvernement se propose d'encadrer plus strictement les CDD et les stages, afin de leur substituer des CPE. Lesquels, insiste Matignon, sont des contrats à durée indéterminée. Samedi, M. de Villepin a avancé l'idée d'interdire aux entreprises d'offrir des stages aux étudiants déjà diplômés. Il a proposé, enfin, de prolonger les bourses d'études jusqu'au premier emploi.
Les organisations lycéennes et étudiantes à la pointe de la contestation anti-CPE (UNEF, Confédération étudiante, Coordinations, FIDL, UNL, etc.) ayant boycotté la réunion, le premier ministre s'efforce de légitimer les autres. La FAGE et l'UNI, qui ont remporté la première et la troisième place aux élections aux CROUS boycottées par l'UNEF, sont d'ailleurs désormais qualifiées de "premières organisations étudiantes" par Matignon. Ce, dans un scrutin où le taux de participation s'est établi à 4,41 %. Ces deux organisations ont été invitées à faire partie du comité "d'évaluation" du CPE. Côté étudiants, le gouvernement parie ainsi et sur un prochain accord avec la FAGE et l'UNI et sur un essoufflement du mouvement à partir des vacances de Pâques.
Quant aux confédérations de salariés, Matignon a décidé pour le moment de s'en passer. La rencontre de vendredi avec M. de Villepin leur a laissé un goût amer. Elles disent, depuis, leur impression d'avoir été instrumentalisées dans une mise en scène de dialogue. FO et la CGT ont juré qu'on ne les y reprendrait plus.
Matignon sait que les syndicats les plus réformistes, dont la CFTC et la CFDT, ne pourront pas non plus se rasseoir autour d'une table pour discuter du CPE. "On n'est pas complètement idiots", fait remarquer l'entourage du premier ministre. Le ministre du travail Jean-Louis Borloo estime de son côté que les aménagements du gouvernement sont arrivés trop tard pour "décrocher" ces organisations. Le numéro un de la CFDT, François Chérèque affirme n'avoir eu aucun contact avec M. Borloo ce week-end.
S'il fait aujourd'hui l'impasse sur les partenaires syndicaux, le premier ministre mise en revanche sur quelques entreprises "pilotes" et amies qui signeront les premiers CPE en réduisant d'emblée la période d'essai. Par exemple à un an. Le député (UMP) Hervé Mariton, a été chargé de jouer les émissaires auprès de patrons. Ce n'est qu'après cette étape, et devant l'état de fait que constituera bientôt la signature des premiers CPE, que certains syndicats pourraient accepter de rouvrir le dialogue social, escompte Matignon.
Sources : LE MONDE