Les anti-CPE réclament aussi l'amnistie
Et oui, cette amnistie va forcément entraîner d'autres demandes. Et quand on dit que José Bové a été amnistié, n'oublions pas quand même qu'il a fait de la prison... et comme le dit si bien le Syndicat de la Magistrature -qui sait de quoi il parle- "qui détruit un boeuf est beaucoup plus criminel que qui détourne dix boeufs"...
Après Drut, les anti-CPE réclament l'amnistie aussi
par Karl LASKE
239 d'entre eux ont été condamnés à de la prison, ferme ou avec sursis
Très bonne idée, l'amnistie. Quelques jours après l'annonce de la décision présidentielle en faveur de Guy Drut, Jacques Chirac a été interpellé, hier, par un collectif d'assistance juridique créé par des élèves avocats, lors des manifestations anti-CPE. «Plusieurs centaines de personnes ont, comme monsieur Drut hier, une condamnation pénale inscrite à leur casier judiciaire, qui entame également leur carrière professionnelle», a signalé le collectif, dans une lettre au président de la République, lui réclamant «d'appuyer auprès du gouvernement et des parlementaires la revendication d'amnistie» des manifestants anti-CPE. «La plupart des jeunes condamnés n'avaient pas de casier, fait remarquer Sébastien Mabile, du collectif, et pour ceux qui veulent devenir prof ou passer des concours administratifs, les conséquences peuvent être lourdes.»
«Quota». Simultanément, les jeunes juristes ont rendu public un «rapport de synthèse sur la répression policière et judiciaire» du mouvement (1), non exhaustif, précisent-ils, mais assorti de témoignages. Les chiffres, déjà, méritent d'être rappelés : 4 350 personnes ont été interpellées à l'occasion des manifs anti-CPE. 637 personnes, soit 15 %, ont fait l'objet de poursuites. «Il faut des chiffres, aurait expliqué un policier à Benoît, interpellé aux Invalides, à Paris. Vous êtes le quota de casseurs de la journée.» Le rapport souligne les «interpellations médiatiques [effectuées] une fois la manifestation terminée». «Les services de police entourant les personnes restantes», par centaines parfois. Les «flagrants délits» ont été proportionnellement rares. Plusieurs «entorses à la déontologie policière» sont à relever, avec l'intervention des policiers sans brassards, certains déguisés en manifestants, les blocages et contrôles «préventifs» de cortèges dans certaines villes de banlieue.
Parmi les 4 350 interpellations, le rapport rappelle les 2 500 contrôles d'identité au commissariat souvent effectués sur des manifestants qui avaient leurs papiers et le placement de 1 950 personnes en garde à vue. Les procureurs étaient invités à «privilégier la comparution immédiate». De fait, 42 % des personnes poursuivies ont comparu selon cette modalité «expéditive». «Les personnes déférées répondaient rarement au profil type du "casseur" délinquant, connu des services de police, mais davantage à celui d'étudiant, de lycéen, de salarié, pour la plupart sans antécédents judiciaires.»
«Justice d'exception ?» 72 peines de prison ferme et 167 peines de prison avec sursis ou de travaux d'intérêt général ont été prononcées au 18 avril. La plupart des peines fermes l'ont été, entre fin mars et début avril. Ce moment fort de la contestation a-t-il généré «une justice d'exception» ? s'interrogent les futurs avocats. «L'indépendance des juges est-elle garantie en période de crise ?» A l'automne, les juges ont prononcé 422 peines de prison ferme lors de l'embrasement des banlieues, dont 70 % en comparution immédiate.
(1) repression2006.blogspot.com
Sources : Libération
Posté par Adriana Evangelizt