Chez les Sarko, y'a pas photo
Chez les Sarko, y'a pas photo
par Philippe Ridet
"Je ne décide pas de ma vie privée en fonction de ses conséquences sur ma vie publique." Installé dans le salon de l'Airbus A319 qui le ramène de Guyane, et où il a convié une partie de la presse à dîner, Nicolas Sarkozy tente, ce jeudi 29 juin, de se défendre face aux interrogations des journalistes, qui le soupçonnent d'avoir largement mis en scène le retour de son épouse Cécilia, à dix mois de la présidentielle de 2007.
Discrètement réapparue le 8 juin, lors d'une conférence de presse au ministère de l'intérieur, installée au premier rang du meeting de l'UMP à Agen, le 22 juin, Mme Sarkozy était, en Guyane - où elle accompagnait son mari dans un voyage ministériel officiel pour la première fois depuis son départ, en mai 2005 -, omniprésente, quoique silencieuse.
Pas un plan, pas une image sans elle. "Impossible de monter un sujet sans qu'elle soit dans le cadre", reconnaissaient les envoyés spéciaux des télévisions.
Plan média ou péripétie sentimentale, par nature imprévisible ? Ce couple reformé, embarqué dans une pirogue sur le fleuve Maroni, tandis que photographes et cameramen mitraillent sans relâche, peut difficilement passer pour novice en matière de communication. Si le bonheur du ministre candidat ne souffre pas de doute, quoi d'étonnant à ce qu'il ait voulu le montrer, et clore ainsi une longue séquence médiatique autour des aléas de sa situation conjugale.
Tout commence par un écho dans Le Parisien, dimanche 4 juin. On y lit que Nicolas et Cécilia Sarkozy ont été vus, la veille, chez un chausseur de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris. Le Monde revient à son tour sur la vie sentimentale du président de l'UMP, dans une chronique, le 13 juin. Le Point du 15 juin glisse en couverture : "L'amour retrouvé" et, sous la plume de Catherine Pégard, cite quelques confidences du ministre sur sa vie conjugale.
Sollicité, le ministre refuse pourtant officiellement - et "obstinément", selon son expression -, de parler de sa vie privée. Les hebdos people, Gala, Paris Match, VSD, entrent dans la danse et publient des photos du couple. "Qu'y puis-je ?, s'énerve M. Sarkozy. Si Le Point et VSD font leur "une" sur moi, c'est uniquement parce que ça fait vendre. Arrêtons de conceptualiser sur la peopolisation !"
Le ministre a affirmé que les images de son week-end à Londres, en famille, le 18 juin, publiées par Paris Match la semaine dernière, étaient "des photos volées".
Le chef de l'UMP consent cependant à reconnaître qu'il a appelé Match pour, dit-il, "demander à ne pas faire la "une" et s'assurer que le reportage qui (lui) était consacré ne s'étale pas sur sept pages". Et de soupirer : "Dire qu'ils voulaient enlever Devos..." Il affirme avoir parlé à Catherine Pégard, du Point, parce qu'il "la connaît depuis longtemps". Quand on lui parle de la presse people, il lâche, vindicatif : "Je me fous de VSD et je fuis Gala de toute l'aspiration de ma personne." Les photos publiées dans VSD, le 14 juin, dateraient de "trois ans", selon lui, et celles de Gala, le 21 juin, de "cinq ans".
Nicolas Sarkozy victime des médias ? La thèse peut faire sourire. A Venise, où il passait récemment le week-end avec son épouse - des photos ont été publiées dans le numéro de VSD du 28 juin -, la police italienne est venue les prévenir que des paparazzi les photographiaient depuis un bateau sans qu'ils s'en aperçoivent. Fataliste et blasé, le candidat a laissé faire : "Qu'est-ce que j'y peux ?", a-t-il dit aux carabiniers.
Sources : Le Monde