Faire appliquer la Résolution 1701 constitue un défi
L'ONU a encore pondu une résolution, une de plus dirons-nous... mais va-t-elle être appliquée, ça c'est une autre histoire.
Après la difficile adoption vendredi d'une résolution au Conseil de sécurité de l'Onu pour faire cesser la guerre au Liban, la communauté internationale fait maintenant face à la tâche encore plus ardue de la faire appliquer, alors que les combats continuaient samedi.
Israël et le Liban, a annoncé le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan dans la nuit de samedi à dimanche, ont conclu un accord pour cesser les hostilités lundi 14 août à 05H00 GMT.
Ni Jérusalem ni Beyrouth n'ont cependant immédiatement réagi à l'annonce de M. Annan et, si le gouvernement libanais a officiellement accepté samedi la résolution 1701, le cabinet israélien doit se réunir dimanche pour l'examiner.
Il restera à la mettre en oeuvre, ce pourquoi M. Annan a assuré le Liban et Israël que "les forces des Nations unies sur le terrain, la Finul, travailleront avec eux".
Fruit d'un compromis entre les exigences israéliennes et libanaises obtenu aux forceps par ses deux parrains, la France et les Etats-Unis, la résolution 1701 permet certaines interprétations contradictoires et reste vague sur bien des points, ce qui peut compromettre son efficacité, surtout sur le long terme.
Ainsi, le ministre libanais des Affaires étrangères par intérim, Tarek Mitri, a déploré, dans son intervention à l'Onu, le fait que la résolution appelle Israël à cesser ses opérations militaires "offensives".
"Les Libanais n'ont pas confiance en la distinction israélienne entre +défensif+ et +offensif+, la fin des opérations militaires devrait être sans équivoque", a-t-il estimé.
Point de vue partagé par le chercheur Dominique Moïsi, de l'Institut français de relations internationales (Ifri), selon qui la résolution est "un texte de compromis qui tient compte des objections de tous sans répondre aux préoccupations d'aucun".
"Pour le Liban et la France, elle parle de +cessation immédiate des hostilités+. Pour les Etats-Unis et Israël, elle parle d'arrêt des +opérations offensives+. Ce qui laisse la porte ouverte aux opérations défensives qu'Israël se verrait amené à conduire", estime-t-il.
Selon Bill Durch, expert des opérations de maintien de la paix au Centre Henry L. Stimson à Washington, pour qu'une force internationale comme celle qui sera déployée aux côtés des forces libanaises au Liban sud soit efficace, il doit y avoir une solution globale au conflit israélo-palestinien et aux autres disputes régionales.
"Les radicaux doivent être convaincus par leurs dirigeants, par leurs fournisseurs -l'Iran et la Syrie- que leur but ultime est hors d'atteinte. Mais je ne vois guère d'efforts en ce sens", dit-il.
Selon cet expert, beaucoup dépendra de l'attitude du Hezbollah et de son principal soutien, l'Iran. "Si le Hezbollah décide de continuer, on assistera à la même guerre avec des uniformes différents", estime-t-il.
Samedi, le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a affirmé à Sanaa (Yémen), que la résolution était "unilatérale" et servait "plutôt les intérêts du régime sioniste".
Le président américain George W. Bush a salué samedi la résolution, tout en reprochant au Hezbollah, à l'Iran et à la Syrie d'avoir commencé "une guerre non désirée" dans la région.
"Maintenant je demande instamment à la communauté internationale de traduire ses mots en actions et de faire tout ce qui est possible pour apporter une paix durable dans la région", a déclaré M. Bush.
Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a déclaré samedi que son mouvement s'est "engagé à cesser tout acte d'hostilité" une fois qu'un accord aura été négocié par les Nations unies.
Dans un discours diffusé par la télévision Al Manar, organe du Hezbollah, il a ajouté que le Hezbollah "ne fera pas obstacle" à l'approbation de la résolution par le gouvernement libanais, même si ce texte est "injuste".
Mais il s'est gardé d'indiquer si son mouvement accepterait de désarmer. La résolution 1701 appelle au désarmement de tous les groupes armés au Liban, en référence au Hezbollah, mais n'indique pas comment y parvenir. C'était aussi une exigence, restée lettre morte, de la résolution 1559 de septembre 2004.
Pour sa part, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a espéré samedi "qu'en l'espace d'un jour environ, il y aura une cessation des hostilités sur le terrain" au Liban après une approbation de la résolution par les gouvernements israélien et libanais, dans un entretien à une radio israélienne.
Sources : AFP
Posté par Adriana Evangelizt