Une impressionnante armada européenne en route vers le Liban
Près de 880 Casques bleus italiens débarquent aujourd’hui à Tyr ;
des chars français Leclerc, des frégates
et des avions Tornado allemands attendus sous peu
Une impressionnante armada européenne en route pour le Liban
pour mettre sur pied la Finul II
Les premiers renforts italiens de la Force intérimaire des Nations unies au Liban seront dès aujourd’hui à Tyr pour veiller, aux côtés de l’armée libanaise, à la cessation des hostilités. La France aussi va entamer le transport de ses Casques bleus vers le Liban, leur arrivée étant prévue pour le 10 septembre.
Dans sa nouvelle configuration, la Finul est beaucoup plus « robuste », et les contingents italien et français, notamment, amènent avec eux des chars lourds, de l’artillerie, des hélicoptères d’assaut et des chasseurs-bombardiers.
Le but ? Ne plus avoir « à appeler New York pour savoir quoi faire » à chaque fois qu’un problème surgit sur le terrain. Dans ce cadre, l’Espagne a décidé d’envoyer un millier d’hommes, pendant que la Turquie attend toujours la décision de son Parlement pour envoyer son contingent au Liban. Quant à l’Indonésie, ses effectifs seront d’un millier de soldats.
L’arrivée des 880 militaires italiens, aujourd’hui, portera à 3 180 membres les effectifs de la Finul II. Il s’agit du plus important contingent étranger déployé au Sud depuis le 11 août, date de l’adoption de la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Selon les indications du porte-parole onusien, Alexander Ivanko, le contingent italien devrait débarquer sur la plage du Rest House, où est logée depuis des semaines la presse internationale, ainsi que sur une autre plage, sur le littoral de Tyr. « Les soldats seront d’abord rassemblés là, puis ils iront dans un camp de transit », dans le secteur central du Liban-Sud, et ils y recevront leurs instructions avant de se déployer vers leurs zones d’opérations.
Le débarquement de ce contingent militaire marque le véritable lancement d’une ambitieuse mission internationale dans la région. « Cette force arrive ici avec un équipement bien supérieur » que l’ancienne Finul, note Timour Goksel, ancien conseiller politique et porte-parole de la Finul, aujourd’hui professeur à l’Université américaine de Beyrouth. Un diplomate européen explique de son côté que la chaîne de commandement permettra également à la force sur place de réagir plus rapidement à toute violation de son mandat. « Il était important que l’on ne se retrouve pas dans la situation de type bosniaque, où, pour se défendre, il fallait appeler New York pour savoir quoi faire », a indiqué ce diplomate sous le couvert de l’anonymat.
Mais pour l’expert militaire italien Alessandro Politi, c’est le contexte régional qui donne à cette initiative de l’ONU et de l’Union européenne (UE) de meilleures chances pour stabiliser la région. « Le point fort, c’est la mutation radicale du contexte politique régional : comparés à il y a 30 ans, les Israéliens sont différents, le Liban est différent, mais surtout le Moyen-Orient est différent », assure-t-il. Les efforts de l’ONU et de l’UE peuvent se déployer, selon lui, avec d’autant plus d’énergie que l’option de la force, défendue par les nostalgiques des confrontations idéologiques d’antan, a perdu toute crédibilité avec les revers américain en Irak et israélien au Liban. Pour autant, avertit M. Politi, la diplomatie de l’Europe dans cette région « devra faire preuve de doigté pour aider le Liban à intégrer le Hezbollah dans l’armée et à démanteler les lanceurs de roquettes ».
Les forces françaises et allemandes
Pour en revenir au « terrain », la France va entamer ce week-end le déploiement d’un renfort en hommes, en blindés et en artillerie.
L’avant-garde du premier bataillon français, fort de 900 hommes, doit embarquer dès dimanche à Toulon à bord du navire de transport La Foudre. Six unités d’infanterie, de blindés, d’artillerie et de logistique quitteront leurs casernes en début de semaine prochaine pour prendre la mer en direction du Liban, où elles arriveront le 10 septembre et seront complètement déployées le 15.
Les 13 chars Leclerc du 12e régiment de cuirassiers d’Olivet embarqueront pour le Liban jeudi prochain, a expliqué à Reuters un officier du service d’information des armées (Sirpa).
Une seconde vague doit compléter le contingent français ultérieurement, qui sera au total porté de 400 à 2 000 hommes.
Il convient de noter à cet égard qu’il s’agira de la plus coûteuse de la quinzaine d’opérations extérieures de l’armée française, avec un coût annuel évalué par le ministère à environ 100 millions d’euros (70 millions pour les troupes Finul et 30 millions pour Baliste).
Par ailleurs, le ministre allemand de la Défense, Franz Josef Jung, a déclaré ces derniers jours s’attendre à ce que Berlin contribue au moins à hauteur de 1 200 hommes. Lors d’une conférence de presse hier, des porte-parole ont néanmoins jugé prématuré de donner un chiffre précis pour le contingent allemand.
Dans le quotidien Tagesspiegel, il est expliqué que l’Allemagne enverra 800 membres de l’armée de l’air en plus de 1 130 marins. Deux frégates et 11 ou 12 autres navires allemands devraient ainsi faire route vers le Liban. En outre, six avions Tornado seront mis à disposition de la Finul pour des missions de reconnaissance. De son côté, le journal Die Welt écrit que l’Allemagne enverra 1 200 militaires en plus de 200 ou 300 techniciens militaires. Mais ces chiffres n’ont pas été confirmés par une source officielle.
L’Espagne envoie 1 000 hommes
Le gouvernement espagnol a approuvé hier en Conseil des ministres l’envoi de « jusqu’à 1 100 militaires au Liban dans le cadre de la Finul ».
Cette mesure devra être formellement approuvée le 7 septembre par un vote du Parlement. La porte-parole et vice-présidente du gouvernement, Maria Teresa Fernandez de la Vega, a en outre précisé que le déploiement du contingent espagnol s’effectuera en deux temps : l’envoi, tout d’abord, d’une unité d’infanterie de marine, qui sera remplacée en novembre par une « brigade multinationale » dirigée par l’Espagne.
Un bataillon d’infanterie de marine d’environ 450 hommes pourrait ainsi partir pour le Liban dès le 8 septembre, à bord de 5 navires. Il arriverait le 14 ou 15 septembre.
De son côté, le gouvernement turc a transmis hier au Parlement un projet de motion autorisant l’envoi de troupes au Liban, a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères Abdullah Gül. Une fois le projet de motion transmis au Parlement, le groupe parlementaire du Parti de la justice et du développement (AKP, au pouvoir) doit déposer une demande de réunion extraordinaire devant le président du Parlement, seul habilité à convoquer l’Assemblée en session plénière.
Le nombre de soldats devant être déployés et la date de leur envoi au Liban ne sont pas encore connus, mais le porte-parole du gouvernement Cemil Ciçek a indiqué mardi que le contingent turc aurait une mission d’au moins un an, extensible en cas de nécessité.
Sources : LORIENT LE JOUR