Les difficultés de vivre pour la classe moyenne aux USA

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Toujours pour Sarko l'Americain, un article où il est question de la "classe moyenne" -aux USA-  où le chômage est la principale raison de la dégradation de leur situation. Et il n'a pas honte de dire que l'Amérique connait le plein emploi. De qui il se fout ? Il croit peut-être que tous les Français sont des boeufs qui broutent l'herbe sans se poser des questions et qui gobent tout ce qui se dit sans être au courant de ce qui se passe ailleurs. Il tient exactement le même discours que le fameux Guy Millière, pro-bush, pro-israélien, sioniste et plutôt d'extrême-droite- qui, lui, dit carrément qu'il n'y a pas de pauvres aux USA. Ceci nous avait tellement choqué que nous nous sommes permis de lui démontrer le contraire dans l'Eldorado des pauvres se trouvent aux USA. Un tel cynisme nous révulse. Car il faut savoir que le salaire minimum n'a pas augmenté d'un cent depuis 1997 et que presque tous les ménages sont obligés de faire des crédits pour arriver à vivre correctement.

 

Le blues de la « middle-class »

 

par Nicolas Madelaine

Au cours du mandat de George W. Bush, la classe moyenne a subi une baisse de ses revenus, tandis que le coût de la vie augmentait. Un thème largement exploité par le candidat démocrate, John Kerry, dans la campagne présidentielle. Les républicains, de leur côté, se défendent en invoquant l'état de quasi-récession dans lequel se trouvait l'économie lors de leur arrivée au pouvoir.
L'expression a envahi les médias et les conversations. La classe moyenne américaine se sent « squeezée », prise en tenaille entre des salaires qui stagnent, voire baissent, et le coût de la vie qui, lui, augmente. Les témoignages se multiplient. « Je sens le «squeeze» aux deux extrémités de mon budget », explique une mère de famille employée dans une agence d'assurances. « Des vacances ? Non, je ne peux pas quitter mon travail. »

C'est un des grands thèmes de la campagne du candidat démocrate John Kerry : « Aujourd'hui, la classe moyenne est «squeezée» comme elle ne l'a jamais été », répète-t-il à l'envi. Les républicains, pour leur part, tournent le concept en dérision. « Le coup du «squeeze» », titre, afin de démontrer que la question ne se pose pas, un spécialiste du sujet, membre de l'American Enterprise Institute, « think tank » conservateur très réputé.

Les statistiques sur l'évolution du pouvoir d'achat des ménages américains montrent pourtant que les classes moyennes souffrent depuis la fin des années 1990. Le chômage est une des principales raisons de la dégradation de leur situation. « A 5,4 %, il est un tiers plus haut qu'en 2000 », rappelle Gary Burtless, de la Brookings Institution. Résultat : le salaire médian (la moitié de la population se situe au-dessus, l'autre moitié en dessous) a fondu de 1.500 dollars entre 2000 et 2003, pour s'établir à 43.300 dollars par an. Qui plus est, les réductions d'impôts fédéraux n'ont pas changé la donne. Deux explications à cela. En valeur absolue, elles ont essentiellement profité aux plus aisés - les économistes de JP Morgan estiment que 77 % des réductions de 2003 sont allées aux 20 % d'Américains les plus riches. Et leur diminution a été compensée par la hausse de la fiscalité des Etats. In fine donc, selon l'Economic Policy Institute, très souvent cité par les tenants du fameux « squeeze », tous les ménages des classes moyennes, à l'exception des mères célibataires, ont vu leurs revenus s'éroder entre 2000 et 2003.

Même les retraités sont devenus plus vulnérables. Ils sont désormais 1 million, 500.000 de plus qu'il y a trois ans, à avoir vu une partie de leur pension s'évaporer en même temps que leur entreprise a fait faillite. Pour eux, la seule issue consiste à se tourner vers le système fédéral d'assurance conçu pour parer à ce genre de coups du sort. Mais ce n'est qu'un filet de sauvetage. Exemple. La retraite de Tom Paulsen, un ancien cadre dans les transports, s'est littéralement effondrée, passant de 151.000 dollars par an aux 22.000 dollars payés par l'assurance. « Personne ne va pleurer sur mon sort, pourtant j'ai déménagé neuf fois pour cette société et j'ai connu de nombreuses nuits sans sommeil », a-t-il expliqué au « New York Times », amer et réaliste à la fois.
Pendant ce temps-là, la vie est devenue plus chère. L'indice du coût de la santé calculé par le département du Travail a progressé de 18 % entre fin 2000 et septembre 2004. C'est sans doute pourquoi, au cours de cette période, environ 5 millions d'Américains ont renoncé à toute couverture, rejoignant les 40 millions de leurs compatriotes déjà dans ce cas.

Le spectre du chômage
Le prix de la scolarité des enfants s'est également envolé. Le département du Travail chiffre la hausse des frais d'éducation à 28 % depuis fin 2000. « Je n'ai pas pu terminer mon cycle de formation cette année car ma fille est entrée à l'université, explique Michael, à l'accueil d'une tour de Wall Street. Un semestre coûte environ 2.000 dollars... Attention ! à l'université publique, pas à Harvard. »

Au total, les inégalités de revenus se sont profondément creusées. « L'indice de référence du Census Bureau en la matière bat tous les records depuis la Seconde Guerre mondiale », explique Edward Wolff, professeur à la New York University et spécialiste des questions de revenus. Selon le Census Bureau, toujours, les 40 % de foyers gagnant le moins reçoivent désormais 12,1 % du total des revenus, contre 12,5 % en 2000, alors que les 40 % gagnant le plus sont passés de 72,8 % à 73,2 %. Conséquence : le nombre d'habitants vivant sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire 12.000 dollars par an pour un foyer de deux personnes, s'est accru de 4 millions, et s'élève désormais à près de 36 millions. Une consolation, ils sont inscrits à Medicaid et bénéficient donc d'une assurance-santé.

Elizabeth Warren, professeur à Harvard et auteur d'un livre sur la middle-class, met l'accent sur un autre indicateur : les faillites personnelles. En 2003, 1,6 million de foyers américains se sont déclarés en faillite, selon les données des tribunaux. Cela correspond à une hausse de 33 % par rapport à 2000. « Qui sont ces familles en difficulté ? s'interroge-t-elle. Des Américains ordinaires de la classe moyenne qui luttent pour offrir une vie décente à leurs enfants (...). »

Tous ces chiffres convergent et montrent que sous l'administration Bush, la classe moyenne a rétréci. Ce que traduit le fait que les Américains affichant un revenu compris entre 25.000 et 75.000 dollars représentent désormais à peine 45 % des foyers, 1,2 point de moins qu'en 2000. Aux yeux d'Elizabeth Warren, la génération actuelle des Américains diplômés de l'université et dotés d'un bon emploi sera la première à ne pas bénéficier d'une vraie sécurité financière. Et cela même lorsqu'elle se situe au-dessus de la middle-class, sans faire partie des très riches. « L'éventualité bien réelle que mon mari perde son emploi m'inquiète, explique Elissa, diplômée de l'université, comme son conjoint, et dont le foyer affiche un revenu de quelque 200.000 dollars par an. Bien sûr, des gens comme nous sont censés avoir beaucoup d'opportunités, mais, en réalité, on ne trouve pas toujours les emplois auxquels on aspire. »

Du côté des républicains, naturellement, on relativise. Non sans rappeler que l'on a hérité fin 2000 d'un pays proche de la récession et victime d'un des plus gros krachs boursiers de son histoire. Grâce aux réductions d'impôts, juge l'entourage de George W. Bush, l'Amérique a limité les dégâts. Se défendant d'avoir procédé à des baisses d'impôts injustes, les républicains, avec Glenn Hubbard, un ancien conseiller économique du président, expliquent qu'en termes relatifs, les allégements fiscaux n'ont pas profité davantage aux riches qu'à la middle-class puisque la contribution des plus argentés à l'impôt total est restée stable, à un niveau très élevé.

Endettement en forte hausse
« L'économie est en bonne voie pour recréer des emplois », affirmait le secrétaire au Trésor, John Snow, à la suite de la publication des chiffres décevants du chômage en septembre, tandis que l'administration met en exergue la faculté plus grande qu'ont eue les Américains depuis 2000 d'accéder à la propriété. « La propriété est à un plus haut historique », note Marvin Kosters, de l'American Enterprise Institute. Effectivement, même si c'est au prix d'un ratio d'endettement par rapport au revenu disponible de 1,2, en très forte hausse depuis cinq ans, 69 % des Américains sont propriétaires de leur maison.

Pour défendre le bilan de George W. Bush, certains insistent aussi sur les changements sociologiques intervenus. « Le salaire médian est généralement considéré comme l'indicateur de ce qui est arrivé à la famille typique, note ainsi Robert Samuelson, un commentateur du «Washington Post». Il ne l'est pas. «Typique» est une notion dépassée. Il y a de plus en plus de foyers d'une personne, de couples sans enfants et de retraités. Ils tirent à la baisse le revenu médian. » Ce dernier évoque également le poids de l'immigration, notamment hispanique. « Il n'y a pas de mystère ; si de plus en plus de pauvres et de personnes non éduquées entrent dans le pays et ont des enfants, il y aura davantage de pauvreté, explique-t-il. Vous n'avez pas beaucoup entendu parler de ces problèmes pendant la campagne, car les soulever c'est courir le risque d'être taxé de raciste. »

Selon les conservateurs, d'autres indicateurs doivent être pris en compte. « Les économistes sont de plus en plus convaincus qu'il vaut mieux se fier à la consommation plutôt qu'aux revenus pour mesurer le bien-être, explique Kevin Hassett, de l'American Enterprise Institute. Et là, on obtient une image complètement différente, puisque la consommation réelle des 20 % d'Américains situés au milieu de l'échelle des revenus a augmenté de 2 % entre 2001 et 2002. » Mais pour les démocrates, l'argument de la consommation ne tient pas. « Si elle augmente, c'est que les Américains s'endettent, car les revenus, eux, se sont contractés », explique Lawrence Mishel, de l'Economic Policy Institute.

Une chose est sûre, sur le long terme, on assiste à une dispersion croissante des ressources au détriment de la classe moyenne. Ce phénomène dépasse le clivage républicains-démocrates, malgré la hausse de 8 % du salaire médian au cours du second mandat de Bill Clinton. La part du revenu des 5 % les plus riches est passée de 16,6 % en 1970 à 21,4 % en 2003. Et l'évolution pour le « top 1 %» est encore plus spectaculaire. Il y aura toujours, par définition, une classe moyenne. Mais celle dont parlait Alexis de Tocqueville en 1835 dans « De la démocratie en Amérique », et qu'il définissait comme « pas exactement riche ni pauvre [et ayant] assez de biens pour souhaiter l'ordre et pas assez pour susciter l'envie », est menacée. Même si cela ne transparaît pas dans les sondages. La preuve : près de 85 % des citoyens des Etats-Unis pensent pouvoir réaliser le rêve américain, selon une enquête menée en avril dernier. Et même 19 % d'entre eux estiment faire partie des... 1 % les mieux lotis de la population.
Sources : LES ECHOS
 
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