UMP : Le silence des troupes
UMP : Le silence des troupes
par Patrice Biancone
Finalement, c’est vrai : les hommes politiques sont souvent très âpres dans leurs exigences d'explications sur le passé et pas assez soucieux de l'avenir. Jacques Chirac vient de nous le prouver. Il a fait savoir qu'il était assez fâché des propos tenus par Nicolas Sarkozy en Amérique. Et, dit-on, désormais il ne serait pas loin de penser comme Laurent Fabius qui a posément expliqué, à Lens, dimanche dernier, que s'il était élu à la présidence de la république, le ministre de l'Intérieur deviendrait très vite le petit «caniche» de «Double V», alias Georges Bush. Le Président américain s'est d'ailleurs empressé de recevoir le ministre de l'Intérieur français à la Maison Blanche tout en sachant que cela revenait à infliger un camouflet aux deux têtes de l'exécutif français. Jacques Chirac et Dominique de Villepin ne sont guère appréciés par l'administration américaine actuelle qui leur reproche leur position vis-à-vis de l'Irak, ce n'est un secret pour personne. Et les propos sur «l'arrogance française» et «la grandiloquence stérile» tenus par Nicolas Sarkozy sont arrivés un peu comme un cadeau providentiel, cadeau qui lui a valu le titre de «Sarko l'Américain» décerné par notre confrère le New York Times ; tandis que le Washington Post le qualifie de «tenant d'une rhétorique qu'on aurait attendu d'un responsable de l'administration Bush, notamment vis-à-vis de l'Iran, d'Israël et de la lutte contre le terrorisme».
Autrement dit, c'est toute la politique étrangère française qui a été remise en question par le ministre de l'Intérieur. Une façon de dire que Jacques Chirac et Dominique de Villepin se sont toujours trompés, et avec eux leurs prédécesseurs puisqu'on parle de continuité en la matière; de quasi filiation depuis de Gaulle, jusqu'à Chirac en passant par Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand. Voilà qui doit donner de sérieux regrets à Jacques Chirac, qui s'était empressé de couvrir Nicolas Sarkozy «l’atlantiste» alors que l'opposition lui cherchait noise pour savoir s'il s'agissait d'un voyage privé ou officiel qu'il effectuait aux Etats-Unis.
Dès lors on peu comprendre que la guerre entre l'Elysée et Matignon d'un côté, et le ministre de l'Intérieur de l'autre, se ranime après une accalmie estivale. On peut également comprendre que le chef de l'Etat ait pris le contre-pied des propositions du président de l'UMP notamment sur les régimes spéciaux de retraite ou sur la carte scolaire. Tout comme on peut enfin admettre que confortés par les sondages qui les donnent en hausse, le Président et son Premier ministre ont choisi de repartir à l'assaut, expliquant que c'est la France de maintenant qui compte, et qu'il sera bien assez tôt pour faire campagne à deux ou trois mois de l'élection. Le pragmatisme et les résultats positifs actuels des uns, contre les promesses d'une France meilleure de l’autre. On dit déjà qu'à l'UMP, depuis le voyage de Nicolas Sarkozy, il y a comme un silence qui s'est abattu sur les rangs.
Sourcs : RFI