Un gamin en prison c'est un échec

Publié le par Adriana EVANGELIZT

« Un gamin en prison, c’est un échec »

Propos recueillis par Sarah Kerjean

Hélène Franco, juge des enfants au tribunal de Bobigny et vice-présidente du Syndicat de la magistrature, répond aux critiques du préfet.

Que vous inspire les critiques formulées par Jean-François Cordet, tel le laxisme face aux jeunes délinquants, à l’encontre du tribunal pour enfants de Bobigny ?

Hélène Franco. La visée électoraliste est évidente, et le rapport qui est fait par le préfet au ministre de l’Intérieur dénote une méconnaissance de l’institution judiciaire. Il dit « le juge des enfants du département », or il ne peut pas ignorer qu’il y a 14 juges des enfants en Seine-Saint-Denis. À moins qu’il vise seulement le président du tribunal pour enfants, ou qu’il pense que Jean-Pierre Rosenczveig nous dicte nos décision, ce qui n’est nullement le cas.

Le préfet s’indigne qu’en 2005, « sur 1 651 mineurs déférés au parquet, seuls 132 ont été écroués ». S’agit-il d’une défaillance ?

Hélène Franco. Le préfet focalise sur la prison comme si elle était la seule réponse valable. Ce n’est pourtant pas un progrès que de mettre un gamin en prison, c’est au contraire un constat d’échec. C’est nécessaire lorsque la spirale délinquante est trop forte, mais quel projet de société nourrit-on quand on veut mettre le plus possible d’enfants en prison ? Nicolas Sarkozy a dit par ailleurs qu’aucun mineur n’avait été placé en prison à la suite des émeutes de l’automne 2005, ce qui est faux : un mineur est allé en détention sur décision d’un juge des enfants, et d’autres sur décision de juges d’instruction ayant saisi le juge des libertés et des détentions.

Les policiers se plaignent souvent de retrouver libre l’après-midi un mineur qu’ils ont interpellé le matin...

Hélène Franco. Ça arrive, mais ça ne veut pas dire qu’il ne s’est rien passé dans le cabinet du juge ! Quand un mineur est déféré au parquet, un juge de permanence va, au vu du dossier, lui signifier une mise en examen, et peut-être un suivi éducatif ou un placement. Des choses qui ne sont pas inscrites sur son front quand il sort, mais qui ont des effets sur sa vie. Le problème, c’est que lorsqu’un juge des enfants ordonne une mesure éducative, il y a des mois et des mois de délais d’attente - de six à huit mois dans mon secteur - pour que le premier rendez-vous entre l’éducateur et le jeune ait lieu. Autant dire que la « décrédibilisation » de l’institution judiciaire, elle est là, et pas dans le fait qu’on ne met pas assez de gamins en prison !

 

Sources : L'Humanité

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans DELINQUANCE

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