Sarkozy pris à son propre jeu
Sarkozy copie sur la politique des idéologues de Bush. Il fait planer la peur sur le Peuple de France afin d'imposer davantage de répression et de sécurité. Caméras, micros, flics à tous les coins de rue sera bientôt notre apanage. Mais à part dans les grandes villes, où en France y'a-t-il vraiment de la violence organisée ? Qu'il ne se trompe pas, tout le monde ne vit pas à Paris, à Marseille ou à Lyon. Et cela ne fait certainement pas 70 % de la population qui donne raison à Sarkozy sur ce coup-là. A ce qu'on sache la majorité des Français ne vivent pas en ville.
Sarkozy pris à son propre jeu
par Laurent Mouloud
Après les déclarations tapageuses du ministre de l’Intérieur, les réactions se multiplient pour accabler son bilan sécuritaire. Et si sa provocation se retournait contre lui ?
Et si le pompier pyromane se brûlait les doigts ? Depuis vingt-quatre heures, les réactions aux déclarations tapageuses de Nicolas Sarkozy prennent un ton et des proportions que le ministre de l’Intérieur n’avait peut-être pas prévus. Après la mise à l’index, mercredi, des magistrats de Bobigny, accusés par la Place Beauvau de « démissionner » face aux délinquants, on a assisté, hier, à une levée de boucliers impressionnante qui dépasse, période préélectorale oblige, le simple cadre de l’institution judiciaire. Devant la virulence du retour de manivelle, on en viendrait presque à se demander si, cette fois, le patron de l’UMP, pourtant démagogue averti, n’en a pas trop fait...
Même s’il s’en défend, la provocation de Nicolas Sarkozy est avérée. À n’en pas douter, la publication, mardi, dans le Monde, d’un courrier du préfet de Seine-Saint-Denis s’alarmant de la situation de la délinquance dans son département est bien le fait de son cabinet. Et poursuivait un double but : justifier le vote de son projet de loi sur la prévention de la délinquance, mais aussi agiter la peur pour mieux replacer au centre du débat préélectoral le thème de l’insécurité sur lequel le ministre s’estime le plus performant. Le fait que ces chiffres accablants - et bien réels - mettent en lumière l’échec de son propre bilan ne l’inquiète pas plus que ça. Paradoxalement, à ses yeux, ils doivent justifier une accélération de sa politique sécuritaire !
Seulement voilà. La ficelle était tellement grosse que bien des médias, lassés, ont refusé de croire que le courrier du préfet était tombé d’une sacoche. Nombre de journaux ont déploré, hier, la nouvelle « opération de communication » de Nicolas Sarkozy, accusé de prendre les banlieues sensibles en otage. La réaction de l’institution judiciaire a aussi été à la hauteur de l’attaque. Fait sans précédent, le premier président de la Cour de cassation, Guy Canivet, plus haut magistrat du siège en France, s’est fendu, en début d’après-midi, d’un communiqué officiel où il fustige « une nouvelle atteinte à l’indépendance de l’autorité judiciaire » et demande à être reçu par Jacques Chirac.
Dans le camp chiraquien, justement, on boit du petit-lait. Au sortir de Matignon, où s’est tenue dans l’après-midi une « réunion d’urgence » sur la prévention de la délinquance, Dominique de Villepin, jamais fâché de voir Nicolas Sarkozy en difficulté, n’a pas commenté la sortie de son ministre d’État. Mais s’est permis de saluer « l’engagement des magistrats », notant, au passage, qu’un « effort considérable » avait été engagé « par le président Chirac » depuis 2002 pour faire baisser la délinquance... À gauche, on se relaie pour dénoncer le bilan catastrophe de Nicolas Sarkozy. Hier matin, sur France Inter, Laurent Fabius a évoqué « l’échec avéré » de la politique du gouvernement. Quant au président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, il estime que l’on a aujourd'hui « un ministre de l’Intérieur qui est en train de dériver ».
Sentant leur stratégie se retourner contre eux, les proches de Nicolas Sarkozy se sont employés, hier, à allumer des contre-feux. Avec toujours la même idée : différer les responsabilités de la hausse de la délinquance avant 2002. Le député UMP Georges Fenech va jusqu’à réclamer la « suppression des tribunaux pour enfants ». Dans un registre plus génétique, Éric Raoult se lâche : « C’est d’abord la génération Mitterrand qui a le chromosome violent », croit savoir le député du Raincy. À l’UMP, on n’est plus très loin du concept de tueur-né... Cela suffira-t-il à sauver le candidat Sarkozy ?
Sources : L'Humanité