Une police mal employée
Une police mal employée, désabusée, qui n'a pas le moyens de faire son travail de toute façon...
Une police mal employée
Les violences physiques ne cessent d’augmenter en Seine-Saint-Denis où travaillent des policiers jeunes et mal encadrés.
Les policiers sont les premiers à le reconnaître : le bilan dressé par le préfet du « 93 » est parfaitement exact. Et parfaitement connu. Classée parmi les départements les plus criminogènes, la Seine-Saint-Denis a connu une réelle recrudescence de la délinquance depuis les révoltes urbaines de l’année dernière. Dans son courrier, le préfet parle d’une augmentation de 7,6 % au premier semestre 2006. Celle-ci concerne, notamment, les violences contre les personnes (+ 14,11 %), dont les vols avec violences (+ 22,62 %) et les vols avec armes blanches (+ 16,19 %). Une tendance constatée également au niveau national.
Ces mauvais chiffres se doublent d’une pénurie d’effectif que les maires du département dénoncent régulièrement. Bruno Bobinet, du syndicat UNSA-police évoque un déficit général de « 1 700 policiers ». Des chiffres contestés par la Direction générale de la police nationale. Selon elle, entre 1er janvier 2002 et 1er septembre 2006, le nombre de policiers dans le 93 est passé « de 4 967 à 5 575 », soit une augmentation flatteuse de 12,24 %. Exact. Sauf que dans le détail, ces nouvelles affectations ont concerné avant tout la Police aux frontières, les Renseignements généraux et les CRS. « Les effectifs de sécurité publique, ceux qui sont dans la rue, eux, n’ont pas bougé, d’autant que la police de proximité a été abandonnée, déplore Nicolas Comte du SGP-FO. Or, dans le même temps, la population n’a cessé d’augmenter et la délinquance de se durcir... »
Le profil de ces fonctionnaires affectés en Seine-Saint-Denis est aussi directement mis en cause. Comme le département est sensible, il est dévolu en priorité aux policiers... sortis tout frais émoulus de l’école ! « Les effectifs sont jeunes dans tous les grades, même chez les commissaires qui n’ont, bien souvent, personne d’expérience sur qui s’appuyer, constate un officier. Mal encadrés, les policiers dérapent plus souvent. »
La plupart de ces recrues viennent aussi de province. Déracinement, coup de la vie intenable... Le turnover dans les commissariats du 93 est extrêmement élevé. « Même motivé, un policier finit par s’épuiser face aux contraintes matérielles comme le prix du logement ou les difficultés de garde avec les horaires décalés, regrette Nicolas Comte. Tant qu’il n’y aura pas de vrais intérêts financiers à bosser là, la plupart ne rêveront que de repartir... »
Sources : L'Humanité