Sarkozy, premier présidentiable sans attache en France
Et c'est bien ce que nous lui reprochons... de ne pas être attaché à la France et de ne pas l'aimer plus que les USA ou Israël. Sinon, il ne décrédibiliserait pas le président de la République comme il le fait à l'étranger. Sinon, il ne se permettrait pas de dire "Quand je pense que ceux qui me reprochent de rencontrer Bush sont ceux qui serrent la pogne de Poutine, ça me fait doucement rigoler" prouvant ainsi par son manque de respect qu'il méprise totalement la France et son chef d'Etat qui l'a pourtant hissé là où il est. Nous espérons que Jacques Chirac s'en mord les doigts et nous dirons même que si Sarkozy devient président, il en sera responsable devant les Français.
Nicolas Sarkozy, premier présidentiable
sans attache profonde en France
par Matthieu Van Berchem
Le ministre de l'Intérieur a bâti sa carrière dans la banlieu chic de Neuilly. Chance ou handicap ?
C'est une grande tradition française. Chaque homme d'Etat se réinvente une origine rurale, ou du moins s'implante dans un terroir en friches. Loin de Paris. Sous son béret, Mitterrand promenait les journalistes et son chien dans le Morvan, Giscard se ressourçait à Chamalières, tandis que Chirac faisait, dès 1967, de la Corrèze sa base arrière. Façon de prendre racine auprès des «vrais gens» et de ressembler à une France un peu idéalisée. Aujourd'hui, c'est du Poitou que Ségolène Royal se lance dans la campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy, lui, n'a pas cette chance. Il est de Neuilly.
Sa famille s'y installe en 1973. Plus de 30 ans après, la ville, qui relie le chic XVIe arrondissement de la capitale à La Défense, reste le symbole de la grande bourgeoisie parisienne. La ville compte un nombre record de personnes payant l'impôt sur la fortune. Ici, le mot «banlieue» n'a pas le même sens qu'ailleurs. La superbe Maison des jeunes et de la culture Louis de Broglie propose des cours «abdos-fessiers» et «placement et assouplissement». «On est loin de l'esprit de Mal-raux», ironise l'élu vert Thierry Hubert.
A deux pas, l'impressionnant lycée Pasteur sort rajeuni d'un ravalement de façade. Ses anciens élèves? Simone Signoret, Thierry Lhermitte, Gérard Jugnot, Bernard-Henri Lévy, Christian Clavier, François Hollande, pour n'en citer que quelques-uns. Sarkozy fréquente les deux derniers dans les années 1970. Lui, le fils d'un réfugié hongrois débarqué en France en 1948, saura tisser des liens avec le Neuilly du «show-biz», mais aussi de la grande industrie. Jean Reno, Johnny, mais aussi Martin Bouygues et Arnaud Lagardère deviendront ses amis. En 1983, le voilà maire, à 28 ans. Le jeune loup du RPR, qui court déjà les plateaux télés les cheveux mi-longs, sait faire apprécier ses qualités et l'étendue de ses réseaux.
Projet pharaonique
En 1992, il obtient la couverture d'une partie de la route reliant Paris à La Défense. «Il s'en est bien tiré», reconnaît Thierry Hubert. Puis il attire vers Neuilly des sièges de grandes entreprises: Axa, M6, Warner et AOL. La ville s'internationalise. «Avec le départ de familles bourgeoises et l'arrivée d'employés, elle a perdu un peu de son identité», regrette toutefois l'élu vert. Pour éviter les nuisances de l'axe Paris-La Défense, Sarkozy, qui n'est plus maire depuis 2002, a conçu un projet pharaonique: un tunnel de huit voies, recouvert par une large esplanade et quelques gratte-ciel. Coût de l'ouvrage: près d'un milliard d'euros. «La Défense et ses tours investissent Neuilly», résume un opposant.
Mai 1993. Un homme cagoulé prend une classe d'une école de Neuilly en otage. Sarkozy, qui vient d'entrer dans le gouvernement d'Edouard Balladur, se fait dresser un lit de camp dans la loge de la gardienne. Il négocie en personne avec le ravisseur, «Human Bomb», puis évacue des enfants. «C'est dans ces circonstances dramatiques que les Français découvrent leur ministre du Budget, notent Claire Artufel et Marlène Duroux dans leur livre Sarkozy et la communication (éditions Pepper). Il réussit le tour de force de se mettre en valeur sans jouer les vedettes. D'autant qu'au moment de l'assaut final, Sarkozy s'éclipse.»
Sources : 24 H