Francophonie : Le Liban a rendu hommage au rôle particulier de la France

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Le ministre de la Culture rend hommage au soutien de la communauté internationale au Liban et au « rôle particulier de la France »

Tarek Mitri : « Il arrive, hélas, que le sang des Libanais semble parfois moins précieux que les larmes des autres... »

«Par-dessus tout, la guerre d’Israël contre notre pays a été une guerre contre les populations civiles. » Dans son intervention devant le sommet de la francophonie, le ministre de la Culture, Tarek Mitri, n’a pas manqué d’insister sur une vérité sur laquelle le sommet a achoppé. Il a même déclaré avec audace : « Il arrive, hélas, que dans la durée des conflits qui déchirent notre région, le sang de nos enfants libanais ou palestiniens semble, aux yeux de certains, moins précieux que les larmes des autres. »
En outre, Tarek Mitri a rendu un hommage appuyé à la solidarité internationale soutenue et « à visage humain » manifestée à l’égard du Liban, et particulièrement au rôle joué par la France dans le vote de la résolution 1701.
« Aucun combat contre la violence ou le terrorisme ne justifie que l’on enfreigne le droit international et le droit international humanitaire », a encore souligné M. Mitri.
Notons que le ministre de la Culture s’est abstenu de voter lorsqu’il s’est agi d’élire un nouveau secrétaire de l’Organisation de la francophonie.
Voici de larges extraits de l’intervention du ministre de la Culture.
« Par-dessus tout, la guerre d’Israël contre notre pays a été une guerre contre la population civile. Quels qu’en soient les prétextes, cette agression d’une aussi grande ampleur devrait être appelée par son nom et condamnée. Nous avons égrené partout le chapelet de nos pertes. Hier, l’organisme spécialisé des Nations unies a confirmé que le sud du Liban recèle environ un million de bombes à fragmentation lancées aléatoirement par l’armée israélienne et dont les cartes n’ont pas été remises à l’ONU. Si éloquents qu’ils soient, les chiffres ne sauraient seuls rendre compte de l’insoutenable et de l’injuste. Les chiffres enlèvent à chaque être disparu son nom ; ils taisent la coupure de cet élan de vivre qu’est l’enfance ; ils ne peuvent rien dire du drame qu’inaugure une amputation ; ils ne rendront jamais rien, non plus, de l’incommensurable mémoire d’une maison détruite. »



Organisation et entraide


« Pour faire face à l’immense agression que leur pays a subie, les Libanais, solidaires et généreux, ont donné la mesure des capacités d’organisation et d’entraide que recèle une société civile aux moyens matériels pourtant limités. Le pays a absorbé, dans la dignité, les chocs successifs de vagues humaines emportant hors de chez eux le quart de ses citoyens. La dignité n’était pas seulement du côté des équipes de secours ou des familles qui ont partagé leur maison souvent avec des inconnus. Elle retrouvait son image dans celle des déplacés qui, développant un profond mépris de la violence agressive dont ils étaient victimes, gardaient toute leur fierté. Sur près d’un million de personnes déplacées, 130 000 seulement ont dû être hébergées dans les écoles. Le contact d’une ou de quelques semaines entre des familles déplacées et d’autres qui se sont portées à leur secours a imprimé des deux côtés des marques indélébiles de fraternité et a finalement revigoré le vivre-ensemble, nonobstant la force des clivages politiques ou communautaires. Cet aspect de l’épreuve que nous avons traversée devrait renforcer certes – ou renforce déjà – l’ultime confiance que les Libanais ont dans leur modèle de société, c’est-à-dire dans l’avenir de leur démocratie et la richesse de leur diversité. C’est le bien commun qu’il leur incombe de préserver et de développer. »



La solidarité de la France


« Cependant, ce qui restera encore plus profondément gravé dans la mémoire nationale des Libanais, c’est la mobilisation, rarement atteinte dans les annales de la communauté internationale, que la tragédie endurée par notre pays a pu susciter. Nos concitoyens ont bien relevé les lenteurs et le caractère parfois contradictoire de cette mobilisation. Les velléités évidentes de faire payer à leur petit pays les frais de confrontations régionales ou internationales desquelles on ne pouvait légitimement le tenir pour responsable n’ont pas échappé à la sagacité – si longtemps éprouvée dans ce domaine – des Libanais. Au milieu du cauchemar que le Liban a traversé, nos concitoyens ne se sont pas sentis seuls, loin de là. Forts d’un consensus national exprimé par le plan en sept points de notre gouvernement, ils apprécient à leur juste valeur la solidarité que leur ont témoignée tant de gouvernements et de peuples amis, dont surtout la France, notamment à travers la résolution 1701 du Conseil de sécurité que le Liban s’est engagé à respecter et dont il n’a de cesse de réclamer l’application : Israël continue de violer la résolution onusienne réclamant la cessation des hostilités ; le retrait total de son armée demeure inachevé. Les efforts politiques déployés en vue de mettre fin à l’agression et d’assurer le Liban de sa souveraineté, de son indépendance et de l’intégrité de son territoire, tout son territoire, y compris les fermes de Chebaa ; les secours humanitaires et les témoignages de compassion ; l’aide à la reconstruction et au redressement de l’économie ; l’appui au gouvernement libanais et aux institutions démocratiques ; l’engagement concret pour la paix qu’atteste l’envoi de soldats sous la bannière de l’ONU ; autant de signes et d’initiatives qui permettent de réactiver notre foi en un engagement international soutenu et à visage humain, dont souvent, au Moyen-Orient plus qu’ailleurs, nous avons déploré les insuffisances. Un engagement effectif est un engagement dont les critères sont un seul poids et une seule mesure. Il arrive, hélas, que dans la durée des conflits qui déchirent notre région, le sang de nos enfants libanais ou palestiniens semble, aux yeux de certains, moins précieux que les larmes des autres. »



Le respect du droit


Et M. Mitri de conclure : « Dans le monde d’aujourd’hui, la solidarité agissante se conjugue avec le respect du droit international et du droit international humanitaire souvent ignorés, voire bafoués, au Liban, en Palestine, à travers le Moyen-Orient et au-delà. Aucun combat contre la violence et contre le terrorisme ne pourrait être moralement légitime ni politiquement crédible s’il s’en détourne. La communauté internationale, nous ne finirons pas de le dire, est appelée à faire respecter la légalité internationale, afin de contribuer à une solution juste et durable dans notre région tourmentée. Les causes profondes de l’instabilité et de la violence sont l’injustice de la dépossession et celle de l’occupation. Elles ne sauraient être occultées dans une recherche authentique de la paix, une mission à laquelle notre organisation sera toujours fidèle. »

Sources : LORIENT LE JOUR

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans LIBAN

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