La honte de la République
La honte de la République
par Dominique Dhombres
La prison, c'est la saleté, la promiscuité, le bruit, les suicides, les viols. Le constat dressé par le documentaire de Bernard George diffusé mardi 14 novembre sur Canal Plus est terrifiant. Intitulé "Prisons, la honte de la République", il démontre ce que les ministres de la justice successifs finissent un jour ou l'autre par admettre devant la caméra : l'état des prisons françaises est épouvantable. Un avertissement précède le documentaire.
"L'administration pénitentiaire n'accordant pas d'autorisation de tournage de nature à porter atteinte à l'image de l'institution ou de ses personnels, ce film est constitué d'images d'archives datant des années 2000 à 2005, de témoignages et de scènes de reconstitution." Et puis, sans autre forme de procès, on entre en enfer. On est à la prison de Lyon-Perrache. Un détenu allume sa cigarette à un fil électrique mis à nu dans sa cellule entre deux moellons d'un mur lépreux. Il risque évidemment, ce faisant, et à tout instant, l'électrocution et la mort.
Les cafards courent sur le sol. Un rideau maculé d'excréments masque les toilettes communes. Le plâtre tombe du plafond. "Je crois que les chiens sont mieux traités que nous", dit un détenu. C'est un propos qui revient sans cesse dans la bouche des prisonniers. On a plus de considération pour les animaux que pour ceux qui sont passés de l'autre côté des barreaux. Ils ne sont plus des citoyens, ils ne sont même plus des êtres humains. Quand on entasse autant de gens en si peu d'espace, quand on mélange les prévenus, présumés innocents, et les condamnés, il ne faut pas s'attendre à un autre résultat que celui-là.
La France est régulièrement dénoncée, dans les instances internationales compétentes, pour les traitements qu'elle inflige à sa population pénale. Ce n'est pas Guantanamo, puisque la torture n'est pas pratiquée ouvertement, mais on n'en est pas si loin. Il y a eu officiellement 122 suicides en 2005. L'administration pénitentiaire fait également état de 572 agressions graves subies par des surveillants.
Un prêtre accusé, à tort, de viol sur mineur raconte son arrivée en maison d'arrêt. "Je me suis retrouvé à poil devant des gens que je ne connaissais pas pour une fouille au corps. Après, on vous emmène dans une cellule où vous tombez sur quatre individus qui sont encore plus effrayants que les murs entre lesquels vous êtes." Au bout de quatre ans et deux mois de détention préventive, ce prêtre a été acquitté par une cour d'assises.
Le film très militant de Bernard George pose accessoirement le problème récurrent du mélange d'images réelles et de scènes reconstituées. Mais la situation des prisons est autrement plus grave.
Sources Le Monde
Posté par Adriana Evangelizt