Libération de l'otage Eric Damfreville : la France a négocié

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Et bien nous sommes contents que la France ait négocié pour la libération de nos otages.

Libération de l'otage Eric Damfreville : la France a négocié

par Françoise Chipaux

Libéré par les talibans après 38 jours de détention, vendredi 11 mai, en fin d'après-midi, Eric Damfreville, employé de l'organisation humanitaire Terre d'enfance, est arrivé, samedi matin à Paris, où le ministre des affaires étrangères Philippe Douste-Blazy est venu l'accueillir à l'aéroport de Villacoublay.


Très éprouvé physiquement, l'oeil couvert d'un bandeau et le bras sous perfusion, Eric Damfreville, qui a été accompagné par un médecin à bord du Falcon 900 de l'armée française qui l'a emmené depuis Kaboul, a été transféré en ambulance jusqu'à un hôpital parisien. Il a eu toutefois le temps de déclarer qu'il avait été "bien traité" durant sa captivité, son mauvais état étant lié selon lui à la "rusticité" des conditions de vie locales.

Sa libération survient deux semaines après celle de la seule femme de l'équipe, Céline Cordelier, mais les trois membres afghans qui les accompagnaient sont toujours en détention. "Leur sort sera décidé plus tard par l'émirat islamique", a affirmé le porte-parole des talibans, Qari Yusuf Ahmadi. Ce qui a fait dire à M. Damfreville à son arrivée : "Ma joie est grande d'être là, et elle sera encore plus grande quand les trois Afghans seront également libérés." Les talibans ont justifié la libération d'Eric Damfreville par les déclarations faites par le président élu, Nicolas Sarkozy, qui avait affirmé le 26 avril que "la présence à long terme des troupes françaises" en Afghanistan ne lui semblait "pas décisive".


"L'émirat islamique [les talibans] espère que le président français appliquera la promesse qu'il a fait", a ainsi expliqué Qari Yusuf Ahmadi. "Les talibans veulent dans l'avenir avoir de bonnes relations avec le gouvernement et le peuple français."  Le président Jacques Chirac "s'est vivement réjoui" de cette libération et a " appelé à la libération de tous les autres otages pour des raisons humanitaires ", a indiqué un communiqué de l'Elysée.

Se réjouissant aussi, le président de Terre d'enfance, Antoine Vuillaume, a toutefois précisé : "Je crois savoir qu'Eric a vraiment souffert physiquement de sa détention. Trente-huit jours bâillonné, enchaîné, c'est extrêmement éprouvant", a-t-il dit après une rencontre avec M. Douste-Blazy. Il a ajouté qu'il serait "totalement satisfait et soulagé uniquement quand l'ensemble de l'équipe – Rasul, Azrat et Hashim – sera à son tour libéré. Nous demandons que la mobilisation des autorités françaises et afghanes se poursuive jusqu'à un dénouement heureux pour tout le monde".

Remis, comme Céline Cordelier, à des chefs tribaux de Maywand (province de Kandahar), M. Damfreville a ensuite été confié au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), avant de gagner Kaboul et Paris. Sollicité par les autorités françaises dès le début de cette prise d'otages, le CICR, une organisation engagée depuis longtemps en Afghanistan et qui y est respectée, a joué, semble-t-il, un rôle non négligeable dans les négociations.

Le CICR est, depuis 2001 et l'ouverture du camp de Guantanamo et de la prison de la base américaine de Bagram, le seul lien qui existe entre les nombreux détenus afghans, en majorité pachtouns, et leurs familles. Rien que les trois premiers mois de cette année, il a collecté et distribué, en collaboration avec le Croissant- Rouge, 6 000 messages.

Le gouvernement français, qui a multiplié les canaux de négociations, a dû payer aux ravisseurs, pour Céline Cordelier comme pour Eric Damfreville, une très forte somme d'argent. Les Italiens avaient versé 2 millions de dollars (1,5 million d'euros) pour la libération en novembre 2006 du photographe Gabriele Torsello. Les talibans, qui cherchent à se poser en alternative au régime du président Hamid Karzaï, ont, semble-t-il, libéré les deux Français afin de ménager les relations avec Paris.

Durant le régime taliban de 1996 à 2001, la France était l'un des rares pays à maintenir une ambassade avec un chargé d'affaires à Kaboul et à entretenir des contacts avec les miliciens islamistes. Paris avait négocié avec succès à l'automne 2001, alors que les talibans étaient sous la menace d'une attaque de grande envergure, la libération d'un photographe de Paris Match. Reste maintenant à voir le sort des trois Afghans qui, pour les talibans, se joue dans le contexte d'une lutte d'influence avec le gouvernement Karzaï. Ils pourraient continuer d'exiger un échange de prisonniers auquel se refuse Kaboul, du moins publiquement.

Sources Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt





Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article