Villepin, le hussard impatient et solitaire de la chiraquie

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Villepin, le hussard impatient et solitaire de la chiraquie


Dominique de Villepin, désormais au centre de l'affaire Clearstream, aura eu un seul mot d'ordre au cours de ses longues années dans les coulisses du pouvoir puis à Matignon: foncer, toujours foncer, sabre au clair, quitte au final à s'abîmer.

Alain Juppé n'a-t-il pas dit de lui qu'il serait "un très bon Premier ministre... en temps de guerre" ? Gaulliste fervent, féru d'épopée napoléonienne, M. de Villepin, 53 ans, a toujours cru en son destin et conçoit la vie comme un perpétuel combat.

Si, durant ses 23 mois à la tête du gouvernement, il a réussi tant bien que mal à brider ses envolées lyriques, chacun de ses discours est empreint d'expressions martiales: sitôt nommé à Matignon, il se pose en général en chef qui remportera la "bataille pour l'emploi".

"C'est mon meilleur chef de commando", a dit de lui l'ancien président Jacques Chirac. Longtemps homme de l'ombre, M. de Villepin souffle à son mentor, pendant les "affaires" du septennat, les fameux "abracadabrantesque" et "pschitt".

Secrétaire général de l'Elysée de 1995 à 2002, il devient ensuite ministre des Affaires étrangères et sort définitivement de l'anonymat en février 2003 lors d'un discours célèbre à l'Onu, où il porte le non de la France à la guerre en Irak.

Après le Quai d'Orsay, ce diplomate de carrière décroche l'Intérieur en 2004 et conquiert de haute lutte Matignon un an plus tard après le non au référendum européen, succédant à Jean-Pierre Raffarin.

Une consécration qui vient récompenser ses bons et loyaux services chiraquiens. Ses basses oeuvres, préfèrent dire ses détracteurs: pour son ancien ami, Franz-Olivier Giesbert, aujourd'hui férocement anti-Villepin, "cet homme reste avant tout un Mozart de la manipulation, tout miel par devant et sans pitié par derrière".

Né au Maroc en 1953 dans une famille aisée, les Galouzeau de Villepin, Dominique Marie François René (un clin d'oeil maternel à Chateaubriand) a passé une bonne partie de sa jeunesse au Venezuela, où il "rêvait" la France.

A l'aise en anglais, il parle parfaitement l'espagnol. Grand, chevelure argentée et portant beau, c'est un sportif accompli, catégorie marathon.

Amateur de poésie -il taquine lui-même la Muse- et d'histoire, il a plusieurs livres à son actif, dont "Les Cent Jours ou l'esprit de sacrifice" sur Napoléon.

L'esprit de sacrifice, justement, auquel cet homme ne manquant pas de panache s'identifiait en mars pour affirmer qu'il n'a eu d'autre ambition que de "servir les Français" et n'a jamais rêvé de devenir président.

Voire... M. de Villepin a surtout compris qu'il a perdu son pari de barrer la route de l'Elysée à son ennemi juré, Nicolas Sarkozy, qu'il surnomme "le nain".

Après les émeutes dans les banlieues, la crise du CPE, qui a cassé son image de gaulliste social, puis l'affaire Clearstream, où il est accusé d'avoir voulu nuire à l'actuel chef de l'Etat, l'ont définitivement mis sur la touche et contraint à des rabibochages de façade avec Nicolas Sarkozy.

"Villepin, c'est un tiers de Lord Byron, un tiers de Don Quichotte et un tiers de général Boulanger", résume le PDG d'Axa, Henri de Castries, qui l'a côtoyé à l'Ena.

Jamais élu, "Néron" -surnom donné par Bernadette Chirac- n'aura jamais été absous par son camp d'avoir entraîné la dissolution ratée de 1997.

C'est "sans blues" qu'il disait quitter Matignon en mai, avant de se faire très discret. Les derniers développements de l'affaire Clearstream l'ont ramené malgré lui en pleine lumière.

Sources AFP

Posté par Adriana Evangelizt

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