"Sarkozy et l'Amérique"
Un article de Philippe Labro qui aime depuis longtemps l'Amérique et Johnny Hallyday... oui, il faut le dire. Ceci dit nous avons nous-mêmes vécu aux States, il y a longtemps. On ne reproche pas à Sarkozy d'aimer l'Amérique mais son soutien à Bush avec tous les désastres que commet son équipe. Et d'associer la France à cette alliance qui nous sera néfaste, de toute façon.
"Sarkozy et l'Amérique"
par Philippe Labro
(Challenges)
NICOLAS Sarkozy fasciné par l’Amérique? Méfions-nous de ce cliché franco-français. Comme beaucoup de dirigeants de notre pays, à commencer par Valery-Giscard d’Estaing, il ne pouvait être insensible à l’aventure américaine et à ses figures politiques; Kennedy, évidemment mais aussi, et dans un autre genre, Clinton. De ces formidables managers de leur image, il a certainement tiré sa propre méthodologie de communication, mêlant plus que tout autre sa vie publique à sa vie privée.
Je ne pense pas que Nicolas Sarkozy soit "fasciné" par l’Amérique. Il l’admire, en est curieux, voire séduit; mais, il sait tenir ses distances. Un ami m’a un jour donné une définition très juste: "les Sarkozy sont des gens qui allaient vers l’Amérique mais qui se sont arrêtés en route". Au fond, psychologiquement et intellectuellement, Nicolas Sarkozy, même s’il est né en France, était un homme destiné à traverser l’Atlantique: fils d’une famille immigrée d’Europe de l’Est, portant en lui le besoin d’agir, de réussir et d’être reconnu. "Je suis ce que je fais", dit-il. C’est profondément dans l’esprit américain. We try, we fail, we fix, disent les Américains. On essaye, on se trompe, on répare. C’est du Sarkozy pur sucre.
L’étiquette "Sarko l’Américain" est réductrice. Il fait peut-être tout simplement partie de ces Français qui ne sont pas "anti-américains"; un homme qui porte un regard sans préjugés sur les Etats-Unis. Ce pays où "demain est un autre jour", toujours prêt à rebondir, malgré les crises. La fameuse résilience, une théorie mise à la mode par Cyrulnik qui imprègne la culture américaine depuis ses origines. Cette résistance au choc dont on sort plus fort, le président l'a fait sienne bien avant d’arriver à l’Elysée.
Une autre particularité suscite un écho chez lui: le melting pot américain. La capacité de ce gigantesque pays à intégrer ses minorités. On peut s’appeler Arnold Schwarzenegger, avoir grandi dans un village en Autriche, jouer les Monsieur Muscle dans des films d’action primaires et se faire élire gouverneur de Californie, la cinquième puissance économique du monde; on peut s’appeler Madelein Allbright, être juive et née en Tchécoslovaquie et devenir secrétaire d’Etat du Président Clinton; ou du président Bush, à l’image de Condoleezza Rice, femme et noire. Cette traversée des lignes ethniques touche évidemment autant la sphère politique qu’économique. Combien de grands patrons noirs, mexicains, indiens sont aujourd’hui à la tête d’entreprises américaines? Pour n’en citer que quelques-uns uns: Indra Nooyi la CEO d’origine indienne du groupe Pepsico, Dick Parsons, P-DG noir de Time Warner; Ken Chenault, celui d’Amex. Je suis convaincu que c’est l’une des plus belles vitrines de l’Amérique aux yeux de Sarkozy. D’une certaine façon, la France de Dati, Yade et Amara en est directement inspirée.
Il y a aussi, forcément, la culture américaine. Sans être dans la peau du président, je sais qu’il n’est pas indifférent à la musique, au cinéma, aux objets de consommation, aux accessoires, bref, à tout cet univers dans lequel baignent les jeunes générations. Le chef de l’Etat peut se reconnaître dans cette modernité.
Alors, bien sûr, on peut sourire en le voyant courir dans les rues de New York en tenue de jogging, prendre la pose pour les photographes sur un speed boat au milieu du lac Winnipesaukee (New Hampshire), débarquer en 4X4 chez les Bush. Mais il ne s’agit là que d’image et d’artefacts. En quoi est-ce choquant?
Il y a chez Sarkozy un côté, "j’agis, on verra ensuite". Il sait qu’il sera critiqué. Et alors? A chacun ses goûts et ses uniformes. Quand il partait en voyage, François Mitterrand choisissait un livre dans sa bibliothèque, qu’il lisait en voiture, en avion, et même en hélicoptère. J’ai du mal à imaginer que ce soit le cas pour le nouveau président.
Les vacances aux Etats-Unis, de la provocation? Je ne le pense pas. C’est son caractère: j’en ai envie, j’y vais. Où est l’interdit, où est le tabou? Je connais un peu l’endroit, la nature y est très belle. C’est aussi l’Amérique mythique. Celle des tableaux de Norman Rockwell, l’Amérique champêtre, l’Amérique rêvée.
L’arrivée de Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat français est le signe d’un changement de mœurs. Les Américains eux-mêmes ne s’y sont pas trompés. Sa campagne a vivement fait réfléchir les conservateurs. L’un d’entre eux m’a dit récemment: "voilà un homme qui a réussi à se faire élire en combattant son prédécesseur dans son propre camp. Quelle leçon!". De même, la presse a souligné son geste quand il décide d’aller affronter les cheminots. Jusqu’à son divorce qui lui vaut une interview de CBS dans 60 minutes: l’entretien tourne court, mais c’est la preuve que Sarkozy désarçonne même de l’autre côté de l’Atlantique. Pour combien de temps? Nul ne le sait. Mais quel symbole: si l’Amérique le "fascinait", voilà que Nicolas Sarkozy la "fascine" à son tour.
Ce syncrétisme me fait parfois penser au phénomène observé dans le monde du cinéma: Jean-Pierre Melville, qui fût mon maître et mon ami, s’inspirait ouvertement des polars noirs américains des années 40-50. Un demi-siècle plus tard, Tarantino, s’inspire tout aussi ouvertement de Melville. Ca s’appelle la loi des cycles!
Sources Challenges
Posté par Adriana Evangelizt