Une démocratie boiteuse

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Un excellent article sur la reconnaissance d'un Etat juif par les sionistes écrit par Shulamit Aloni, une des rares femmes à faire entendre sa voix en Israel...  avocate et militante pacifiste israélienne, très engagée dans le social et contre les religieux... c'est quelqu'une que nous aimons beaucoup... malgré qu'elle ait fait partie de la Hagannah et qu'elle soit sioniste... son humanisme va au-delà de tout...

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par Shulamit Aloni

Ha'Aretz



A quelques jours de la rencontre d'Annapolis pour la paix au Moyen-Orient, Ehoud Olmert demande aux Palestiniens la reconnaissance d'Israël en tant qu'Etat du peuple juif. Cette nouvelle condition préalable n'est pas digne d'une démocratie, dénonce Ha'Aretz.

 

 

Le gouvernement israélien, avec tout le respect qui lui est dû, ne représente pas le peuple juif, mais les citoyens de l'Etat d'Israël qui l'ont élu. Israël est un Etat souverain qui reste considéré comme une démocratie. Autrement dit, c'est l'Etat de l'ensemble de ses citoyens. Il ne doit donc pas exiger des Palestiniens qu'ils le reconnaissent en tant qu'Etat juif, car ce serait, pour Israël, déclarer que tout citoyen dont la mère n'est pas juive ou qui ne s'est pas converti avec l'un de nos rabbins orthodoxes n'est qu'un citoyen de seconde zone et que ses droits en tant qu'être humain et en tant que citoyen ne sont pas garantis.

Les Juifs sont un peuple, mais pas une nation, ils sont un groupe ethnique et religieux, voire une tribu, aussi respectée qu'elle puisse l'être. Les citoyens juifs de Grande-Bretagne, y compris les juifs orthodoxes, sont britanniques, et apparaissent comme tels sur leur passeport et à l'état civil britannique. Idem en France : les juifs sont français. Au Canada, ils sont canadiens, et aux Pays-Bas néerlandais. Ils perpétuent leur vie religieuse juive dans leur communauté, car dans les nations démocratiques la liberté de religion existe. Si ces pays classaient ces citoyens sous l'étiquette "juifs" dans la catégorie nationalité, nous les taxerions d'antisémitisme.

L'attachement d'un citoyen à un Etat repose sur sa citoyenneté, non sur sa religion : il ne dépend pas de sa tribu ou du patrimoine génétique de sa mère. Si certains, au gouvernement, se considèrent plus juifs qu'Israéliens, c'est leur droit, et ils peuvent respecter tous les préceptes religieux et faire toutes les prières. Mais ces considérations sont déplacées dès lors qu'il s'agit des liens entre l'Etat d'Israël et ses voisins. Il est curieux qu'on se soit mis à exiger des Palestiniens comme condition à la fin de l'occupation qu'ils reconnaissent un Etat dont quelque 20 % des citoyens ont un statut inférieur à celui des autres.

L'Etat d'Israël a été créé en tant qu'Etat civil, Etat de droit, et non comme un Etat régi par la halaka (la loi religieuse juive). Il a été créé par les "représentants du Yichouv juif [résidents et nouveaux immigrants juifs de la Palestine avant la création de l'Etat d'Israël] et le mouvement sioniste". Et non par les ultraorthodoxes auxquels s'enchaînent nos ministres, les libérant massivement des obligations militaires, du travail, du paiement des droits de scolarité, et leur versant même un salaire mensuel.

Laissons les ministres du gouvernement israélien se sentir aussi juifs qu'ils le veulent, laissons leurs voix s'élever en prières, laissons-les porter leurs tefillin [ou phylactères, petites boîtes carrées renfermant des bandes de parchemin sur lesquelles sont inscrits des versets de la Bible, que les juifs orthodoxes portent au bras gauche et sur la tête pendant la prière du matin]. Mais ils doivent garder à l'esprit qu'ils sont au service du gouvernement d'Israël, d'un Etat qui continue de se dire démocratique. En d'autres termes, ils sont les représentants de l'ensemble des citoyens et en sont responsables.

Il serait donc plus intelligent d'exiger des Palestiniens qu'ils reconnaissent Israël comme un Etat souverain, et de ne pas exercer sur eux la même contrainte que celle que certains citoyens israéliens exercent sur nous : celle de la religion et des rabbins. Si être juif a plus d'importance qu'être israélien, pourquoi demandons-nous aux juifs du monde entier de venir en Israël alors que tout se passe très bien pour eux dans les pays démocratiques où ils vivent en tant que juifs ?

Sources Courrier International

 

Quelques mots sur Shulamit

Shulamit Aloni a été membre de la Haganah ; elle a combattu pour l'indépendance d'Israël en 1948. Elle revendique son sionisme et son patriotisme. Mais elle est toujours restée une femme libre, profondément imprégnée des valeurs humanistes du judaïsme. Elle a contribué à la création du Ratz, à la gauche du parti travailliste, puis du Meretz. Elle a été ministre de l'Education nationale dans le gouvernement Rabin. Son combat permanent pour la séparation de la religion et de l'Etat l'a finalement contrainte à la démission sous la pression des religieux. Toujours membre du Meretz, elle ne parle pas ici au nom d'un parti. Elle tente de convaincre les juifs de la diaspora, partisans du processus de paix, de la nécessité impérieuse d'apporter leur aide au camp de la paix israélien.
C'est lors d'une réunion à Paris avec des membres de la mouvance juive française laïque que le texte ci-dessous a été enregistré.
La veille devant la communauté juive de Belgique elle avait notamment affirmé : "Vous êtes très fiers en tant que juifs de la diaspora d'avoir un Etat juif. Mais vous devez avoir honte de cet Etat, parce que c'est un Etat d'apartheid où le racisme est légitime. Vous devez réaliser que le dernier pays au monde où les valeurs juives sont défendues, c'est l'Etat juif".
Shulamit Aloni est un peu la sœur laïque du professeur Leibowitz, la bonne conscience israélienne de certains juifs de la diaspora "de gauche" qui, tout en soutenant l'essentiel des revendications palestiniennes, ne peuvent pas rester indifférents au devenir d'Israël.

Propos recueillis et traduits de l'anglais par Régine Dhoquois-Cohen



Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans Sarkozy-Israel

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