SARKOZY ET VILLEPIN, DEUX ENNEMIS
Voilà un excellent portrait qui brosse bien la situation. Ces deux-là ne peuvent pas s'entendre car tout les oppose. Au propre comme au figuré, au physique comme au mental. Dominique de Villepin a intérêt à rester sans arrêt sur ses gardes car Sarkozy ne lui fera aucun cadeau, soyons en certains. Et il est même à souhaiter que notre Premier Ministre en fasse autant. Nous comptons sur son ingéniosite pour parer les coups à venir et Dieu sait qu'il va certainement y en avoir. Il faut posséder une sacrée carapace pour évoluer dans ce milieu de requins où l'ascension au Pouvoir ne peut se faire qu'à coups de tactiques et de coups bas. Nous ne pensons pas que ce soit la façon de procéder de Dominique de Villepin (les coups bas...) mais il faudra bien qu'il y ait recours pour contrer l'adversaire...
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SARKOZY ET VILLEPIN, DES ENNEMIS DE DIX ANS
par Robert Schneider

Depuis l’hospitalisation du Président, le duel entre le Premier ministre et son numéro deux est programmé. ![]()
Bronzés, souriants, ils ont pris le petit déjeuner en tête à tête samedi au bord de la mer, à La Baule. Comme s’ils étaient les meilleurs amis du monde. C’était, bien sûr, pour la photo. Un coup de com’ pour montrer que l’harmonie règne à la tête du gouvernement. Image trompeuse, et pas seulement parce que, cinq minutes plus tôt, le patron de l’UMP marquait son impatience après le plongeon dans la mer du Premier ministre. Qu’on se le dise : Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin n’ont pas conclu une alliance. Seulement un pacte de non-agression… dont chacun pense être le bénéficiaire.
Mais la méfiance règne plus que jamais. Sarkozy s’agaçait récemment encore qu’on le compare à Villepin : « Au nom de quoi ! disait-il. Il a fait trois meetings dans sa vie ! Nous ne sommes pas dans la même catégorie. » Depuis, Villepin est à Matignon, et Sarkozy mesure le danger. Il est plus que jamais sur ses gardes. Et il continue de penser que le Premier ministre, sans élus, sans réseau, sans argent, ne sera pas en mesure de briguer l’investiture de l’UMP. Un parti dont il a pris le contrôle et qu’il dirige d’une main de fer. Villepin estime, lui, que Sarkozy n’a pas la dimension présidentielle, qu’il est trop à droite, que les sondages, deux ans avant la présidentielle, ne veulent rien dire et que, s’il était candidat contre lui, il le devancerait au premier tour comme Chirac a devancé Balladur.
La stratégie de Sarkozy consistait jusqu’à présent à ignorer Villepin – « La guerre contre lui me rabaisse » –, à être le rival de Chirac et de lui seul. L’hospitalisation du Président change la donne. Déjà très affaibli politiquement par le rejet du référendum du 29 mai, Chirac est soudain rattrapé par son âge. Sa santé de fer, son appétit d’ogre, sa vitalité légendaire faisaient presque oublier ses 72 ans. Et voilà que l’usure physique s’ajoute à l’usure politique. Brusquement, l’hypothèse d’un troisième mandat que les proches de Chirac entretenaient n’est plus crédible. Le duel Villepin-Sarkozy paraît désormais programmé.
Clash en 1995
Tout oppose les deux hommes, qui se vouvoient : la personnalité, le style, le parcours. Leur relation est ambiguë, faite à la fois de détestation et d’admiration réciproques. Ils se sont connus en 1993. Sarkozy est ministre du Budget. Villepin n’est qu’un collaborateur de cabinet, il dirige celui d’Alain Juppé au Quai d’Orsay. Lorsque Balladur et Chirac s’affrontent pour la présidentielle de 1995, Sarkozy est dans le camp du premier, Villepin dans celui du second. Et, déjà, les coups bas pleuvent. En 1994, Villepin suspecte Sarkozy d’être à l’origine du contrôle fiscal qui vise son père, sénateur des Français de l’étranger. Un peu plus tard, Sarkozy se souvient d’avoir pris à partie Villepin, auteur, dans la presse, de propos venimeux contre lui. Après la défaite de Balladur, Villepin dit à qui veut l’entendre que Sarkozy, « le traître » , prototype du politicien archaïque, est mort. Un ami commun tente de les réconcilier. En vain. Villepin sait que Chirac n’apprécierait pas.
Il faudra attendre juillet 1997 pour que les deux hommes prennent un petit déjeuner en tête à tête. Ils sont tous deux en mauvaise posture : Sarkozy sort à peine d’une traversée du désert, Villepin est accusé d’avoir poussé Chirac à dissoudre. Sarkozy paraît sous le charme. Dans son livre, Libre , paru en 2001, il fait un portrait élogieux de celui qui est devenu secrétaire général de l’Elysée : « Le quotidien l’assomme, la médiocrité le déprime, l’adversité le requinque [ 1 ] Il n’y a pas de petitesse chez ce guerrier. » Villepin, pourtant volontiers lyrique, est moins dithyrambique lorsqu’il parle de Sarkozy. Il loue seulement son « énergie » . Mais il plaide sa cause auprès de Chirac : il sera l’artisan des retrouvailles entre le Président et Sarkozy. Juppé hors jeu, les deux hommes ont le sentiment qu’à droite ils sont au-dessus du lot. Ils n’ont pas tort. Entre eux, ce sera la lune de miel jusqu’en 2002.
Libéralisme contre gaullisme
Avec la guerre Chirac-Sarkozy, les hostilités reprennent. Sarkozy le libéral affiche son ambition présidentielle pour 2007. Villepin le néo-gaulliste nie la sienne. Mais il ne trompe personne. Sarkozy accuse Villepin d’être à l’origine de la machination montée contre lui dans l’affaire Clearstream : il aurait détenu des comptes à l’étranger. Il justifie même son retour à l’Intérieur par sa volonté de se prémunir de nouvelles machinations montées par Villepin et Chirac ! Villepin plaide sa bonne foi et s’étonne que Sarkozy puisse le suspecter ainsi. Mais il ne rate pas une occasion de marquer son désaccord avec celui qu’il appelle le « nain » ou le « nabot » . Pendant la campagne du référendum, il fustige ceux qui font « campagne buissonnière » . C’est, bien sûr, le président de l’UMP qu’il vise. Tout comme lorsqu’il met en garde contre la tentative de « faire l’impasse sur les deux années à venir pour défendre ses propres ambitions » .
Pour l’heure, tous deux laissent les couteaux au vestiaire. Mais ils se préparent à l’affrontement. Le Premier ministre, dans la foulée de Chirac, veut défendre le modèle social français. Son numéro deux, président de l’UMP, prône, au contraire, la rupture avec les politiques menées depuis trente ans. Deux hommes, deux ambitions, deux visions politiques : la guerre est programmée. Elle risque d’être explosive pour le pouvoir.
Sources : CHALLENGES
Posté par Adriana Evangelizt