Villepin, le verbe et le temps
Villepin, le verbe et le temps
Editorial d'Alexis Brézet

Pour qui se souvient du discours de politique générale prononcé par le nouveau premier ministre il y a sept mois, les voeux de Dominique de Villepin à la presse resteront un motif de surprise. Entre le grand oral de juin, tendu, précis, un rien amidonné, et l'allocution passionnée d'hier, sans notes ni retenue, le contraste est frappant. Lyrisme («croire au devenir français»), grands principes («l'honneur de la politique, c'est de servir jusqu'au bout») et mots qui claquent (les «déclinologues») : nous aurait-on rendu Dominique de Villepin ?
Les esprits pratiques reconnaîtront dans ce nouveau ton une nécessité dictée par les contraintes du calendrier : l'heure des annonces n'avait pas encore sonné. Les stratèges discerneront derrière cette façon de parler de tout, et de voir les choses de haut, un moyen de revêtir, sans le dire ni froisser personne, les habits du présidentiable. Mais peut-être faut-il y voir tout simplement la vérité d'un homme que ses premiers pas – premiers succès, premières vraies difficultés – ont libéré, et qui estime le moment venu de rappeler qui il est.
Depuis sa nomination le premier ministre, en effet, a imposé une stature et une autorité dont témoigne son bon niveau de popularité dans les sondages. Mais, si l'on en croit ces mêmes sondages, l'opinion ne semble pas vraiment percevoir les effets de son action. Le chômage recule, les perspectives de croissance s'améliorent, la Bourse caracole et pourtant, lorsqu'il s'agit de l'avenir, les Français continuent de broyer du noir. A seize mois de l'élection présidentielle, Dominique de Villepin, s'il veut se lancer dans la course, doit impérativement convertir sa séduction personnelle en adhésion politique.
Parce qu'il est, à Matignon, comptable du présent, le premier ministre ne peut pas, à la différence de Nicolas Sarkozy, déployer sa force de conviction dans le registre programmatique de la «rupture». Parce qu'il n'est pas chef de parti, il pourra de moins en moins – autre handicap par rapport à Sarkozy – s'appuyer sur un appareil militant pour populariser son action. Mais il a deux armes : celle du verbe, qu'il a fait donner contre les prophètes de la morosité, et, surtout, celle des résultats, un mot martelé hier avec une insistance quasi incantatoire qui dit bien qu'à ses yeux l'essentiel est là.
La conférence sur la dette, aujourd'hui, sera un premier test : en laissant entendre qu'il stabiliserait les dépenses de l'Etat dès 2007, Villepin n'a pas fait le choix de la facilité. La réforme du financement de la protection sociale en sera un second, si le gouvernement sait éviter le piège d'une taxe qui découragerait la recherche et l'investissement. Mais le chômage est évidemment le «grand défi». Le beau succès du contrat nouvelles embauches, désormais validé par des chiffres précis, plaide en faveur de son extension. La volonté affichée par le premier ministre de permettre, enfin, à ceux qui le souhaitent de «travailler plus et plus longtemps», dessine une autre voie prometteuse. Dominique de Villepin doit agir fort, pour frapper les esprits. Et aller vite, car le temps est compté.
Sources : LE FIGARO
Posté par Adriana Evangelizt