Merkel prend ses distances avec Sarkozy
Merkel prend ses distances vis-à-vis de Sarkozy
par Holger Alich (Paris) et Andreas Rinke (Berlin)
De passage en Allemagne, le ministre-candidat voulait rencontrer la nouvelle chancelière avec tambour et trompette. Mais celle-ci a été plus que tiède.
Sept mois déjà se sont écoulés depuis que Nicolas Sarkozy a reçu Angela Merkel en grande pompe à Paris. En juillet 2005, le superministre français avait accueilli au siège de son parti, l’UMP, celle qui n’était encore que candidate à la chancellerie. Il avait mis les petits plats dans les grands et invité tous les journalistes qu’il avait pu trouver en dépit des vacances d’été. “L’UMP te souhaite bonne chance pour les prochaines élections !” avait aimablement lancé Sarkozy à son invitée avant qu’elle ne rentre au pays. Le 15 février dernier, Nicolas Sarkozy est passé par Berlin, et Angela Merkel aurait donc pu lui rendre la pareille. Ce dont elle s’est abstenue. A la demande de Sarkozy, une séance photo a finalement été arrachée, mais la chancellerie a refusé la conférence de presse commune.
L’été dernier, Merkel et Sarkozy incarnaient encore l’espoir pour l’Europe. Le scénario : une chancelière allemande disposant d’une majorité confortable et un Sarkozy réformateur installé à l’Elysée auraient sorti l’Europe de la crise institutionnelle à partir de 2007. Mais les deux leaders de droite se sont très vite éloignés l’un de l’autre. Les raisons ne manquent pas, des deux côtés. Certes, Angela Merkel est chancelière, mais elle est prise au piège de la “grande coalition” avec les sociaux-démocrates du SPD. De plus, Nicolas Sarkozy, qui, en 2005, faisait figure de grand favori à la succession de Jacques Chirac, a vu naître – et dans son propre camp – un véritable rival en la personne de Dominique de Villepin. A cela s’ajoute le fait qu’Angela Merkel est chancelière et que Sarkozy, lui, met constamment en scène sa campagne électorale. Le ministre de l’Intérieur français polit infatigablement son image de présidentiable. Pour lui, la visite en Allemagne n’est qu’une pièce supplémentaire du puzzle visant à faire la démonstration de ses compétences en politique étrangère avant l’échéance de 2007. Prenons l’exemple de son discours de nouvelle année : le patron de l’UMP a mis sur la table ses projets de réformes non seulement pour la France, mais aussi pour l’Europe, ce qui est loin d’avoir plu à Angela Merkel. Sarkozy veut sèchement balayer la Constitution européenne, rejetée par référendum en France. Puis Sarkozy préconise un nouveau moteur pour l’Europe, incluant les six grands Etats membres : la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne, l’Italie et l’Espagne.
L’idée d’un mégadirectoire pour l’UE ne correspond pas du tout aux promesses de Merkel, qui s’était engagée à impliquer davantage les petits Etats membres dans la prise de décision et à ne pas creuser de nouveaux fossés au sein de l’Union. Du reste, tant Sarkozy que Merkel considèrent que les relations franco-allemandes ne doivent pas avoir un caractère exclusif.
“Les propositions de Sarkozy sont totalement incompatibles avec la vision allemande de la politique européenne”, constate Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, à Paris. “On ne peut qu’espérer que Mme Merkel parviendra à le faire changer d’avis.”
A la chancellerie, on assure avec vigueur que la chancelière et le ministre se respectent mutuellement. Mme Merkel s’entendrait bien sûr “formidablement” avec un président Sarkozy, indique-t-on dans les travées du pouvoir. En coulisses, ils s’entretiendraient souvent, ne serait-ce que parce qu’ils font partie de ces chefs qui ne manquent pas une réunion préparatoire du Parti populaire européen (PPE) avant les sommets de l’Union. Sur la forme, en revanche, Merkel et Sarkozy sont franchement aux antipodes. La chancelière, modeste, se refuse à toute mise en scène grandiose, surtout quand celle-ci menace d’empiéter sur sa vie privée. Ainsi, si Angela Merkel protège son mari des curieux, Nicolas Sarkozy, lui, ne médiatise pas seulement son mariage, mais aussi sa séparation et sa réconciliation.
Sources : COURRIER INTERNATIONAL
Posté par Adriana Evangelizt