Paris, champion du patriotisme économique

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Et bien je vais vous dire... cet article me fait plaisir... voyez un peu ce que l'on dit de nous, la France... "Il y a une nouvelle grippe, qui rôde autour de l'Europe, et dont le foyer principal est en France. Contrairement à la grippe aviaire, elle ne menace pas de faire des victimes humaines mais elle est aussi dangereuse dans la mesure où elle peut bloquer la sève de la croissance économique […]. Ce virus prend des formes diverses mais le résultat est toujours le même : il réduit la compétition. Il n'existe pas de vaccin et personne ne veut se lancer dans sa recherche. La victime la plus récente est Enel, dont la tentative d'entrer sur le marché français est restée bloquée par un gouvernement qui se dit favorable au marché libre et qui avait déjà fait échouer l'acquisition d'une grande entreprise agroalimentaire (Danone) par un éventuel acheteur américain...."

Paris, champion du patriotisme économique

par Philippe Randrianarimanana

Pour empêcher l'italien Enel de mettre la main sur le groupe français Suez, le Premier ministre français Dominique de Villepin a annoncé la fusion de Gaz de France avec Suez. Une stratégie qui inquiète la presse économique et les tenants du libéralisme qui y voient une nouvelle pierre dans le jardin de l'Europe.

"La tendance des Etats européens à construire des barrières protectionnistes doit être stoppée. Nous avons encore du temps. Mais si on ne le fait pas, nous risquons un effet août 1914." Cité par le Financial Times, le ministre des Finances italien Giulio Tremonti n'a pas apprécié l'annonce de la fusion de Gaz de France (GDF) et de Suez, qui, si leur union se réalise, donnera naissance à deuxième champion énergétique français, à côté d'EDF, l'actuel numéro un européen du secteur. L'annonce a été faite samedi 25 février par le Premier ministre français Dominique de Villepin. Le nouveau groupe, intitulé Suez-Gaz de France, aurait un chiffre d'affaires évalué à 64 milliards d'euros. L'Etat français en serait actionnaire à 34-35 %, soit une minorité de blocage lui permettant de conserver le contrôle du nouveau géant.

Outre les contestations italiennes, "les syndicats français ont très mal accueilli l'opération" de fusion, perçue comme une "privatisation déguisée" rapporte
La Libre Belgique. En effet, "la loi actuelle fixe à 70 % la participation minimum de l'Etat français dans GDF". Ainsi, un changement législatif sera indispensable à toute union. "Vu les étapes à franchir, la fusion ne devrait être effective que vers la fin de l'année", note le quotidien, préoccupé par l'opération, car Suez possède à travers le belge Electrabel la première compagnie électrique de tout le Benelux.


"Suez et Gaz de France dans le même bateau. Depuis plusieurs années, le scénario d'un rapprochement entre les deux groupes français était dans l'air. La menace de l'italien Enel sur Suez aura précipité sa concrétisation pour donner naissance à l'un des plus grands groupes mondiaux de l'énergie", résume La Libre Belgique, qui titre sur "le mariage du gaz et de l'électricité". La Libre souligne la logique industrielle qui fait du nouveau groupe Suez-Gaz de France le leader mondial du gaz naturel liquéfié (GNL). Transporté non par gazoduc mais par méthanier, le GNL "fait figure d'eldorado énergétique. Car le GNL sera demain au cœur de la politique énergétique de l'Europe mais aussi des Etats-Unis."

Par ailleurs, le journal note la différence de comportement entre Paris et Bruxelles. "L'interventionnisme des hommes politiques français contraste avec la passivité des Belges. Au cours des différentes étapes qui ont abouti à la prise de contrôle totale d'Electrabel par les Français, il n'y eut pas de réaction. Ou si peu", note
La Libre, qui s'interroge dans son éditorial "où est le patriotisme des Belges ?" Alors que "devant l'offre italienne, la riposte française a été fulgurante. En soixante douze heures, le principe du mariage entre Suez et Gaz de France est acquis. Et tant pis si l'Italie le prend mal."

La Stampa s'inquiète pour sa part des conséquences pour l'Europe de l'échec de l'OPA de l'italien Enel sur le groupe français Suez. "Il y a une nouvelle grippe, qui rôde autour de l'Europe, et dont le foyer principal est en France. Contrairement à la grippe aviaire, elle ne menace pas de faire des victimes humaines mais elle est aussi dangereuse dans la mesure où elle peut bloquer la sève de la croissance économique […]. Ce virus prend des formes diverses mais le résultat est toujours le même : il réduit la compétition. Il n'existe pas de vaccin et personne ne veut se lancer dans sa recherche. La victime la plus récente est Enel, dont la tentative d'entrer sur le marché français est restée bloquée par un gouvernement qui se dit favorable au marché libre et qui avait déjà fait échouer l'acquisition d'une grande entreprise agroalimentaire (Danone) par un éventuel acheteur américain. Pour le moment, l'Europe tient avec la monnaie unique, mais l'euro ne peut pas tout. Le risque de démolition de cette merveilleuse construction ne doit pas être sous-évalué."

Favorable à une ouverture des marchés au sein de l'Union, la commissaire européenne à la Concurrence, Neelie Kroes, a estimé dans un rapport publié en février 2006 que les prix européens de l'énergie étaient élevés en raison du manque de concurrence transfrontalière. Selon le quotidien économique The Wall Street Journal, "les réactions visant à repousser les acheteurs étrangers dans des sociétés négociées publiquement interviennent à la suite d'une vague de prises de contrôle en Europe et concluent une semaine de négociations dans le secteur énergétique du continent. Il s'agit d'un test sérieux de la capacité de l'UE à assurer la libre circulation des capitaux sur le continent. Bruxelles doit montrer les moyens et la volonté de faire reculer le protectionnisme dans deux des plus puissantes capitales de l'Union." L'annonce de la fusion Gaz de France et de Suez est en effet intervenue le lendemain du jour où Madrid a pris des mesures pour dissuader l'offre de rachat de l'espagnol Endesa par l'allemand E.ON.

Sources : COURRIER INTERNATIONAL

Posté par Adriana Evangelizt

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article