Pourquoi Sarkozy ne sera pas élu président en 2007

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Pourquoi Nicolas Sarkozy (ou un autre candidat de la droite parlementaire) ne sera pas élu président de la République en 2007


par Julien Bonnenfant

 


Tout indique, à l’heure actuelle, que le second tour de l’élection présidentielle de 2007 opposera Nicolas Sarkozy à un candidat socialiste. A un an du scrutin, les sondages donnent Sarkozy gagnant face à tout socialiste autre que Ségolène Royal. Face à celle-ci, le pronostic est plus incertain : de janvier à mai 2006, le score de Nicolas Sarkozy oscille entre 47 et 51 %, avec une moyenne de l’ordre de 50 %.

Ces pronostics favorables à Nicolas Sarkozy sont trompeurs. Ils occultent un fait politique majeur : la difficulté de la droite à gagner l’élection présidentielle malgré un potentiel de voix très supérieur à celui de la gauche. En réalité, la droite parlementaire – qu’elle soit représentée par Sarkozy ou par un autre – a peu de chances de l’emporter en 2007. Voici pourquoi :

1) Dans le cas d’un duel droite/gauche, le score du représentant de la droite au second tour de l’élection présidentielle dépend de trois choses : le score global de tous les candidats de droite au premier tour ; le rapport de forces au premier tour entre les diverses fractions de la droite, UDF, UMP, droite populiste (*) ; le report des voix des candidats éliminés au premier tour.
Si la droite est suffisamment majoritaire au premier tour, un candidat de l’UMP peut être élu même si l’UDF et la droite populiste font de bons scores et si les reports de voix des autres candidats de droite sont médiocres. Si ces reports sont suffisamment bons, le candidat UMP peut être élu même si l’avance de la droite au premier tour est faible et si l’UDF et les populistes font de bons scores. Si l’UMP domine suffisamment l’UDF et les populistes au premier tour, son candidat peut l’emporter même si les reports sont médiocres et si l’avance globale de la droite est faible. Mais si la droite n’est pas très majoritaire au premier tour, si les autres composantes de la droite sont à un niveau élevé et si le report de leurs voix ne s’effectue pas correctement, comment espérer la victoire d’un candidat de l’UMP, quel qu’il soit ?

2) Ce cadre d’analyse peut être appliqué aux deux dernières élections présidentielles. Il explique très bien le résultat de l’élection de 1995. Les mêmes mécanismes auraient pu provoquer la défaite de Chirac face à Jospin en 2002, si ce dernier avait été présent au second tour.
En 1995, le score combiné des deux candidats populistes, Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers, a atteint le niveau record de 20 % des suffrages exprimés au premier tour. Leurs voix ne se sont pas bien reportées sur Jacques Chirac. Sur 100 électeurs ayant voté Le Pen, 50 seulement ont voté Chirac au second tour, les autres se répartissant par moitié entre le vote Jospin et l’abstention. Sur 100 électeurs de Philippe de Villiers, les trois quarts environ ont voté Chirac, 15 % Jospin et les 15 % restants se sont abstenus. L’UDF ne présentait pas de candidat mais soutenait Edouard Balladur ; les électeurs de Balladur n’ont reporté leurs voix qu’à 85 % sur Chirac, 10 % ont voté Jospin et environ 5 % se sont abstenus.
Heureusement pour Jacques Chirac, le rejet de Mitterrand et de la gauche était alors suffisamment puissant pour donner à la droite une prédominance écrasante au premier tour : 59,5 % des voix pour ses candidats contre seulement 40,5 % à ceux de la gauche, écologistes compris. Chirac l’emporta donc sur Jospin. Mais ce succès ne fut obtenu qu’avec une diminution considérable de l’écart de voix entre la droite et la gauche. Cet écart atteignait près de 20 % des suffrages exprimés au premier tour. Il n’était plus que de 5 % des suffrages au second tour (52,5 % – 47,5 %). La droite parlementaire a sans doute cru à ce moment être revenue pour longtemps au pouvoir. Le scrutin de 1995 nous montre, au contraire, une droite extrêmement vulnérable car divisée comme jamais elle ne le fut depuis 1958. Sa défaite à l’élection législative de 1997 a bientôt fourni la preuve de cette fragilité.
Au premier tour de l’élection de 2002, les voix de la droite populiste se maintiennent à leur haut niveau de 1995 : plus de 19 % des suffrages exprimés pour Le Pen et Mégret. En revanche, l’avance de la droite sur la gauche se réduit : 57 % contre 43 %, soit 14 points d’écart au lieu de 19 en 1995. A ce niveau d’équilibre des forces, et avec les mêmes médiocres reports de voix que ceux constatés en 1995, Jacques Chirac risquait d’être battu par Jospin au second tour. Au cours des deux mois précédant l’élection, la majorité des sondages électoraux ont prédit la victoire de la gauche. Chirac ne fut sauvé que par un accident de l’histoire : l’élimination de Lionel Jospin au premier tour. La droite parlementaire a donc de nouveau gagné la présidentielle. Mais ce fut par miracle.

3) Ce miracle ne se reproduira pas en 2007. Qui plus est, il y a toutes raisons de penser que les trois facteurs-clefs du succès ou de l’échec de l’UMP aux prochaines présidentielles seront moins favorables qu’en 1995 et en 2002.
Le rapport de forces droite/gauche au premier tour était de 57/43 % en 2002. A ce moment-là, Lionel Jospin gouvernait le pays depuis cinq ans : l’usure du pouvoir jouait donc contre la gauche. En 2007, c’est la droite qui souffrira de cette usure. Jacques Chirac et son premier ministre battent des records d’impopularité. La droite parlementaire, divisée et démoralisée par ses échecs, ses épreuves et ses reculades (élections locales de 2004, référendum de mai 2005, émeutes ethniques de l’automne 2005, abandon du CPE), est à bout de souffle. Dans ce contexte, ne doit-on pas s’attendre à ce que le score de la gauche au premier tour des présidentielles dépasse son niveau de 2002 ? La droite populiste a le vent en poupe. A mi-mai 2001, l’un des principaux instituts de sondage, la SOFRES, prédisait pour ses candidats (Le Pen, Mégret, Pasqua) un score global de 12,5 %. A mi-mai 2006, le même institut estime à 13-15 % l’addition des voix de Jean-Marie Le Pen et de Philippe de Villiers aux présidentielles de 2007. Les autres instituts de sondage accordent à ces deux candidats un pourcentage de voix nettement plus élevé, dépassant 15 %. En 2002, le score combiné de Le Pen et de Mégret au premier tour a dépassé d’environ sept points ce que prévoyait la SOFRES à un an du scrutin. Il est donc tout à fait possible, au vu des sondages actuels, que la droite populiste dépasse 20 % des suffrages au premier tour en 2007. Toutes les conditions semblent réunies pour cela : effet d’entraînement de la poussée souverainiste au référendum de 2005 ; traumatisme des émeutes de l’automne 2005 ; exaspération d’une partie croissante de l’électorat de droite devant l’impuissance et la lâcheté de la droite parlementaire face à la gauche.

Les reports de voix au sein de la droite s’annoncent pires qu’en 1995. Du côté de l’UDF, les sondages du printemps 2006 prévoient, pour le second tour, le report de 70 % au plus des électeurs de ce parti en faveur de Nicolas Sarkozy – contre 85 % en 1995 pour l’électorat d’Edouard Balladur. En mai 2006, François Bayrou a « franchi le Rubicon » en décidant de voter, avec la gauche, la censure du gouvernement. Cet exemple donné aux électeurs de l’UDF ne facilitera évidemment pas le report de leurs voix sur le candidat de l’UMP. Le même pronostic vaut pour la droite populiste. Par ses positions sur l’Europe, par ses positions contradictoires en matière d’immigration, Nicolas Sarkozy laisse ouvert un fossé béant avec les attentes de l’électorat populiste. Ces électeurs risquent de lui faire défaut au moment décisif.

4) Si ces trois tendances se confirment, la gauche, qui n’a encore ni candidat ni programme, va reconquérir en 2007, après les régions et de nombreux départements, le poste de chef de l’Etat et, dans la foulée, la majorité à l’Assemblée nationale. Elle contrôlerait alors à peu près tous les pouvoirs, à l’exception du Sénat et, pendant quelque temps, du Conseil constitutionnel.

Cet échec politique majeur de la droite sera, d’abord, celui de la droite parlementaire. En une quinzaine d’années (1993-2007), elle aura réussi le tour de force de ne pas profiter de ses victoires pour mettre en œuvre une politique de droite, laissant ainsi s’élargir la division de la droite et la fracture avec l’électorat populiste. Son erreur aura été d’oublier la règle d’or du jeu politique, admirablement mise en œuvre par François Mitterrand : rassembler les forces de son propre camp.

(*) Sont ici rangées sous l’étiquette « populiste » les formations politiques de droite s’affirmant en rupture avec les deux grands partis de la droite parlementaire, UMP et UDF. Cette définition englobe non seulement le Front national de Jean-Marie Le Pen et le MNR de Bruno Mégret, mais aussi le MPF de Philippe de Villiers et le RPF de Charles Pasqua. Tous ces mouvements ont au moins un point commun : leur « souverainisme », qui les a réunis en 2005 dans un commun refus du projet de Constitution européenne.

Sources : Polémia

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans Nicolas Sarkozy

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