Chirac a remis Sarkozy dans son viseur
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Chirac a remis Sarkozy dans son viseur
Par Antoine GUIRAL
Jacques Chirac repart en campagne, et ce n'est pas une blague. Comme au bon vieux temps, le chef de l'Etat inaugure ce matin une foire agricole à Clermont-Ferrand, intitulée «15e sommet de l'élevage». L'occasion, pour lui de discourir sur l'agriculture, mais aussi de déambuler au milieu des broutards dont il aime à comparer les prouesses aux côtés des éleveurs. Selon l'Elysée, il devrait, ni plus ni moins, fixer «les nouvelles frontières» de l'agriculture française, avec, à la clé, l'annonce de mesures en faveur des carburants verts. Pas en reste Nicolas Sarkozy a annoncé hier qu'il se rendra demain dans des fermes du Finistère pour parler «pôle d'excellence rurale».
Ce retour aux sources du chiraquisme électoral est révélateur du net regain de forme du président de la République en cette rentrée. Politiquement KO après le référendum sur l'Europe en mai 2005 et son accident vasculaire cérébral il y a un an, Jacques Chirac semble s'être refait une santé. En conseil des ministres, il joue les boute-en-train et bluffe ses ministres. De New York à la Finlande, en passant par Bucarest et Erevan, il a multiplié les déplacements internationaux tout le mois de septembre et va prochainement se rendre en Chine. Et de manière très concertée avec son Premier ministre, il rend publics, un à un, tous ses désaccords avec Nicolas Sarkozy pour souligner qu'il existe bien deux offres politiques fondamentalement opposées à droite : l'une se voulant gaullienne... et celle du ministre de l'Intérieur, relevant du populisme et de la démagogie.
La trêve de rentrée, essentiellement mise en scène par Sarkozy entre Chirac-Villepin et lui, n'est plus qu'un lointain souvenir. Depuis son voyage aux Etats-Unis et sa sortie contre les juges de Seine-Saint-Denis, le président de l'UMP est redevenu l'homme à abattre des chiraquiens. «Il n'a tout simplement pas le niveau et propose une lecture des rapports sociaux qui révèle toute sa méconnaissance de l'identité française», tranche un conseiller de Jacques Chirac. Un autre trouve le ministre de l'Intérieur «de plus en plus inquiétant par sa démagogie» et estime qu'il «fait peur aux gens». Des sondeurs aux élus, tous les capteurs de l'Elysée ont été réactivés. Tout ce qui peut déstabiliser Nicolas Sarkozy et le pousser à la faute est systématiquement analysé pour être éventuellement utilisé contre lui.
Après avoir laissé quelques proches (Jean-Pierre Raffarin, Jacques Toubon) entretenir le suspense sur une nouvelle candidature, Jacques Chirac cherche désormais à montrer qu'il est au centre du jeu et que rien ne pourra se faire sans lui. A l'Elysée, même ceux qui, il y a quelques mois, laissaient entendre qu'il avait pris la décision de ne pas se représenter ne sont aujourd'hui «plus sûrs de rien», persuadés que «Sarkozy va exploser en vol». Les Machiavels du chiraquisme sont même de retour qui, comme cet élu de province, proche du chef de l'Etat, y vont de leur pronostic : «Il va se représenter non pas pour gagner mais pour tuer Sarkozy et permettre à Juppé ou à Villepin de se remettre en selle pour 2012.» L'anti-sarkozysme de droite ne s'est jamais aussi bien porté.
Sources : Libération