Les assistants parlementaires UMP, entre désabusement et inquiétude
Les assistants parlementaires UMP,
entre désabusement et inquiétude
Un point de vue méconnu sur les dysfonctionnements de la vie politique française
Fin de mandature aidant, l’activité parlementaire se réduit considérablement. Et les assistants parlementaires de l’UMP, dont nombre savent déjà qu’il leur faut réfléchir à l’après scrutin législatif, parlent. Et d’une langue qui n’est pas de bois.
Les assistants parlementaires ont rarement bonne presse. Souvent jeunes et sortant des études, plus rarement adjoints de longue date d’un parlementaire, ambitieux [1], l’assistant parlementaire n’est pas nécessairement encarté. Rétribué à discrétion, l’assistant parlementaire est une espèce à durée de vie fréquemment éphémère, certains élus étant connus pour lessiver leurs attachés. Au cœur du travail législatif, en prise avec la politique, l’assistant UMP porte un regard sévère sur les moeurs partisanes.
# La bureaucratie partisane en cause
Si une majorité des assistants de parlementaires UMP est indéniablement favorable à Nicolas Sarkozy, son propos est souvent plus pondéré que celui des aficionados des Jeunes populaires. Et la cote du président de l’UMP se tasse chez les petites mains des parlementaires, au point que les chiraquiens rasent désormais moins les murs... En cause, l’attitude autiste de la machine UMP. Le contrôle du parti et du groupe parlementaire sur les idées et les attitudes des élus n’est pas une nouveauté. Pourtant il a trouvé un relief certain depuis quelque temps, la mainmise sarkoziste sur l’appareil du parti ayant renforcé le contrôle des allégeances des uns et des autres. Difficile de dire qui de la direction de la communication (Franck Louvrier) ou de la direction des études (Emmanuelle Mignon) concentre le plus les critiques des jeunes assistants parlementaires : « les argu [argumentaires] du parti, je ne les lis même plus ! Ils ne servent à rien. Il n’y a qu’au siège du parti qu’on y croit », déclare l’assistante d’un parlementaire de l’Est de la France. « Tu n’es pas UMP, tu n’es rien » ... « À l’UMP, on n’écoute plus personne, sauf les Réformateurs, et encore... » Une irritation qui point parfois chez les élus, le plus fréquemment dans le silence des bureaux.
# Méthode Coué chez les parlementaires,
sueurs froides chez leurs assistants
Les rares gaullistes de l’UMP ne sont guère avares de propos sur l’évolution du parti : « Je conserve l’étiquette UMP, mais je ne vois pas en quoi ce parti peut aujourd’hui susciter l’adhésion, sauf pour des jeunes loups aux dents longues », me confiait en 2003 un sénateur de l’Ouest. Dans le reste des rangs du parti conservateur, la tendance est à la méthode Coué. Avec le triomphe de la communication et de la médiatisation, le contenant fait office de contenu. Besoin d’un exemple ? Les assistants vous citeront systématiquement la politique fiscale où le gouvernement a repris d’une main ce qu’il avait donné de l’autre, loin du satisfecit sur la baisse des impôts depuis 2002. L’UMP traite le citoyen de plus en plus comme un client, mais sa mercatique sent la propagande des grosses ficelles, comme le budget l’a montré [2]. « Je n’essaie même plus de convaincre mon entourage », indique cette personne, pourtant de nature prosélyte, « quand ils me disent que la droite déconne, je n’ose pas leur dire et “encore vous ne savez pas tout” ». Parce qu’ils sont en contact avec le terrain (la « circo »), les assistants mesurent que le fossé entre la France d’en haut et la France d’en bas, expression chère à un Premier ministre qui n’aura rien fait pour relever le niveau, vire à l’abîme.
# Le Pen ou Royal ?
Ici, les luttes intestines entre chiraquiens et sarkozistes font l’objet d’une volée de bois vert chez les plus indépendants. Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy peuvent même être renvoyés dos à dos. Au premier l’on reproche sa grandiloquence hautaine et son mépris péremptoire. Au second, son incohérence et son opportunisme. Incohérence sur l’immigration, l’insécurité ou la politique économique : « Je me suis trompée. Je pensais qu’en reprenant le discours de Le Pen, Sarkozy ferait revenir à droite les électeurs frontistes : en fait, il les a dédouanés de leur vote », analyse une assistante. Le catalogue de mesures de l’UMP suscite bien des sarcasmes et choque les tempéraments libéraux : « Cinq pages sur l’égalité des chances et pratiquement rien d’intéressant sur les entreprises » ou encore « les Français sont fatigués de l’assistanat à la Borloo » [3]. N’est-ce pas parce que Nicolas Sarkozy a dit tout et son contraire et n’est pas en mesure d’afficher un bon bilan en matière d’ordre public ? Et son opportunisme rhétorique semble faire des émules à gauche : « Ségolène Royal est un réel danger. Elle se met dans les pas de Sarkozy. Quand il parle d’insécurité, elle en parle aussi : ce ne sont pas les mêmes mots, mais la même façon de traiter un sujet. » Ce n’est pas un hasard si le débat sur l’investiture socialiste qui devait se tenir à l’UMP le 16 novembre a été annulé dès l’après-midi : le parti conservateur est bien embarrassé devant un phénomène médiatique analogue à la sarkomanie des journaux.
Il serait malvenu de balayer d’un revers de la main ces confidences. Dégoût de la jeunesse devant le cynisme de la politique ? Loin s’en faut, les assistants parlementaires savent que la politique compose avec les réalités humaines et qu’elle est un art difficile consistant à ne verser ni dans le clientélisme, ni dans le fondamentalisme purificateur. A mille lieux du bourdonnement médiatique et des ragots de cabinets ministériels, les analyses des assistants parlementaires constituent un point de vue méconnu sur la crise profonde des institutions et de la chose commune. Pour anecdotique qu’il soit, il mérite qu’on y réfléchisse un instant.
[1] Il y a quelques années, Miossec leur avait consacré une chanson savoureuse et douce-amère, où l’assistant parlementaire, en attendant d’épouser la fille de son député, « courbe l’échine et en avale [sa] langue »
[2] La couleuvre qu’a dû avaler Gilles Carrez, rapporteur général du budget et spécialiste UMP des finances, devait être particulièrement énorme pour qu’il se sente obligé de vendre le budget 2007, à l’insincérité évidente, comme un budget des plus satisfaisants.
[3] Fait notable, Jean-Louis Borloo est la tête de Turc des assistants parlementaires libéraux.
Sources Revue Républicaine
Posté par Adriana Evangelizt