Nicolas Sarkozy : "Je veux 3 % de croissance économique"
Nicolas Sarkozy : "Je veux 3 % de croissance économique"
par Arnaud Leparmentier
Nicolas Sarkozy se prend à rêver. A imaginer tout ce qu'il aurait pu faire s'il était resté flâner deux jours à Budapest, où il vient de faire une visite éclair, vendredi 14 septembre : une promenade à cheval en forêt, les bains, un concert. S'il avait pris le temps. "Mitterrand voyageait au bon plaisir. Je ne critique pas. Je voyage pour faire", explique-t-il dans l'avion qui le ramène vendredi soir de Hongrie, la patrie de son père, qu'il a à peine évoqué.
Faire, pour réformer la France. Faire, pour remettre l'Europe en mouvement, alors que la rentrée s'annonce compliquée. C'est son obsession, et il estime être en passe de réussir. "L'Europe, cela repart." Le président estime avoir remis la France au coeur de l'Europe. L'adoption du traité simplifié sur l'Europe, la réforme d'EADS, la libération des infirmières bulgares, le lancement d'une réforme de la PAC, la constitution évoquée d'un groupe de sages sur l'avenir de l'Union européenne...
Tout cela, n'est-ce pas lui qui en est l'instigateur ? Et au cours d'une conversation libre de plus d'une heure trente avec quelques journalistes, il s'agace aussi d'une Europe qui ne bouge pas assez vite à son goût et reste trop technocratique.
Ainsi, il assure que ses relations avec Angela Merkel n'ont "jamais été aussi bonnes". "La difficulté, c'est qu'elle doit composer avec ses Länder et sa coalition. Moi, je peux aller plus vite." Il la remercie pour le "cadeau" qu'elle lui a fait en acceptant la constitution d'un groupe de sages pour réfléchir sur l'avenir et les frontières de l'Europe. Et il estime qu'en abordant les sujets tabous en Allemagne, comme le nucléaire, il fait avancer les choses. "Sur le nucléaire, je lui ai rendu service. Elle a des élections en 2009."
De même, il s'irrite un instant sur les ministres des finances de la zone euro qui ont critiqué sa politique budgétaire lors de leur réunion de Porto, le jour même. "Le 18 septembre, j'annoncerai un certain nombre de réformes qui seront applaudies des deux mains par les Européens. Je serai au rendez-vous", explique M. Sarkozy.
Ainsi lance-t-il une pique au premier ministre et ministre des finances luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qu'il a contribué à nommer à la tête de l'Eurogroupe lorsqu'il était ministre des finances, en 2004, pour l'inviter au mouvement. "Quelle initiative a-t-il prise ?", s'interroge M. Sarkozy. "Sur le capitalisme financier, c'est Angela Merkel et moi qui menons le débat. Il n'est pas absurde que le président de l'Eurogroupe s'interroge."
Homme politique, il refuse les contraintes jugées technocratiques des experts. Ignoré l'accrochage de juillet avec le ministre des finances allemand, le social-démocrate Peter Steinbrück, qui avait mis en garde contre un non-respect du pacte de stabilité. M. Sarkozy estime qu'avoir séparé, en Allemagne, l'économie des finances donne "une vision comptable des choses".
Il ne veut pas plus de la "rigueur" annoncée récemment par sa ministre des finances, Christine Lagarde. "Le mot rigueur a une connotation qui laisse entendre qu'on réduit les déficits uniquement en réduisant les dépenses. Je pense qu'on réduit le déficit en augmentant les recettes et en réduisant les dépenses."
Dans ce contexte, le président français fait mine de s'inquiéter peu des différentes prévisions de croissance. "Que la croissance soit à 1,9 % ou 2,3 %, au fond, cela ne change pas grand-chose car, ce que je veux, c'est 3 %. De toute façon, il faut faire les réformes pour gagner ce point de croissance." Il compte donc être au rendez-vous la semaine prochaine et entendait signifier ses intentions aux syndicats ce week-end sur les retraites et la réforme de l'Etat. "Je veux éviter les humiliations et faire comprendre ma détermination."
Alors que l'euro bat des records et menace la compétitivité de l'économie européenne, le président français continue d'exiger un vrai dialogue avec la Banque centrale européenne et son président, Jean-Claude Trichet. Bien sûr, il fallait intervenir pour enrayer la crise de liquidités provoquée par la crise immobilière américaine. "Mais j'ai trouvé curieux d'injecter des liquidités sans baisser les taux", estime le président français, alors que les taux de marché sont remontés. "On a fait des facilités pour les spéculateurs, on complique la tâche pour les entrepreneurs.." Il assure qu'il va continuer de donner des "coups de boutoir" sur l'approche européenne des dossiers financiers. Ainsi se réjouit-il de ce qu'Angela Merkel le soutienne pour dénoncer la sous-évaluation du yuan.
Le retour de la France en Europe suscite quelques grincements. Il le sait. "C'est le grand retour de la France en Europe centrale. Ce que j'ai fait aujourd'hui, je sais que cela agace certains observateurs. Certains étaient partis du principe que l'Europe de l'Est, c'était l'Allemagne, et que nous n'y avions pas notre place." Avec la libération des infirmières bulgares, ses voyages en Pologne et en Hongrie, il estime avoir effacé la phrase de Jacques Chirac, qui, en pleine crise irakienne, avait déclaré que ces pays avaient "manqué une occasion de se taire".
"Il n'y a pas pour la France une vieille Europe et une nouvelle Europe. Il n'y a pas, pour la France, des pays qui ont droit à la parole et ceux qui n'ont que le droit de se taire. Il y a des pays égaux en droits et en devoirs, qui feront la force de l'Union européenne", avait assuré le président français quelques heures auparavant devant le Parlement hongrois, sous les applaudissements.
Exit l'idée de directoire à cinq ou six pays de l'Europe, naguère caressé par M. Sarkozy. "Les grands pays ont une responsabilité particulière. Cela ne veut pas dire que je ne veux pas que les petits pays ne parlent pas. Les grands pays n'ont pas été à la hauteur de leurs responsabilités. Pas d'imagination, pas d'énergie."
Il proposer une révolution stratégique sur l'agriculture, alors que la demande, avec l'augmentation de la population mondiale et le besoin de biocarburants, risque d'être durablement au-dessus des cours européens. "Il y a une opportunité historique pour porter la réforme de la PAC. Je dis aux Européens, réveillez-vous ! réveillez-vous !"
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Nicolas Sarkozy :
"Je dis aux Européens : réveillez-vous ! réveillez-vous !"
De retour de Hongrie,
le chef de l'Etat se voit au coeur
d'une Europe qu'il veut "remettre en mouvement"
Sources Le Monde
Posté par Adriana Evangelizt