SARKOZY ET ESTROSI CITES DANS UN DOSSIER JUDICIAIRE
Sarkozy et Estrosi cités dans un dossier judiciaire
LE MINISTRE de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, et Christian Estrosi, le ministre de l'Aménagement du territoire, se retrouvent cités dans un dossier judiciaire instruit au pôle financier parisien.
Dans le cadre d'une vaste enquête financière, la juge Dominique de Talancé a arrêté un marchand de biens niçois, Pierre Raynaud. Or, dans la sacoche de ce dernier, les enquêteurs policiers de la brigade de recherches et d'investigations financières (Brif) ont mis la main sur un dossier de « vente d'immeubles du ministère des Finances ». Et dans la sacoche de Pierre Raynaud, se trouvait un courrier de Nicolas Sarkozy à Christian Estrosi faisant référence à une société liée à Raynaud. Dans quel cadre cette intervention ? « Il n'y a rien de particulier dans ce courrier, c'est une réponse à un député comme nous en faisons tous les jours », réagit Claude Guéant, le bras droit du ministre de l'Intérieur.
Un courrier signé de Nicolas Sarkozy
Selon nos sources, pourtant, la juge examine les suites éventuelles à donner à ce volet de l'affaire. Incarcéré durant quatre mois et aujourd'hui sous contrôle judiciaire, Pierre Raynaud, défendu par Me Martine Malinbaum, ne s'est pour l'heure pas expliqué devant la magistrate. « Je vous fais la même réponse qu'à la juge, nous déclare-t-il : je connais Nicolas Sarkozy comme tous les Français, et Christian Estrosi comme tous les Niçois. Un point c'est tout. »
Impossible d'en savoir plus de la bouche de cet homme d'affaires à l'accent méridional, déjà condamné dans le passé et connu sur la Côte d'Azur pour avoir été un proche de l'ancien maire d'Antibes, Pierre Merli. « Quand Raynaud avait été entendu une première fois dans le cadre des affaires financières de Merli, ce dernier avait dit à ses amis : Ne vous inquiétez pas, le petit ne parlera jamais », raconte un proche de Raynaud, pour dire que l'homme n'est pas « un bavard ».
L'affaire débute le 26 avril dernier. Les enquêteurs de la juge de Talancé sont sur la piste de Pierre Raynaud depuis quelques semaines. Le Niçois a été placé sur écoutes téléphoniques et les policiers apprennent qu'il monte sur Paris pour un rendez-vous, le soir même au Plaza Athénée. Raynaud est arrêté à Orly, à sa descente d'avion. Sa sacoche est aussitôt placée sous scellés ainsi que ses agendas. A l'intérieur de la mallette, un dossier attire l'attention des policiers. Le dossier Aerium.
Raynaud l'explique volontiers aux enquêteurs, il a été mandaté par ce fonds d'investissement anglais pour deux opérations. La première concerne la ville de Nice et la construction d'un hôtel de luxe. Raynaud a d'ailleurs sollicité le maire de la ville sur ce projet et a la copie d'un échange de courriers avec Jacques Peyrat.
La deuxième opération concerne la vente, par le ministère des Finances, de deux immeubles parisiens, rue de l'Université et rue de la Tour-des-Dames. Dans le cadre de cette opération, les policiers découvrent dans la sacoche de Pierre Raynaud un courrier signé de Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances, adressé à Christian Estrosi, « député des Alpes-Maritimes ».
Nicolas Sarkozy, dans ce courrier daté du 24 novembre 2004, informe Christian Estrosi que « la candidature du fonds Aerium à l'acquisition de deux immeubles appartenant à l'Etat (...) lui est bien parvenue » et qu'il en a « pris bonne note ».
Les relations « amicales » des protagonistes
« L'avis d'appel à candidatures pour ces deux immeubles devrait être rendu public dans les prochaines semaines, écrit le ministre. Le fonds Aerium a naturellement vocation à participer à cette procédure. » Le ministre d'Etat, le même jour, écrit aussi à un avocat niçois, Me Daniel Hancy, pour lui indiquer que « Michel Hainque, délégué général adjoint de la mission interministérielle de valorisation du patrimoine immobilier de l'Etat, est à la disposition du fonds Aerium pour toute information sur cette opération ».
« Je me souviens de cette affaire, nous indique Me Hancy. Christian Estrosi est un ami, et il m'a effectivement facilité un rendez-vous avec un fonctionnaire parisien, M. Hainque, pour l'achat d'immeubles du ministère des Finances. » Me Hancy se souvient « d'un rendez-vous » à Bercy : « Il y avait deux représentants d'Aerium, moi et Pierre Raynaud », nous confie-t-il.
« Me Hancy est un ami de Christian Estrosi, qui lui a facilité un rendez-vous au ministère, c'est tout », admet lui aussi Eric Ciotti, son directeur de cabinet au conseil général des Alpes-Maritimes.
Au final, malgré les relations « amicales » des protagonistes, Aerium n'a finalement pas acheté les deux immeubles. Selon le dossier saisi par les policiers, cette société anglaise avait pourtant fait deux offres, l'une de 20 millions d'euros pour la rue de la Tour-des-Dames, l'autre de l'ordre de 130 millions d'euros pour la rue de l'Université. Et les enquêteurs s'interrogent sur les annotations financières manuscrites retrouvées sur le dossier de Pierre Raynaud.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, 17 septembre 2005, p. 16
Sources : En bas de page : http://www.chez.com/constit/Sarkozy.html