VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER
Pendant que Sarkozy fait bombance, ceux qui ne votent pas et n'ont donc aucune utilité pour lui, dansent... mais pas de joie. C'est plutôt le croupissement.
Voyage au bout de l’enfer…
par Patrice Biancone
Prénom : Alvaro. Nom : Gil-Robles. Profession : Commissaire, mais commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe...
Alvaro Gil-Robles vient de passer plus de 15 jours en France pour visiter les lieux que l'on appelle par euphémisme, des «lieux de privation de liberté» et que, plus prosaïquement, nous nommerons ici, prisons ou centres de rétention. Ce voyage, qui a en croire le commissaire, fut un voyage hallucinant, presque un voyage au bout de l'enfer, donnera lieu à un rapport qui, c'est certain, devrait faire monter le rouge au front des Français... mais qui, finalement, ne leur apprendra pas grand chose tant les rapports établis précédemment, et régulièrement, par nos élus qui se préoccupent de la question, ont déjà tenté d'attirer l'attention des pouvoirs publics; et tant le livre de Véronique Vasseur, ancien médecin-chef à la prison de la Santé, publié en janvier 2000, avait mis à nu la misère qui régnait dans ces lieux et le peu de cas que faisait l'Etat du sort des détenus...
Cependant, le rapport que fera Alvaro Gil-Robles, sera celui d'un responsable européen qui pointera une situation indigne d'une grande démocratie qui se revendique patrie des droits de l'Homme, et cela en termes qui laissent peu de place à l'interprétation.
La prison des Baumettes à Marseille ? un endroit répugnant où les gens sont entassés...
Le dépôt des étrangers, sous le palais de justice de Paris ? De sa vie, Alvaro Gil- Robles dit n'avoir rien vu de tel, sauf peut-être en Moldavie.
Le commissariat du 18e arrondissement de la capitale ? Les gardés à vue y dorment à même le sol, une situation qui n'existe nulle part ailleurs dans d'autres pays d'Europe...
Un long inventaire qui sera rendu public et qui devrait déboucher sur des recommandations, mais dont on peut douter qu'il change les choses en profondeur.
Car la France et ses lieux de rétentions, c'est une longue histoire. Histoire d'oublis que Robert Badinter a un jour résumée en peu de mots: «L'idée que quelqu'un travaille et vive moins bien que celui qui est en prison est insupportable à la conscience collective, expliquait alors celui qui a fait voter l'abolition de la peine de mort, c'est là toute la limite du progrès carcéral...». Robert Badinter qualifiait alors cette observation de loi d'airain des prisons.
Bien sûr, il y a bien eu des réformes, mais sur le fond rien n'a changé. Il y a toujours un problème de surpopulation, un problème de salubrité, de santé et de sécurité. L'institution reste d'abord punitive, un lieu de châtiment plutôt qu'un lieu d'amendement et de réinsertion comme l'exigeait la décision du conseil constitutionnel de 1994. C'est une société qui s'est constituée par défaut, sur le vide ménagé par les politiques et face à un consensus national fait avant tout d'indifférence...
On comprend mieux alors, devant l'absence de réelle possibilité de réinsertion, que les prisonniers n'aient qu'un rêve en tête. Se «natchaver», de l'argot manouche qui veut dire s'évader, partir, s'enfuir... Ils savent très bien, eux, que pour l'instant, la société française n'est pas prête à offrir un vie sociale à ceux qui ont rompu le contrat social...
Sources : RFI
Posté par Adriana Evangelizt