Le Premier Ministre essaie de tenir le cap
Villepin essaie de tenir le cap
par Emmanuel Georges-Picot

Dominique de Villepin entend tenir le cap. Le Premier ministre, en difficulté dans les sondages, a affiché "sérénité" et "détermination" face aux critiques contre sa politique mercredi lors de sa huitième conférence de presse mensuelle.
Sur la défensive, l'hôte de Matignon, qui se veut désormais "à l'écoute" des Français, a justifié pendant une heure son action sans annoncer de nouvelles mesures. Le ton était cependant beaucoup moins offensif que lors de ses précédents rendez-vous mensuels avec la presse.
Dominique de Villepin l'a reconnu dès les premiers mots de son propos liminaire: le moment est "particulièrement important et difficile" pour la France, donc pour lui.
Pour la première fois depuis neuf mois, le chômage est reparti à la hausse au mois de janvier, selon les chiffres diffusés en début de semaine. Un résultat "décevant" pour le Premier ministre, qui a fait de "la bataille pour l'emploi" sa priorité absolue et la base de son éventuelle candidature à la présidentielle.
L'hôte de Matignon s'est malgré tout voulu rassurant en expliquant que la tendance restait "bonne", avec un taux de chômage passé de 10,2% à 9,6% de la population active. "Nous devons gagner cette bataille. Nous tiendrons le cap", a-t-il lancé.
A six jours de la grande journée de mobilisation syndicale et étudiante contre le contrat première embauche (CPE), il a longuement défendu la mesure-phare de la deuxième étape de son plan pour l'emploi. "Il faut sortir des demi-mesures et des demi-solutions du passé pour les jeunes", a-t-il expliqué, conforté par l'adoption dans la nuit du CPE au Sénat.
Dominique de Villepin a aussi défendu longuement la fusion, tout aussi critiquée, entre Gaz de France et Suez. Il s'est dit "à l'écoute" des préoccupations des syndicats, qui dénoncent une privatisation déguisée de GDF. Répondant "point par point" aux inquiétudes, il a assuré que le domaine stratégique du nucléaire resterait "sous le plein contrôle de l'Etat". Les syndicats craignent que la privatisation de GDF n'ouvre la voie à celle d'EDF.
Alors que Silvio Berlusconi ne décolère pas contre une opération qui contrecarre les ambitions sur Suez de l'électricien italien Enel, il s'est efforcé de rassurer ses "amis" italiens en expliquant qu'il n'était "nullement question de protectionnisme économique". Il s'agit d'un "véritable projet industriel" qui "respectera les règles du droit européen et de la concurrence" et "participera à l'indépendance énergétique de l'Europe toute entière".
Soucieux de matérialiser le concept de "patriotisme économique", qui a servi à justifier l'opération Suez-GDF et la défense d'Arcelor face à l'OPA du numéro un mondial de l'acier Mittal Steel, le Premier ministre a annoncé qu'il présenterait le 16 mars prochain devant le Conseil supérieur de la participation un projet de loi sur la participation et l'actionnariat salarié. Ce texte sera destiné à "consolider le capital des entreprises" et "mieux récompenser les efforts des salariés".
Le chef du gouvernement entend faire preuve de la même réactivité face aux crises sanitaires. Face à la grippe aviaire et au chikungunya, "nous devons faire le maximum et rester sans cesse vigilants", a-t-il déclaré. Il a ainsi demandé aux propriétaires de chats "de ne pas les laisser divaguer dans les zones dans lesquelles le virus H5N1 a été détecté", après la découverte d'un animal contaminé par la grippe aviaire en Allemagne.
Sur tous ces dossiers, "il y une exigence d'action pour tous", a estimé Dominique de Villepin.
Fait significatif, le Premier ministre a beaucoup insisté sur la nécessité d'écouter les Français. "Mon objectif est double, d'une part d'être à l'écoute des préoccupations et des inquiétudes des Français, d'autre part et peut-être surtout répondre à leurs difficultés", a-t-il confié. "Il faut trouver le juste équilibre, c'est mon souci."
Interrogé sur la baisse de six à douze points de sa popularité dans les sondages, il a modestement répondu que sa règle était "tous les jours essayer de faire mieux" avec "l'humilité qu'implique l'action politique" et son "ambition" pour la France.
Ce plaidoyer n'a pas convaincu à gauche. Dominique de Villepin "s'enferme de plus en plus dans une tour d'ivoire", a réagi le Parti socialiste. "La 'positive attitude' du Premier ministre est rattrapée par la réalité", a estimé le Parti communiqué en dénonçant l"'optimisme invétéré et l'obstination dont il fait preuve". AP
Sources : LE NOUVEL OBSERVATEUR
Posté par Adriana Evangelizt