Les députés pensent que DDV les conduit au suicide

Publié le par Adriana EVANGELIZT

"Les députés pensent que Villepin les conduit au suicide"

par Robert Schneider,
rédacteur en chef,
chef du service politique
du Nouvel Observateur


Comment expliquez-vous la révolte des députés UMP ? Le gouvernement a pourtant annoncé des garanties sur les tarifs du gaz et sur le maintien d'une minorité de blocage de l'Etat dans le nouvel ensemble issu de la fusion entre Suez et Gaz de France…

- Les députés UMP qui se veulent les héritiers du gaullisme auraient dû être d'accord avec une solution nationale. Mais le fait que certains d'entre eux soient libéraux peut expliquer leur opposition à cette solution, négociée depuis longtemps entre les deux groupes, mais présentée de façon malhabile par le gouvernement.

La loi qui a autorisé la privatisation partielle de Gaz de France a été présentée par Nicolas Sarkozy (loi du 9 août 2004). Est-ce le président de l'UMP qui manœuvre pour préserver sa loi ? Quelles sont ses motivations ?

- Nicolas Sarkozy aurait voulu qu'on attende un an avant de débattre de la politique énergétique, au moment de l'ouverture à la concurrence des marchés de l'électricité et du gaz, même si on peut lui objecter qu'il aurait alors été trop tard. Surtout, il avait fait la promesse que l'Etat garderait 70% des actions de Gaz de France. Comme toute la campagne de Nicolas Sarkozy est faite sur la rupture avec le chiraquisme, donc sur la rupture avec l'habitude des promesses non tenues, il ne veut pas renier sa parole. Cela montre que Nicolas Sarkozy et, dans une moindre mesure, Ségolène Royal, qui font tous deux campagne sur le thème du renouveau, seront obligé de respecter leurs promesses une fois élus. Il faudra donc que ces promesses fassent suffisamment rêver tout en restant réalisables.
Ceci dit, Nicolas Sarkozy ne souhaite pas mettre Dominique de Villepin en difficulté. Il sait que le Premier ministre est mort politiquement. Pour lui, Villepin n'est plus le problème, il peut rester à Matignon. Il ne cherche pas à l'affaiblir. Alors est-ce que Nicolas Sarkozy a poussé les députés à s'opposer au gouvernement ou bien est-ce qu'il s'agit d'un mouvement naturel, je ne sais pas. Pour leur part, les députés pensent que Villepin les conduit à suicide collectif.

On raille souvent un Parlement composé de godillots aux ordres du gouvernement. Le manque d'autorité de Dominique de Villepin est d'autant plus frappant. Pourra-t-il encore gouverner un an ?

- Logiquement, la réponse est non.
Il y a déjà eu l'épisode des 200 députés UMP qui ne sont pas venus dans l'hémicycle pour son discours pendant le débat sur la motion de censure contre le gouvernement. Et quelques jours plus tard, les députés ont fait une longue ovation à Jean-Louis Borloo. Le Premier ministre ne peut plus gouverner. Chirac est un animal politique et il sait que plus Villepin reste, plus il affaiblit la droite. Un changement de gouvernement serait dans la logique, mais nous sommes sous la Ve République. Si Villepin est prêt à reculer chaque fois qu'il le doit et que Chirac veut le garder, c'est possible.
Nicolas Sarkozy a réussi l'exploit de rester populaire tout en étant membre d'un gouvernement qui a échoué. Combien de temps durera son numéro d'équilibriste? Parmi ses proches, les déclarations sont contradictoires entre ceux qui prônent son départ rapide du gouvernement et ceux qui pensent qu'il doit rester au ministère de l'Intérieur.

Propos recueillis par Baptiste Legrand

Sources : Nouvel Observateur

Posté par Adriana Evangelizt


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Publié dans Le Ministre

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