VILLEPIN MET LE PUBLIC A L'HEURE DU PRIVE

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Réforme de l'état

Villepin met le public à l'heure du privé

 

Le Premier ministre a confié hier à Nicolas Sarkozy le soin de mettre en place les différents aspects de la réforme des services de l'Etat.

En route vers un nouvel âge de la fonction publique ? Serpent de mer de la vie politique depuis plus de quinze ans, objet de nombreux rapports à peine rédigés aussitôt oubliés par les gouvernements de droite comme de gauche, la réforme de l'Etat redevient à la mode. Dominique de Villepin en avait fait le gros morceau de la cinquième conférence de presse mensuelle qu'il a tenue hier à Matignon. Avec un Sarkozy plutôt renfrogné à ses côtés (lire page 4), le chef du gouvernement a énuméré une série de propositions touchant à la vie quotidienne des fonctionnaires comme des usagers (lire ci-contre). Il a aussi inauguré un nouveau style.

Cap clair. Après le temps des annonces musclées non suivies d'effets du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin ­ tel l'objectif du non-remplacement du départ en retraite d'un fonctionnaire sur deux ou le projet de fusion des corps de fonctionnaires caressé par l'ancien ministre de la Fonction publique ­, voici venu le temps des petits pas. Des mesures d'apparence modeste mais qui n'en dessinent pas moins un cap clair : celui de la mise progressive de la fonction publique à l'heure du privé. Déplafonnement des heures supplémentaires, extension des horaires des administrations, rachat des jours de réduction du temps de travail (RTT), intéressement, «culture du résultat» ou mobilité des carrières, le Premier ministre a expliqué ainsi poser les bases de ce qu'il appelle un «Etat moderne».

Après le temps de l'«Etat-providence, gardien de l'équilibre social et économique du pays», puis celui de l'«Etat opérateur, prenant en charge la gestion d'une grande partie des entreprises et des activités financières du pays», il a l'ambition d'inaugurer l'ère de l'«Etat stratège». Pour faire passer l'arrière-goût de privé qu'exhale ce concept, il s'est fait apôtre de «l'équilibre» tout au long de son intervention. Après la réussite de la journée de mobilisation syndicale du 4 octobre, il a également tenté de contourner les revendications salariales en enfonçant une brèche supplémentaire dans les 35 heures. «Travailler plus pour gagner plus», tel est le message qu'il a ressassé, poussé dans cette direction par la surenchère du président de l'UMP, Nicolas Sarkozy. La même source d'inspiration lui a fait proposer d'«intéresser» les fonctionnaires en leur redistribuant 50 % des économies réalisées. Malgré ses efforts, le Premier ministre a quand même réveillé l'hostilité des syndicats, chatouilleux sur leur statut et revendicatifs du côté du portefeuille.

Force ouvrière a ainsi estimé que «l'Etat moderne» auquel le locataire de Matignon se réfère «s'éloigne à grandes enjambées de l'Etat républicain», ajoutant que le service public n'est pas qu'«une mission», mais «aussi la structure qui va avec, qui assure son financement, qui assure son universalité et la neutralité de son action». «Des thèmes réchauffés» qui «tournent le dos aux revendications des personnels et aux besoins des services publics», juge pour sa part la FSU. Un «manque d'ambition» pour l'Unsa-fonctionnaires, une «profonde insatisfaction» pour la CGT ou encore un plan privé d'«un grand absent, le dialogue social» aux yeux de la CFDT : Dominique de Villepin a en tout cas réussi à ressouder le front syndical contre lui.

«Rabot». Echaudé par le conflit de la SNCM et le dossier EDF, il a fait profil bas sur le chapitre des privatisations (lire page 18). Et a réfréné l'appétit de l'aile libérale de sa majorité en repoussant toute réduction au «rabot» des effectifs de fonctionnaires. Au passage, il a enterré un oripeau de l'Etat gaulliste, le Commissariat général du Plan repeint en Centre d'analyse stratégique, «directement placé auprès du Premier ministre». L'institution avait été créée en 1946, quand le Plan incarnait la voie française de la planification, entre laisser-faire capitaliste et dirigisme socialiste.

Sources : LIBERATION

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