Génocide arménien : entre conviction et électoralisme

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Génocide arménien: entre conviction et électoralisme

par Patrice Biancone


Le Premier ministre turc, monsieur Erdogan a parlé d'une «éclipse de la raison» pour qualifier le vote des députés français. La formule est belle. Elle est même assez poétique, si ce n'est qu'elle dissimule une colère que les usages diplomatiques modèrent au moins dans son expression. Car les 129 députés qui ont choisi de rendre passible de prison la négation du génocide arménien ont plongé l'Europe dans la perplexité et dans l'embarras.

Un climat que la Commission a traduit en quelques mots: ce texte, a fait savoir Bruxelles, va empêcher le dialogue et la réconciliation entre la Turquie et l'Arménie. Une remontrance inhabituelle, assortie d'une mise au point adressée directement à Jacques Chirac sur le fait que, contrairement à ce qu'il a pu affirmer lors de son voyage en Arménie, la reconnaissance du génocide arménien n'est pas une condition d'entrée dans l'Union européenne.

Tout se passe donc un peu comme si finalement la nouvelle loi n'arrangeait que les opposants à la candidature turque. Un peu comme si le vote d'hier n'était rien d'autre que le résultat d'un mélange, non dosé et non maîtrisé, de convictions et d'électoralisme franco-français, ce qui n'est guère tolérable aux yeux de la Commission de Bruxelles et de ceux qui, tel Jack Lang par exemple, dénoncent les «ignorants» qui compromettent, avec leur texte, un début de travail entre universitaires turcs et arméniens sur le sujet. Je veux parler des historiens pour lesquels il faut en finir avec les «lois dites mémorielles».

Mais, on le sait depuis un certain 29 mai, la France, ses élus et son peuple ne sont plus guère réceptifs à ce genre de remontrances venues d'ailleurs, alors même qu'elle continue, cette France, à donner des leçons au nom d'un universalisme qui n'est plus forcément sa référence première et reconnue par tous. Nous sommes en campagne électorale. Et il suffit de s'intéresser aux déclarations des deux favoris actuels pour bien comprendre la nature même du débat et de l'embarras que provoque ce débat.

Nicolas Sarkozy s'est dit favorable au texte alors que l'UMP a clairement pris le parti de rester en retrait et de laisser agir les socialistes dont l'initiative sert les intérêts de tous ceux qui sont contre l'adhésion d'Ankara à l'Union européenne et donc du ministre de l'Intérieur. Quand à Ségolène Royal, elle a posément expliqué que son opinion «est celle du peuple français», ce qui est un peu court, un peu démagogique, un peu facile, ont jugé ses pairs, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, arguant du fait qu'un candidat doit avoir une opinion sur les grands sujets. Dans l'absolu, c'est sans doute vrai.

La position de prudence de Ségolène Royal a quelque chose d'accablant. Mais combien de candidats et combien de gouvernements se sont assis sur des promesses électorales ou sur une opinion fortement exprimée avant un scrutin? Nombreux, très nombreux, trop nombreux, à commencer par Jacques Chirac auteur de la célèbre formule sur les promesses qui n'engagent que ceux qui les écoutent.

Sources :
RFI

Posté par Adriana Evangelizt

Publicité

Publié dans EUROPE-TURQUIE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article