Rapport d'Hubert Védrine - 2ème partie
RAPPORT POUR LE PRESIDENT
DE LA REPUBLIQUE
SUR LA FRANCE ET LA MONDIALISATION
2ème partie
2
La France dans la mondialisation :
Une stratégie offensive
Cette stratégie comporte un préalable et cinq volets solidaires.
A. Préalable à une nouvelle politique dans la mondialisation : être conscients de nos atouts dans la mondialisation et les valoriser.
Une perception objective de la situation de la France dans la mondialisation avec ses points forts et ses points faibles nous renforcerait. Elle est un préalable à l’établissement d’un consensus.
En dépit des divergences politiques les rapports, qu'ils soient d'inspiration plutôt libérale ou plutôt social-démocrate, établissent d’ailleurs à peu près les mêmes listes, même si certains points, comme la durée du travail, restent très controversés.
Les handicaps :
Ils tournent tous autour de la rigidité et de notre économie, de son manque de réactivité, du décrochage de notre système de formation et du manque d’investissement pour l'avenir. Tout le reste en découle. Croissance trop faible, insuffisante création d’emplois nouveaux dans les secteurs d’avenir, chômage très élevé, entre 8 à 10% depuis vingt ans (8% en 2007) qui frappe
en priorité les jeunes, les seniors et les gens peu formés et qui démoralise le pays, détruit la cohésion sociale et inquiète jusqu'aux classes moyennes, et qui dégrade les finances publiques.
De plus, paradoxe, les dépenses sociales de la France qui représentent pourtant 30% de son PIB, comme dans les pays scandinaves, sont peu efficaces dans la lutte contre la pauvreté ce qui peut s’expliquer par le "poids et l'inefficacité financière de la sphère publique" (Camdessus). Le système de protection est lui-même devenu inadapté.
A cela s’ajoute un tissu de PME important, mais mal organisé à l'exportation et des parts de marché en recul dans les pays de la zone euro, insuffisantes et fragiles dans les grands pays émergents.
La controverse sur le temps travaillé reste au cœur de la controverse droite/gauche sur nos handicaps.
Les universités et grandes écoles françaises sont presque absentes des classements mondiaux, mais une partie de l'opinion récuse le principe même de ces classements et leurs critères.
Mais à côté de cela la France dispose de nombreux avantages objectifs qui ont été bien recensés :
Avec seulement 1% de la population, sur 1 % du territoire, elle est la cinquième puissance économique mondiale et produit (5% du PIB mondial). Son PIB par tête est très élevé. Les travailleurs français arrivent en troisième position mondiale derrière les Norvégiens et les Américains pour leur productivité par heure de travail.
Elle est le 3ème exportateur de services et le 2ème investisseur à l'étranger.
Elle est le 5ème pays pour l'accueil des investissements directs étrangers (soit 40 000 emplois par an), ce qui confirme, avec sa position de premier pays au monde pour le tourisme, l'attractivité de son territoire (beauté, diversité, accessibilité, réseaux, infrastructures) atout très important à l'heure où ce sont les entreprises globales qui mettent en concurrence des territoires, et non l’inverse.
Plus de 300 000 emplois sont attribuables en France aux échanges internationaux, et ceux-ci génèrent 0,2 point de la croissance du PIB chaque année.
La réussite mondiale des grandes entreprises françaises, du CAC 40 et autres, en quelques années, est spectaculaire. Ainsi parmi les 500 premières entreprises mondiales, recensées par Fortune, 39 sont françaises (deuxième place, après les États-Unis) devant la Grande Bretagne (38) et l’Allemagne (32).
Les capacités technologiques françaises aéronautiques, spatiales, nucléaires, en transports et autres sont de premier plan, résultat d'une politique publique persévérante.
A cela s'ajoutent de nombreux autres atouts, qui ne sont pas strictement économiques, mais qui comptent beaucoup à l'heure globale, et sont souvent trop négligés ou considérés comme secondaires ou dépassés par les Français eux-mêmes :
- une démographie moins déprimée que celle des autres Européens,
- notre langue, une des cinq ou six langues de culture et de civilisation,
- nos réseaux culturels et linguistiques,
- notre politique étrangère, une de celles qui comptent,
- notre capacité militaire à l'extérieur, la plus forte en Europe après celle des Britanniques,
- notre capacité et notre savoir-faire juridique, de premier plan en dépit des préjugés partiaux par le rapport "Doing Business" de la Banque Mondiale contre le droit civil, continental, « romano germanique » et favorable à la seule common law, alors qu'il y a de la place pour les deux,
- l'image de qualité de la vie en France, concept à la fois matériel et immatériel,
- sans oublier un formidable potentiel agricole. Celui–ci est curieusement absent de la plupart des rapports sur la mondialisation. Alors que la Terre va sur ses neuf milliards d'habitants et que la demande de nourriture va croître, la situation climatique et pédologique exceptionnelle du territoire français, le bassin parisien - une des plus grandes plaines à blé du monde - , une capacité remarquable pour la production de viandes, de lait et de fromages, de fruits et légumes font de la France la deuxième ou la troisième puissance agricole. C'est un formidable atout. De plus depuis les réformes de 1986 sur le lait, de 1990/92 sur le blé, et le découplage en 2002/2003 de l'aide aux agriculteurs, de leurs produits et l’abandon de l’aide à l’exportation de la Politique Agricole Commune n'est plus "protectionniste" et est conforme aux règles OMC. Cette agriculture exportatrice créé 10 milliards d'euros d'excédent. Elle est en fait un secteur de haute technologie animée de plus en plus par de jeunes managers agricoles que complète une petite agriculture à vocation écologique et territoriale.
Ce tableau ne justifie pas un excès prétentieux de confiance en soi – il y beaucoup à faire – mais il invalide le pessimisme ambiant. Il appartient aux dirigeants politiques de l’assumer.
B) Premier volet de cette stratégie : nous adapter pour mieux tirer parti de la mondialisation.
Le mot «adaptation » évoque surtout pour l’opinion licenciements, délocalisations, réduction des protections sociales etc. Or, s’adapter pour tirer parti de la mondialisation ce n'est pas se conformer à des règles imposées de l'extérieur, c’est au contraire valoriser nos atouts et libérer les énergies tout en essayant de corriger les mécanismes. Pour certains économistes, l’adaptation, cela consisterait surtout à rendre la France plus capitaliste, à développer l’actionnariat populaire et les fonds de pension à la française. Ce volet adaptation est au cœur des rapports Camdessus (2004) et Morand (2007) et des travaux de la commission Attali pour la « libération de la croissance » (août 2007) sur la libération du travail (grand sujet de controverse droite gauche en Europe), sur la dynamisation du marché des biens et services, et sur l’accroissement de la compétitivité des entreprises.
L’adaptation cela peut être aussi :
- faire profiter d’avantage les consommateurs des baisses de prix. Pour des raisons de concurrence insuffisante dans le secteur de la distribution en France les prix des biens mondialisés (mis à part l'essence et le gaz) sont restés stables en France depuis dix ans alors qu'ils ont baissé de 19% en Grande Bretagne, ce qui représente une perte de pouvoir d'achat pour les Français d'environ 5%. Les ménages à faible pouvoir d'achat dont les salaires ont en général stagné depuis 35 ans en termes réels sont ainsi privés d'une de ses seules manifestations qui puisse leur bénéficier concrètement ! Toute la pédagogie sur nos exportations qui créent des centaines de milliers d'emploi ne compense pas cela à leurs yeux !
- c’est aussi accroître la capacité exportatrice de la France. Cela concerne les secteurs industriels à haut potentiel de croissance et compétitifs (5% de l'emploi industriel total selon le rapport Morand) en direction d'une vingtaine de pays cibles du fait de leur fort niveau actuel de protection qui va se réduire et de la croissance importante probable de leur économie ; cela concerne aussi les services : services financiers, télécommunications, distribution, construction, services environnementaux, transports maritimes et aériens, les cibles étant à la fois les pays de l'OCDE, les émergents, les pays en développement.
Et bien sûr cela concerne les PME. Elles créent déjà 55% de la richesse nationale et ont crée 1,8 million d'emplois entre 1985 et 2000 (alors que les grandes entreprises n’en ont crée que 263 000 dans le même temps). Il faut les aider à se développer plus vite, à s’organiser mieux et à exporter dans des conditions de plus grande sécurité juridique. L’adoption d’un « Small business Act » les aidera si le mécanisme est simple, décentralisé et non bureaucratique. Un SMA pourrait être conçu au niveau européen (cf. le rapport demandé à Lionel Stoleru).
La France a également intérêt :
- à rester une des principales destinations pour les investissements directs à l'étranger (la France a été le 3ème pays d'accueil en 2006, ce qui a représenté 40 000 emplois) grâce à sa géographie centrale et propice mais aussi ce qui s’entretient, par la qualité de ses infrastructures et de ses services, y compris publics, à condition de sauvegarder ses intérêts
nationaux, sur le modèle américain.
- à entretenir et mieux exploiter l'image de culture, de créativité et de qualité, le capital "immatériel" de la France (cf. rapport Jouyet) : ce qui englobe à la fois l’attractivité du territoire, les marques françaises du luxe, le savoir-faire technique, le design, l'architecture (cf. les quinze années de grands travaux), la qualité des services, la gastronomie, le vin, etc…
- à valoriser constamment son attractivité touristique déjà cité.
- à faire de Roissy la première vitrine d’accueil des étrangers.
- à valoriser son potentiel agricole en veillant à ce que l’accord sur le cycle de Doha – s’il est conclu – prenne bien en compte la réforme de la PAC déjà mise en œuvre en 2003 ; et à préparer la probable prochaine réforme de la PAC c'est-à-dire sa mise en conformité avec les exigences écologiques. La France devrait prendre les devants et proposer une PAC écologique, durable et compétitive, une PAEC.
- à lancer un formidable effort de mise à niveau de son système d’éducation et de formation : apprentissage le plus précoce possible des langues étrangères et des technologies de communication (bien sûr il faut d’abord savoir … lire, écrire et compter). Faire évaluer par un collège d’enseignants et d’économistes la façon dont sont présentés en seconde, première et terminale la mondialisation, l’économie et les entreprises ainsi que les relations internationales depuis 1945 et depuis 1989. Mise de l’enseignement supérieur en dix ans au meilleur niveau mondial, avec les moyens correspondants, peut-être dans le cadre d’une initiative européenne, élaborée en réseau avec les meilleures universités et grandes écoles des 27. Relance des formations scientifiques, et d’ingénieurs (les Chinois et les Indiens en forment 3 à 400 000 par an). Hausse d’ici à 2010 des crédits de la recherche à 3% du PIB (recommandée par tous les rapports), action à combiner avec une initiative européenne, voire avec une nouvelle politique commune.
Toutes ses actions nous renforceraient. Mais au-delà, selon la théorie économique libre échangiste, la France aurait intérêt à se spécialiser plus dans les domaines où elle dispose d'avantages comparatifs évidents. Mais quels sont-ils ? Le nucléaire ? L’eau ? Les transports ? L’aéronautique ? L’agriculture ? L’immatériel ? La théorie est séduisante, l’application malaisée. Comment ne pas se tromper en négligeant tel ou tel secteur ? Devons nous faire comme les Britanniques qui jouent clairement une carte, celle du hub financier mondial ?
La solution pour nous n’est sans doute pas de sacrifier mais de renforcer nos entreprises gagnantes potentielles. Compte tenu des inhibitions européennes vis-à-vis de cette démarche, le rapport Beffa a ainsi proposé en 2005 qu'une "Agence française de l'innovation industrielle" facilite en amont le démarrage de programmes de nouvelles technologies à fort potentiel industriel, dans les domaines de la santé, de l'énergie, de l'environnement, du transport et des technologies de l'information et de la communication. Cette politique consiste à renforcer les pôles forts pour qu’ils diffusent ensuite dans le tissu économique innovation et croissance. C’est aussi les politiques des pôles d’excellence qui devraient être moins nombreux. Mais on ne peut plus penser économie d’un côté et écologie de l’autre.
Toute détermination des créneaux d'avenir pour notre pays doit s’inscrire dans la grande mutation écologique annoncée. Les risques inhérents à la croissance actuelle sont si grands pour l'humanité qu'elle va devoir convertir, même si cela prend vingt à trente ans, tous ses modes de production industrielle et agricole, les transports, l'habitat, la production d'énergie, les modes de vie, ainsi que le calcul économique qui ne prend en compte que les flux et pas les stocks pour passer d'une croissance prédatrice qui nous met en péril à une croissance écologique durable. Cela représente une gigantesque métamorphose et d'immenses gisements de croissance. Partout dans le monde, des investisseurs audacieux et clairvoyants l'ont compris et prennent les devants.
La France pourrait se fixer comme ambition d'être à la pointe de cette révolution technologique, économique et sociétale ? Elle a les atouts pour cela. C’est la notion « d’excellence environnementale ». Elle englobe tout.
Cependant les réformes l'adaptation la plus dynamique et l'anticipation la plus créatrice ne nous dispenseront pas d’avoir à prendre aussi des mesures de protection plus efficaces, de mettre en place des politiques d'accompagnement et de solidarité forcément coûteuses, et, malgré les résistances de la nébuleuse financière qui prospère grâce à la déréglementation d’instaurer enfin une vraie régulation financière. Sinon cette politique nouvelle se heurtera à la force d'inertie d'une majorité toujours sceptique de la population.
C. Deuxième volet : ne pas hésiter à nous protéger quand il le faut
Les libéraux et économistes partisans de l'ouverture systématique récusent toute mesure de protection comme « protectionniste ». A l’opposé certains invoquent « la » protection comme une panacée. Ce sont deux erreurs dogmatiques. Certaines protections se justifient, d’autres sont inefficaces. En fait aucun pays ne s'ouvre complètement. Les États-Unis eux mêmes se protègent à certains moments, pendant un certain temps, d'une façon ou d'une autre de certains aspects déstabilisants de la mondialisation (comme ils l’ont fait entre autres par exemple contre les exploitants de bois canadien, contre le port de Dubaï, comme ils augmentent leurs subventions agricoles, ou protègent leurs secteurs stratégiques). Si l'on veut que l'opinion se retrouve dans la nouvelle politique française offensive dans la mondialisation, il faut absolument que la légitimité de certaines protections soit clairement admise et revendiquée, et non pas seulement tolérée avec gêne et pratiquée en catimini.
Lesquelles ?
1. D’abord des protections contre les pratiques commerciales ou capitalistes déloyales, les ententes, les cartels, l’absence de transparence financière ou sur les actionnaires, l’impossibilité de la réciprocité, le non respect des engagements, etc. L’accord de principe est aisé à ce propos puisque les libéraux eux-mêmes l’acceptent, même s’ils n’ont guère été exigeants ces dernières années sur la transparence de la financiarisation et que l’Europe ne l’a pas été sur la réciprocité. Ces pratiques peuvent donner lieu de la part des membres de l'OMC, à des recours, des panels devant l'Organe de Règlement des Différents comme vient de le faire Washington contre la Chine, pour non respect de la propriété intellectuelle, à propos de laquelle s’engage, à l’âge numérique qui en sape les fondements, une gigantesque bataille juridique et de redéfinition.
Un mouvement se dessine aussi contre les "fonds souverains" d’origine publique, russes, chinois, du Golfe, ou autres, au motif qu’étant de nature étatique les règles de transparence déjà très insuffisantes que doivent respecter les quelques 8 000 fonds spéculatifs – hedgefunds - qui gèrent environ 1 500 milliards de dollars, ou les equityfunds ne s’appliquent pas à eux, et qu’ils ne payent pas leur capital. Or ces fonds souverains pourraient représenter 15% du PIB mondial dans cinq ans. Sans craindre les accusations de protectionnisme, l'Allemagne a décidé de s'en protéger. Après avoir essayé sans succès d’obtenir du G7 en juin 2007 des engagements sur ce projet par opposition américaine et britannique, elle va prendre des mesures nationales. Elle a aussi demandé à la Commission de se pencher sur ce problème et de faire des propositions aux 27. Cette démarche devrait être franco-allemande.
Autre exemple : le respect des principes de l’économie de marché n’exclurait pas, dans le droit des OPA une exigence de réciprocité (Mital/Arcelor ?). Aux États-Unis, quand la nationalité de l’acheteur est dûment identifiée, il n’y a pas de seuil obligatoire pour une OPA. L’État du Delaware s’est doté d’une législation très protectrice des actionnaires. Aux Pays Bas l’intérêt social de l’entreprise n’est pas défini seulement par les actionnaires, le conseil des salariés a du poids. En Allemagne, la pratique des « discussions de coin de table » permet à des concurrents de s’entendre. Ce même pays va créer des « réserves de capitaux » allemands destinées à des entreprises menacées d’OPA hostiles.
Ce n’est pas parce que la nationalité des firmes globales est prétendument devenue difficile à déterminer (encore que celles des firmes américaines ou émergentes soit claire) que la bataille des capitalismes entre eux pour le contrôle du capital va cesser faire rage. Il y a beaucoup de mécanismes étrangers de protection des règles de l’économie de marché dont nous pouvons nous inspirer.
2. La détermination et la protection de secteurs dits "stratégiques" ou de "souveraineté".
Sans même parler de la Russie (où une liste assez large de secteurs stratégiques est en cours d'élaboration) ou de la Chine (clause de « sécurité nationale » dans la loi anti monopole du 30 août 2007), beaucoup de pays libéraux et capitalistes on établi ou trouvent justifiée une telle protection. En France, Louis Gallois a suggéré une "golden share" (action préférentielle pour l'Etat avec droit de veto) pour sécuriser EADS. Le commissaire Peter Mandelson ne l'a pas exclu, au niveau européen, mais à condition qu'elle soit cogérée par la Commission et les Etats membres, tout en estimant qu'il sera "difficile de définir des secteurs stratégiques au sein de l'UE", point de vue que l’on peut contester. Aux États-Unis le président peut s'opposer à une acquisition étrangère au nom de la "sécurité nationale" sans être tenu par une liste de référence, et c’est ce qui a été fait par exemple pour s’opposer à la tentative de rachat d’une compagnie pétrolière américaine par le chinois CNOOC.
Même les libéraux estiment qu'une golden share est justifiée dans le secteur de la défense. En revanche pour tous les autres secteurs ils se disent sûrs que des protections particulières sont presque inutiles si les règles de transparence et autres sont correctement respectées. La protection n'a d'ailleurs pas besoin d'être lourde et le contrôle des Etats pourrait ne porter selon eux que sur la gestion des actifs, pas sur le capital lui même. C’est une conception minimum. Au surplus, là où l'Etat garde (devrait garder) 5 à 10% du capital d'une entreprise mise sur le marché, il peut l'utiliser pour bâtir des champions européens. La formule américaine : la possibilité de déclarer une activité « stratégique » sans être prisonnier d’une liste est peut être la meilleure. L’Europe pourrait s’en inspirer.
Pour éclairer une nouvelle politique industrielle française et européenne il serait utile de faire l'histoire des décisions politiques en matière industrielle au cours des vingt dernières années : occasions manquées, gaspillage d'énergie à contre temps, mais aussi réussites et anticipations publiques intelligentes au-delà du court termisme du marché, etc… Ce débat sur les protections nationales ou européennes devrait pouvoir être mené sans tabou, ce qui n’a pas été le cas ces dernières années. Qu'il ne faille pas recourir à des protections à tout moment, pour s'abriter sans avoir rien préparé est évident. Qu'un protectionnisme global, que d'ailleurs personne ne préconise, soit impraticable et contre productif est aussi évident. Néanmoins au stade de la réflexion rien ne devrait être interdit. Nous aurons intérêt à suivre de très près ce qui va se dire aux Etat Unis à ce sujet pendant la campagne électorale en 2007/2008 non seulement dans le champ politique (voir le durcissement d'Hillary Clinton et des autres leaders démocrates américains contre "une mondialisation qui se fait à l'avantage d'une minorité") mais aussi dans les milieux universitaires, académiques et économiques (voir les prises de position de Paul Samuelson et d’Alan Blinder). Le sujet devient discutable. Remède ou poison, tout est dans la dose.
Posté par Adriana Evangelizt