Fillon et Sarkozy rabattent le caquet de Copé

Publié le par Adriana EVANGELIZT



Fillon et Sarkozy rabattent le caquet de Copé


ALAIN AUFFRAY et NATHALIE RAULIN


C’est arrivé hier. Devant les parlementaires de la majorité réunis à Matignon, François Fillon a sèchement contré le chef des députés UMP, Jean-François Copé : «Non, nous n’avons pas changé de République, nous sommes encore dans un système où c’est le gouvernement qui fait ses propositions et qui engage le débat avec le Parlement.» Entre les deux hommes, l’affrontement était programmé depuis la révision constitutionnelle de cet été qui, renforçant le pouvoir du Parlement, affaiblit le Premier ministre.

Pour Copé, la réforme des collectivités territoriales était l’occasion de démontrer que, en instaurant l’ordre du jour partagé, la France a, de fait, «changé de régime». Ce projet, absent du programme de Nicolas Sarkozy, Copé en revendique sa part de «coproducteur». Pas question, fait-il savoir, que cette réforme soit pilotée par un comité d’experts désigné par l’Elysée. Prenant de vitesse Edouard Balladur, il met en place, mi-octobre, un groupe de travail parlementaire puis tente d’imposer la présence de six de ses membres (4 UMP, 2 centristes) dans le comité Balladur. Exaspéré qu’on veuille lui forcer la main, l’ex-mentor de Sarkozy menace de tout laisser tomber.

«Big-bang». Mardi soir, c’est furieux que le chef de l’Etat arrive à la réunion de la majorité qui se tient à l’Elysée. En pleine crise financière internationale, on se chamaille pour des «problèmes d’ego». «On n’est pas dans la IVe mais dans la Ve République», lance-t-il aux parlementaires présents. Le rappel à l’ordre est clair : le Président décide, aux parlementaires d’obéir. A Copé qui milite pour que soit annoncé sans délai le report des élections régionales de 2010, Nicolas Sarkozy réplique qu’il n’en est pas question… Sauf si le comité Balladur recommande un «big-bang» territorial. Une hypothèse peu probable, à en juger par les prudentes déclarations de l’ancien Premier ministre sur «une réforme de longue haleine, qui ne va pas sans risques politiques».

Jean-François Copé rappelle alors au chef de l’Etat qu’il avait lui-même, fin septembre, encouragé ses troupes à s’emparer de la réforme des collectivités territoriales comme de celle de la formation professionnelle. «Les engagements seront tenus», finit par concéder Sarkozy. Une phrase que ses interlocuteurs prennent pour un blanc-seing.

Hier, deux heures avant l’installation du comité, l’Elysée téléphone à Jean-François Copé pour l’informer que les centristes n’en seront pas. De fait, pour ne pas avoir à arbitrer brutalement entre Copé et Balladur, Sarkozy officialise une liste dans laquelle ne figurent que quatre parlementaires : le sénateur Pierre Mauroy et le député André Vallini pour le PS, le député Dominique Perben et le sénateur Gérard Longuet pour l’UMP. Fureur de Copé qui décroche son téléphone pour joindre Sarkozy et lui faire valoir qu’une absence des centristes plombe d’entrée la réforme.

Une fusion des départements et des régions suppose en effet de modifier la Constitution. Or, depuis les élections sénatoriales de septembre, l’UMP n’a même plus la majorité au Sénat sans le soutien du groupe Union centriste. «Le projet de loi viendra d’abord au Sénat, c’est la Constitution qui le veut. On sera libre», confirme, patelin, le sénateur centriste Michel Mercier. Comprenant que la manœuvre peut faire douter de sa volonté de réforme, le chef de l’Etat promet à Copé que la liste sera complétée dans un second décret.

«Branlée».Mais le doute est instillé. «La réalité, c’est que Sarkozy n’a pas envie de cette réforme tout de suite, confie un responsable UMP. On va faire du cosmétique, de la clarification de compétences, peut-être quelques expérimentations.» Difficile d’aller plus loin sans décaler concomitamment les régionales de 2010 à 2011.Or, de l’avis du même, «pour l’Elysée, c’est clair : il vaut mieux prendre une baffe aux régionales de 2010 qu’une branlée en 2011 qui pourrait casser la dynamique de la campagne présidentielle de 2012.» L’entourage de Copé, lui, sauve la face : «On aura démontré que ce n’est pas le Parlement qui freine les réformes, c’est l’exécutif

Sources
Libération

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