Abus de pouvoir par François Bayrou

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Tout ce qu'il dit est vrai et c'est bien ainsi qu'on le ressent. Le viol de la France. Vous trouverez le lien pour lire le livre au bas de l'Introduction...




Abus de Pouvoir

 

 

par François Bayrou

 

Introduction

« Ce qui bouge sous la pierre, est-ce lézard, est-ce serpent ?»




 

Le président de la République actuel a un plan. Il nous conduit là où la France a toujours refusé d'aller. Il le fait sans mandat, sans avoir exposé son intention, au contraire. Il le fait contre la volonté des Français, qui, pour beaucoup d'entre eux, éprouvent un sentiment de malaise, mais ont du mal à comprendre la réalité du projet qui est méthodiquement suivi. Y voir clair, comprendre où on nous mène, voilà l'urgence.


L'entreprise politique qui se mettait en place à l'occasion de l'élection présidentielle de 2007 m'a très tôt inspiré de la méfiance. J'en voyais les excès, la forte détermination, les moyens extraordinaires qu'elle mobilisait. J'en distinguais les « valeurs », mot que j'utilisai pour dire où était mon désaccord avec le candidat qui allait être élu, et pour qui je ne voterais pas au deuxième tour. Mais il m'a fallu des mois pour conclure que les décisions que je combattais, les choix où l'on nous entraînait, avaient leur place dans une stratégie d'ensemble. Et que c'était ce plan qu'il convenait d'abord de déchiffrer, ce qui n'est jamais facile, et ensuite de combattre.


Je ne suis pas seul dans la difficulté de ce dévoilement. Plus nombreux chaque jour, de tous milieux, des Français prennent conscience des atteintes si nombreuses à nos principes acceptées, ou voulues, par le pouvoir. Mais souvent ils se regardent incrédules et secouent la tête en se demandant s'ils ne rêvent pas. En effet, le tableau complet n'est jamais intégralement dessiné, cliniquement dépeint, de la prise de contrôle, de cette emprise méthodiquement organisée d'une idéologie sur la France et sa société.


Il faut d'abord accepter l'idée que le pouvoir n'agit pas par foucades comme il semble si souvent. Plus exactement, qu'il n'agit par foucades que sur ce qui est secondaire, et distraction. Que pour le reste, il sait exactement où il va, depuis longtemps. Il y a, dans tout cela, un régime que l'on tente d'imposer à la France, c'est-à-dire à la fois un mode de gouvernement et une idéologie, au service d'un projet de long terme.


D'abord, la plus impressionnante confiscation de tous les pouvoirs qui ait été tentée depuis des décennies en cette cinquième République qui pourtant en a vu bien d'autres en matière de toutepuissance au sommet de l'État.


Ensuite, une idéologie, c'est la violation la plus grave, une idéologie qui n'avait jamais osé s'exprimer en France à visage découvert, un modèle de société fondé sur l'inégalité, le creusement des inégalités accepté et même recherché. Il faut mesurer quel viol est ainsi imposé à la France républicaine, à quel ébranlement on l'expose en la conduisant au contraire même de la tradition historique qui est la sienne.


Enfin, des réseaux d'intérêt puissants, liés entre eux pour porter au pouvoir celui qui avait promis de les servir, et bientôt dépassés par leur créature, au point de s'effrayer en secret de la toile qui vient peu à peu s'imposer à tous les centres de décision, notamment économiques et financiers.


Ainsi le pouvoir abuse de tous les pouvoirs.


Tous les centres de décision qui permettent à un pays, à une nation, à une économie de garantir la liberté des citoyens, leur information, leur créativité, leur égalité des chances et des droits, de se défendre contre l'arbitraire, sont peu à peu contrôlés. Et mis en cause aussi tous les chemins qui, dans une société démocratique, permettent à toutes les familles, d'où qu'elles viennent, quelle que soit leur situation, de croire ou de rêver que leurs enfants pourront jouer un rôle, peut-être même le premier rôle, dans l'avenir de leur pays.

 

Nous avons tous du mal à l'accepter. Et j'ai du mal à l'écrire. M'aurait-on dit, il y a quelques années, que j'assisterais, dans notre pays gaulois, à une telle mainmise, d'une absolue désinvolture, d'une parfaite indifférence aux lois et aux principes les plus banals, les plus grossiers, les plus unanimement respectés, que j'aurais haussé les épaules et souris, en me demandant in petto s'il n'y avait pas chez mon interlocuteur un peu de paranoïa. Tant le XXIe siècle paraissait à l'abri de ce type de dérives, réservé aux pages des livres d'histoire ou aux nations exotiques.


Pour moi, pour nous, pour tous, c'était une affaire entendue. Nous, France, étions une démocratie. Une démocratie perfectible, évidemment, insuffisante, à coup sûr, on l'avait suffisamment répété sous les derniers présidents, pas trop regardante, mais au total bonne fille, et que les alternances successives, cohabitation comprise, suffisaient à remettre d'aplomb quand elle en avait besoin, à intervalles réguliers. Et ses dérives si fréquentes, c'étaient esprit de clan et banale faiblesse humaine.


Cette fois, ce n'est pas affaire de faiblesse : c'est autre chose, c'est une entreprise concertée, à la tête de laquelle est une personnalité qui n'aperçoit pas de limite à sa propre volonté de puissance, ni à l'intérieur de notre pays, ni à l'extérieur, puisqu'il en arrive à se trouver avec les leaders politiques de la planète, non pas en situation de partenariat, en situation d'émulation, mais en situation de rivalité médiatique et, pour tout dire, de jalousie.

 

Si c'était affaire d'ego, on s'en moquerait. Ce ne serait pas la première fois, ni la dernière sans doute. Le pouvoir est un alcool trop fort : il entraîne souvent l'ivresse et très vite l'addiction ; pour l'acquérir, il faut consentir tant de sacrifices que la dépendance guette. Et quand on le rencontre, tant de regards se tournent vers l'élu; tant d'objectifs, de caméras, d'appareils photo, de micros, tant de dos se courbent, tant de regards s'humilient, tant de courbettes s'esquissent, que les caractères les mieux trempés ont du mal à résister. Les plus faibles s'enivrent sans retour des vapeurs de leur propre gloire. Mais après tout, les peuples ont l'habitude. Ils en ont beaucoup vu, des gouvernants qui titubent... Encore faut-il éviter, quand ils sont dans cet état, de leur confier le volant du car de transport scolaire.


Mais, dans le cas du pouvoir actuel, cela va beaucoup plus loin. Il a décidé d'abattre la maison. Dans une bouffée de puissance sans limite, dans la certitude de n'être pas vu, pas pris, il s'est mis en tête de conduire la France hors de son chemin, de la mener précisément là où depuis des décennies elle avait décidé de ne pas aller. D'une nation dont la vocation était de résister à l'ordre dominant du monde, du porte-drapeau des insoumis, il a décidé de faire un zélateur de l'alignement. Et je ne parle pas ici seulement de politique étrangère, de l'OTAN où il a été décidé de nous faire rentrer, de force, dans le rang, nous arrachant en place publique les insignes d'indépendance que nous portions avec fierté depuis que De Gaulle nous avait offert ce risque et cette chance. Je parle de tout le reste, de l'économie, de la justice, du social, de l'éducation. De cet effort séculaire pour donner au mot de République, à l'idéal de démocratie, autre chose qu'un contenu verbeux. Un peu de substance, un peu de réalité : des diplômes équivalents, d'où qu'on vienne, des services publics, où qu'on soit. Un modèle, pas seulement pour nous, mais que le monde reconnaisse et dont on sache, sans risque d'erreur, un peu partout sur notre terre ronde qu'il n'était pas du côté des puissants. Qu'il était un empêcheur de dominer en rond.


C'était cela que nous avions forgé, nous Français. Pas facilement, bien sûr, et même sans y voir toujours clair, par essais et par erreurs, comme se font beaucoup de grandes choses : éclairs d'intuition et beaucoup de travail sur l'établi. Génies rares et artisans aux mains calleuses, confondus au travers des générations et qui se reconnaissent dans leur oeuvre commune. Et bien sûr, ça ne marchait pas toujours. Il y avait des moments où nous comptions plus facilement les échecs, les insuffisances, que les succès. Ces échecs, nous les énumérions, l'intégration si difficile, l'école qui marchait moins bien, et qui souvent passait à côté, les déséquilibres budgétaires qui rendaient l'effort de justice, dans tous les domaines, toujours plus difficile à financer. Parce que, bien sûr, la justice coûte plus cher que l'injustice.

 

Mais j'atteste que pas un instant notre peuple de citoyens n'a envisagé d'abandonner ce chemin que nous avions tracé sur notre carte. Jamais. Nous voulions corriger les faiblesses et les imperfections : faire marcher ce qui ne marchait pas, venir à bout des blocages. Réparer, mais pas renoncer. C'était cela, notre instinct de peuple. Nous voulions accomplir le modèle républicain, le projeter vers l'avenir, avec orgueil. Le partager avec la famille européenne. Le proposer au-delà de nos frontières. Mais jamais personne n'avait médité de l'abandonner. En tout cas personne aux tréfonds du peuple français. Car nous savions bien qu'il était, parmi les puissants, des cercles où l'on s'accordait à penser que ce modèle était en vérité bien encombrant. Où l'on jugeait qu'il empêchait de faire des affaires. Et qu'après tout, puisque le reste du monde paraissait bien vivre sans s'encombrer de cet idéal aux arêtes trop vives, nous serions avisés d'y renoncer. Des gens qui allaient chercher leur modèle ailleurs. Mais nous ne les prenions guère au sérieux, les Minc et compagnie. Chirac lui-même qui n'abordait guère les rivages de la philosophie les avait toisés et ne leur avait pas trouvé la taille haute. « Pensée unique », avait-il dit une fois pour toutes, et nous avions l'impression, maintenant qu'il était avéré qu'ils s'étaient toujours trompés, sur tout et sur tous, qu'ils ne pouvaient plus nuire.


Nous nous trompions.

 

Nous ne prenions pas garde. Pas assez.


Nous croyions que le modèle français, républicain, démocratique, laïque, social français était si profondément ancré dans notre tissu de peuple que nul n'oserait, et surtout que nul ne pourrait le mettre en cause. Nous croyions que tout le monde savait que lorsqu'on arrache son idéal à un peuple, on lui arrache sa raison de vivre. Comme l'abeille avec son aiguillon.


Nous nous trompions.


Nous n'avions pas vu que, cette fois, on allait aligner les grands moyens. Un candidat habile, actif, entreprenant. Des milieux d'influence déterminés. Des intérêts de parti. Plus encore, des intérêts de classe. Et qui ne se trompaient pas [Dans la circonscription nord du seizième arrondissement, le seizième nord, comme on dit en politique, réputée la plus riche de France, Nicolas Sarkozy a obtenu 68,9 % des voix au premier tour!] sur leurs préférences. Un discours qui prenait le peuple par où, dans ces milieux, on s'imagine qu'il faut le prendre : par le bas. Par le bouc. Bouc émissaire, s'entend. Ceux qui ne se lèvent pas le matin, et ceux qui égorgent les moutons dans les baignoires, les fainéants de chômeurs, et les musulmans, et la racaille, firent l'essentiel de l'affaire, au nom du « travailler plus pour gagner plus » et de « l'identité nationale ». Mais l'essentiel était dans le soutien massif, organisé, de puissances médiatiques complices et conniventes. Beaucoup étaient volontaires, les autres étaient intimidés. Je le découvris au-delà de mes certitudes déjà établies lorsqu'il s'agit d'organiser entre les deux tours un simple débat, élémentaire échange d'idées, avec la candidate du parti socialiste. Toutes les chaînes voulaient organiser ce débat : toutes, les unes après les autres, se défilèrent, usant des prétextes les plus dérisoires [Il fallut l'audace de la petite dernière, chaîne de la TNT, BFM alliée avec RMC, sous l'impulsion d'un entrepreneur décidé, M. Alain Weil, pour résister aux ukases auxquels tous les autres avaient cédé.]. Mais auparavant, pendant la campagne, pour soutenir le candidat officiel, déluge de « unes », cataracte de people, sur le thème de la vie de famille au château, des vacances de la famille, des scènes de la vie de famille, du désarroi sentimental, des retrouvailles sentimentales, etc. Pas besoin de donner des ordres. Ce qui devait être fait était fait.


L'élection passée, il ne fallut pas attendre une minute pour voir qui avait gagné. Se réunirent au Fouquet's, haut lieu symbole de la jet-set et du business qui veut en jeter, les vrais vainqueurs. Non pas les pauvres bougres qui chantaient « on a gagné, on a gagné » sur une place de la Concorde où on les laissa mariner entre eux pendant plusieurs plombes, mais les vrais vainqueurs opulents, les triomphateurs de l'ombre, avec qui il convenait de partager le triomphe en ses premiers moments, avant que d'aller sacrifier quelques minutes à la plèbe, et de partir prendre soleil sur le yacht de l'un d'entre eux.


Ainsi, au soleil, sur le pont luxueux, se prépara l'inauguration du règne, que l'on avait promis de méditer dans l'ombre du couvent.


L'installation accomplie, il ne fallut pas plus de quelques jours pour qu'en espèces sonnantes et trébuchantes tombe dans les escarcelles adéquates le premier dû : des milliards d'avantages fiscaux à destination — le croirait-on ! — des plus riches des Français.

 

Pendant ce temps, les classes moyennes et laborieuses, les retraités se trouvaient lourdement taxés de prélèvements supplémentaires.


Avantages aux avantagés, charges nouvelles aux autres. Mais ce n'était là que cadeaux de noces. Le plus important allait venir. Et comme toujours, le plus important après les sous, c'était l'idéologie. Le modèle qui triomphait dans l'Amérique de Bush et que Sarkozy avait décidé d'imposer en France.


Un jour, je crois que c'était devant les Français de New York, Nicolas Sarkozy a prononcé l'essentiel de sa profession de foi : « Le but de ma politique est que vous ne soyez plus dépaysés quand vous viendrez en France. » Il faisait alors un motif de fierté d'être « Sarkozy l'Américain ». Je me souviens d'avoir pensé que le but de ma politique, au contraire, était qu'ils soient dépaysés quand ils viendraient en France, découvrant un pays qui vit selon des choix et des valeurs de société radicalement différents de ceux que le peuple américain a subis depuis les dernières décennies, et que nous espérons tous voir Barack Obama réussir à changer. Qui vit selon ses propres valeurs, quitte à dépayser le visiteur. Surtout qu'il soit dépaysé !


Il est une idéologie de l'argent, présenté comme valeur. Une idéologie de la généralisation de la loi du profit. De l'extension aux services publics des normes du marché, de la concurrence. Il est une idéologie souterraine de la distraction du citoyen, à coup de peopolisation, pour que, surtout, il ne puisse s'intéresser à la réalité des décisions que l'on prend en son nom. Il est une idéologie de la prééminence du capital. Il est une idéologie de l'extension indéfinie des normes de la globalisation. Il est une idéologie qui hausse les épaules sur notre modèle de société, le présentant à qui veut entendre comme ringard, provincial, conservateur.

 

Cette politique qui s'attaque à tous les domaines de la vie nationale, éducation, recherche, justice, que l'on nous vend sous le nom générique et obsessionnel de « réforme », ce n'est pas une modernisation, c'est une abrogation.


Pour cette abrogation, pour ce renoncement, Nicolas Sarkozy n'a pas de mandat. Le peuple français n'a jamais opté pour les choix qui depuis dix-huit mois, ouvertement ou subrepticement, sont faits en son nom. Ce qu'on lui a dit, c'est que tout allait « devenir possible ». Pas « tout est impossible », impossible l'égalité, impossible la fraternité, impossible le droit qui fait la liberté, impossible l'indépendance. On lui a dit exactement le contraire à coups répétés de dictionnaire de citations, toutes plus républicaines les unes que les autres, pour ne pas dire socialistes, quasi révolutionnaires.


C'est un abus de pouvoir, un abus de position dominante. L'exercice du pouvoir considéré comme n'ayant pas de borne, pas de limite, pas même celle de la loi, surtout pas celle des principes. Tous les pouvoirs sont concernés, pouvoirs politiques, exécutif tout-puissant, jouissant à chaque instant de recourir à l'arbitraire, puisque, pour ceux-là, l'arbitraire est jouissance, gouvernement effacé, méprisé, mis sur la touche, législatif dompté, pouvoir judiciaire tenu, désespéré mais silencieux, pouvoir médiatique de plus en plus concentré entre des mains amies, pouvoir financier et économique organisé en réseaux. Les « proches », les « amis », les « frères » du puissant, installés à tous les postes clés.


Cette mainmise, cette opacité sont une offense à ce que nous avons de plus précieux. Au fond, si j'ai engagé ma vie, et la vie de tant de citoyens qui m'ont suivi, c'est au nom du jeune homme que j'ai été, et de toutes les filles et de tous les garçons, de toutes les générations qui lui ressemblent. Tous ceux qui, à vingt ans, un peu plus tôt, un peu plus tard, ont eu envie de façonner le monde : non pas de le subir, non pas de s'en accommoder, mais de le changer, de le dessiner, de le bâtir. D'être à leur tour, après d'autres, bâtisseurs, de leur pays et de leur temps. Il y en a, beaucoup. Il y en aura, j'espère. Ceux-là, regardez-les bien, ils sont ceux que nous cherchions, dans toutes les classes, dans toutes les écoles, chaque fois que nous avons voulu faire éducation civique. Profs, et parents, et grands frères, grandes soeurs, chaque fois que nous en avons appelé à la citoyenneté, c'est eux que nous cherchions. C'est à ces garçons et à ces filles que je pense, c'est en leur nom que je me porte au combat.


Ils sont, avec le rire aux lèvres, en leurs premières manifestations, leurs premières heures passées sur internet à essayer de comprendre, ou leurs premiers engagements, leur naïveté parfois — il en faut ! —, leur don qui veut se donner, ils sont toute la République et toute la Démocratie, avec leurs majuscules. Or, nous avons un contrat avec eux. Et ce contrat, c'est qu'ils aient moyen de comprendre ce qu'on décide en leur nom. La démocratie, c'est quand les cartes sont sur la table, pour que tout un chacun, citoyen ordinaire, curieux, avisé ou distrait, s'il le veut, s'il le peut, se voie mis en situation de comprendre où on le mène et pourquoi on l'y mène. Voilà le contrat, il est de rectitude et de loyauté. Après, on peut s'accorder ou se désaccorder, mais rien n'est dissimulé.


C'est à ce contrat que l'on manque aujourd'hui. Les cartes ne sont jamais sur la table, elles sont sous la table. Il n'est pas une fille, pas un garçon — c'est à eux que je pense, c'est en leur nom que je parle, mes soeurs et mes petits frères —, et pas davantage un retraité, pas un actif responsable, qui puisse démêler l'obscur réseau de raisons et d'intérêts qui se déploie dans la politique aujourd'hui conduite en France. Je viens d'écrire « aujourd'hui ». Je voudrais bien que tout cela ne soit que pour aujourd'hui. Mais en vérité, dans la plupart des décisions prises, ce n'est pas aujourd'hui qui est en jeu, c'est du longtemps, et sans doute le pouvoir voudrait-il que ce fût du toujours. Personne ne peut démêler l'écheveau. Tu viens de la campagne, tu viens de la banlieue, tu as assisté à tes cours, soigneusement appris tes polycopiés, tu crois le monde lisible et il y a en toi une allégresse d'y engager ton destin. Mais c'est un faux-semblant. C'est un village Potemkine, mon pote, comme les villes en carton-pâte qu'édifiait à l'intention de Catherine impératrice de toutes les Russies son maréchal favori, afin qu'elle croie, parcourant la Russie de son bateau, que ses rêves se réalisaient.


En vérité, dans la France d'aujourd'hui, tout est opaque, non-dit, et seuls les initiés en savent assez pour y jouer un rôle, un vrai rôle. Jamais démocratie ne porta si mal son nom. Jamais République ne fut moins publique. C'est avec tout cela qu'on vous abuse. Et voilà vos ennemis. Et voilà les miens. J'ai juré de ne rien lâcher, en votre nom, quelles que soient les opinions que vous défendez. Je m'en fiche, des opinions. Il est bon qu'elles soient diverses. Mais je veux qu'on ne vous mente pas.


D'abord, qu'on ne vous mente plus.


Et c'est pourquoi il importe d'abord de dire non. Surtout de ne pas se laisser égarer dans les détails. Nous plantons les pilotis de la résistance nécessaire. Comme chaque fois que j'emploie le mot « résistance », il y a comme du procès dans l'air. « Résistance, vraiment, croyez-vous, disent les bouches en cul de poule, croyez-vous qu'on en soit là ? » Oui, on en est là. Oh, ce n'est pas la dictature franche que nous avons en face de nous. Non, c'est seulement la privation de notre capacité de citoyens. C'est seulement des gens qui décident à notre place sans que nous ayons la moindre idée de ce qu'ils décident, des connivences qui les unissent et des intérêts qu'ils défendent. C'est cela qui appelle la résistance des citoyens.


Et nous n'avons pas beaucoup d'armes pour résister. Les grands médias, les médias de masse comme on dit, mass media, appartiennent à des puissances qui ne voient pas d'un bon oeil le dévoilement de ces choses. Mais c'est pire que cela. C'est plus profond encore. S'il est une chose que le pouvoir a comprise, c'est la logique médiatique. Il suffit de tuer l'information par l'information. Trop d'information anesthésie l'information. Le missile qui vise l'avion de chasse ne sait plus où donner de la tête chercheuse quand on lui envoie des leurres. Le journaliste non plus. Le rédacteur en chef encore moins. Alors on organise le zapping démocratique. Trois annonces par jour, deux discours, dix images, et le plus récent efface le précédent. Et le journaliste, l'auditeur, le citoyen, tous trois sont saoulés, tourneboulés. C'est le but qu'on voulait atteindre. Il est atteint. C'est ce que nous vivons tous les jours, depuis deux ans, en vérité depuis sept ans. Le jour viendra, je le crois, où des défenses s'édifieront contre ce « leurrisme » soigneusement mis en scène et organisé. Le jour viendra où se constituera un journalisme de défense, qui saisira un objet et ne le lâchera pas, constituera des dossiers, donnera à comprendre, en profondeur, en prenant son temps, sur du papier, concentrera l'attention sur l'essentiel pour éviter la dispersion. Ce jour-là, je le crois, la crise de la presse sera conjurée puisqu'elle permettra de mettre de l'ordre dans le désordre. En attendant, nous travaillons en archipel.


Internet est propice à cet archipel des résistances, familles, amis, tous ceux qui se découvrent rebelles au gavage qu'on leur impose, aux sondages qu'on leur assène, savamment concoctés, pour leur faire croire que tout va bien, eux qui savent que tout leur échappe et que tout est organisé pour qu'ils ne puissent plus rien saisir de leur propre destin.

 

C'est un archipel de résistance, de conscience, de mauvaise volonté à plier, d'obstination civique. Des gens, de simples gens, comme nous sommes tous, qui veulent que les mots retrouvent du sens, qu'on les pèse, qu'ils soient équilibrés par leur poids de réalité. De réalité, mon pote, pas de leurre.


Et c'est le pari que je prends : c'est cet archipel de résistances qui va gagner. Et quand ils auront gagné, et nous avec eux, avec des idées frugales, avec des actes mesurés, de poids, bien sûr le monde ne sera pas meilleur d'un seul coup de baguette magique. Bien sûr, ils savent que « tout ne deviendra pas possible ». On leur a fait ce coup-là, déjà, et souvent, et en majuscules, la dernière fois. Mais ils sauront au moins qu'on ne leur racontera pas d'histoires, et qu'il n'y aura pas d'affaires derrière le rideau.


Tout ne sera pas réglé. Mais au moins, enfin, pourront-ils respirer. Les filles et les garçons, et les adultes d'où qu'ils viennent, respirer et enfin comprendre quelque chose au grand jeu de leur pays, de leur vie et de la nôtre.

La suite ICI...

 

Publié dans François Bayrou

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joseph 01/06/2009 03:49

D'accord, d'accord avec tout cela mes amis mais comme en parle si bien bernard dans son premier commentaire, voyons un peu sur le lien proposé la différence entre nicolas Dupont aignan et les guignols du OUI au traité européen qui se foutent de notre vote NON, NEIN, NO au référendum, notamment Dani dit le rouge mais est-il vraiment du bon vin !!!Les pseudos gauchos du OUI à l'Europe Atlantiste sont-ils vraiment honnête, j'en doute de plus en plus !

bernard 30/05/2009 18:17

En Réalité, tant qu'il y aura des citoyens suffisament conscients, d'authentiques patriotes libres debout, il n'en sera jamais fini de la France ...Il en a toujours été ainsi aux heures les plus sombres et il en sera toujours ainsi !C'est pourquoi la parfaite information de chaque citoyen(ne) a tellement d'importance, c'est pourquoi aussi le travail d'information citoyenne d'Adriana est tellement important, c'est pourquoi également nous devrions aussi nous efforcer de la soutenir davantage !Tant qu'il y aura de tels patriotes, il n'en sera jamais fini de la france et au final ce sont les occupants sionistes d'aujourd'hui qui comme tous leurs prédécesseurs regretteront amèrement d'avoir osé espérer mettre notre nations et ses concitoyens en boîte, notamment via nos médias confisqués !!!N'ayons donc plus à rougir, ni de notre conscience, ni de nos paroles, ni de notre patriotisme français et européens également car pour sûr, nous le sommes également même si transitoirement, ils ont dévoyés notre Europe sur des chemins de perdition, elle aussi renaîtra un jour libérée de cette occupation  !!!Vive la France libre !

Bonny 30/05/2009 16:39

C'en est fini de la France !Bayrou ,d'une manière tès alambiquée a pointé du doigt la mainmise du lobby qui n'existe pas et des banksters sur ce pays.Comme les yankees on se retrouve sur le versant tragique du déclin .La situation est extrêmement  grave.

Abdelkader+DEHBI 29/05/2009 22:16

Cher Bernard, il serait difficile, voire présomptueux, de chercher à être plus clair que ne l'a été M. Bayrou, dès les premiers paragraphes de son livre où il dénonce d'une manière limpide, l'emprise du pouvoir sarkozien sur les rouages de la République française. Un Sarkozy dont les relations sulfureuses avec le sionisme mondial - et partant, avec les milieux de la grande finance - sont archi connues. En tous cas, ici à Alger, dans les milieux nationalistes, M. Sarkozy est souvent désigné comme étant le "Proconsul de Tel-Aviv en France"

bernard 29/05/2009 17:53

Cher Abdel peut-être devrais-tu être plus explicite en précisant des faits sur le sujet ou ta pensée car autrement, il semble quelque peu difficile pour un citoyen ordinaire de comprendre ce que tu veux vraiment dire concernant Bayrou !?