Un pouvoir déphasé par rapport à la colère sociale

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Là, pareil, un tableau de ce qui se profile...




Un pouvoir déphasé par rapport à la colère sociale


par Patrick Jarreau



5 mars 2009 - Nicolas Sarkozy proclame que les réformes continuent. Démentie chaque jour ou presque, cette affirmation accentue le décalage entre le gouvernement et une société préoccupée avant tout par une situation économique et sociale imprévisible.


Le pouvoir a commencé par renoncer à la réforme des lycées. Il bat en retraite sur les enseignants-chercheurs. Le texte de loi sur l'hôpital, pourtant préparé avec soin par Roselyne Bachelot, provoque aussi une contestation, à vrai dire prévisible, mais amplifiée par le contexte général.


Quant à redistribuer les cartes des collectivités locales, comme la commande en a été passée à Edouard Balladur, on verra… plus tard. Comme disait Gaston Defferre, père de la décentralisation en 1981, ce genre de réforme se fait dans les six mois qui suivent l'élection ou jamais.

Autonomie des universités, paquet fiscal… les anciennes réformes pas encore digérées

Mais les projets ne sont pas seuls en cause. Le pouvoir est aussi sur la défensive pour des réformes votées dans la période qui a suivi les élections de 2007.


La contestation soulevée par le décret sur les enseignants-chercheurs provoque une remise en question de la loi sur l'autonomie des universités elle-même.


La gauche et les syndicats font campagne pour l'annulation du « paquet fiscal » de l'été 2007, qu'ils condamnent comme un cadeau aux plus riches (élargissement du bouclier fiscal) et un facteur de chômage (exonération des heures supplémentaires).


Les sondages indiquent que Nicolas Sarkozy conserve la confiance de ses électeurs du premier tour. Mais ceux qui jugent négativement son action et son comportement sont largement majoritaires dans le pays.


La mise en œuvre du programme sur lequel il a été élu suscite aujourd'hui des résistances qui s'expriment par des grèves et des manifestations. Il peut se heurter à des blocages dans la majorité parlementaire, dont le travail du dimanche a donné un exemple et dont le projet de statut des beaux-parents pourrait pâtir lui aussi.


Le président est donc menacé d'être atteint à son tour par la malédiction des deux ans qui semblait attachée à Jacques Chirac. Comme son prédécesseur, il sera bientôt paralysé, contraint de se borner à gérer la crise. Il l'est déjà, en fait.


Mais ce n'est pas tout. Autant que par l'impuissance, le pouvoir est menacé de devoir battre en retraite. Sarkozy a déjà dû faire des concessions aux syndicats et à la gauche lors du sommet social du 18 février. Le collectif budgétaire approuvé mercredi par le conseil des ministres –le quatrième depuis l'automne– est la facture des ces mesures, mais aussi de l'approfondissement de la crise, qui multiplie par deux le déficit de l'Etat (104 milliards d'euros prévus en 2009 au lieu de 56 milliards constatés en 2008).


Une colère très vive contre les privilégiés de la croissance passée


Or, plusieurs éléments incitent à penser qu'il n'a pas fini de reculer face à la protestation sociale. Le nombre de chômeurs croît à une vitesse effrayante, au rythme d'un million par an. L'indemnisation fonctionne, évidemment, et sa couverture est étendue en faveur des jeunes dans le dispositif du 18 février. Mais un chômage aussi massif et soudain ne peut pas être supporté sans douleur ni réaction par la société.


Cette crise fait naître, en outre, une colère très vive contre les privilégiés de la croissance passée. En clair, contre les riches.


Aux Etats-Unis, Barack Obama est en phase avec ce sentiment. Il a été élu, en partie, pour inverser le cours des décennies précédentes, aggravé par les baisses d'impôt de la présidence Bush, et pour demander des comptes aux banquiers et aux milliardaires. Il plafonne les rémunérations des patrons qui reçoivent l'aide de l'Etat et supprime les allègements fiscaux pour les revenus supérieurs à 250 000 dollars (199 000 euros) par an.


La situation est inverse pour Nicolas Sarkozy, qui a commencé par des baisses d'impôts à la George Bush en 2007. Il ne veut pas se déjuger. Mais les socialistes, la gauche dans son ensemble et les syndicats ne cessent de répéter : « Annulez le paquet fiscal ! »


Dans deux semaines, la nouvelle journée de mobilisation syndicale du 19 mars est grosse de danger pour le président et le gouvernement. Cela d'autant plus que le mouvement social a gagné dans les grandes largeurs en Guadeloupe.

Au point où il se situe, le chômage n'est plus nécessairement dissuasif. Il peut renforcer, au contraire, la volonté d'arracher aux patrons, aux banquiers et à la droite au pouvoir une revanche sur les dogmes libéraux des deux dernières décennies : augmenter le SMIC ou nationaliser les banques, par exemple.


Que peut faire Sarkozy pour faire baisser la pression qui monte dans la chaudière ? Changer de gouvernement ? Mais le gouvernement, c'est lui. Quelle raison aurait-il de nommer un autre premier ministre à la place de François Fillon aujourd'hui ? Quant aux ministres, certains sont hors service après une défaite, comme Xavier Darcos, ou pour d'autres raisons (Rachida Dati), mais les autres ont appris leur métier et le font bien, en particulier dans le secteur économique et social.


Serrer les dents, veiller au grain, déminer, voilà le seul agenda possible pour le président dans les semaines et les mois qui viennent. Est-ce seulement imaginable ?


Sources Rue 89

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jordan 23/06/2009 21:46

Finalement Sarko, ce n'est pas de la rupture ...  c'est plutôt ou plus exactement de la démolition nationale en règle, si l'on peut dire !!!Attila, l'envahisseur tatare, le père de la nation hongroise aurait voulu se venger de la gaule et des gaulois qu'il ne s'y serait pas pris autrement !!!