Pour réformer l'Etat, supprimer 40 000 postes de fonctionnaires
Un article intéressant démontrant comment l'Etat peut faire des économies tout en préservant son modèle social... à méditer.
Réforme de l’Etat - Il faut une thérapie de choc
par Patrick Artus
En matière de réforme de l’Etat, Dominique de Villepin a fait le choix de la lenteur et de la prudence. Seuls un peu plus de 5 000 fonctionnaires partant en retraite ne seront pas remplacés l’an prochain, et il n’est pas question de remettre en cause le statut de la fonction publique. La Loi organique relative aux lois de finances (Lolf), censée moderniser la gestion du budget de l’Etat, déçoit : annoncés de longue date, les indicateurs de productivité se révèlent inexistants.
Ce qu’il faudrait aujourd’hui pour entamer vraiment la réforme de l’Etat, c’est une rupture, un choc. Cela passerait par la remise en cause globale du statut de la fonction publique et la disparition des corps de métiers par ministères : on créerait, par exemple, le métier d’informaticien de l’Etat, ces personnels pouvant être employés là où les besoins se font sentir. Sur le modèle suédois, des agences autonomes, libres de leur politique de recrutement, seraient chargées de gérer les différents services publics. Impossible à réaliser en France ? Nous sommes contraints d’aller dans cette voie. Car les dépenses sociales (santé, retraites) vont aller croissant.
L’équation est simple : pour stabiliser l’endettement public, en proportion du PIB, il faudrait ramener le déficit à 1,5 % du PIB (contre 3,5 % aujourd’hui). Les besoins non satisfaits dans des secteurs d’avenir (université, recherche) représentent quant à eux 4 % du PIB. Il faut donc trouver les moyens de financer 6 points de PIB. Augmenter les impôts pour ce faire serait suicidaire, dans le contexte européen de concurrence fiscale exacerbée. La seule solution est d’économiser ces 6 points sur les dépenses publiques les moins indispensables. C’est possible, à condition de réaliser des gains de productivité de 2 % l’an. Pour ce qui concerne l’Etat, cela reviendrait à supprimer 40 000 postes par an, par non-remplacement des départs en retraite.
Il s’agirait d’une véritable thérapie de choc. Mais celle-ci apparaît nécessaire, y compris d’un point de vue macro-économique. En effet, c’est à condition de percevoir un changement brutal dans la gestion des finances publiques, dans le sens d’une rigueur accrue, que les consommateurs comme les chefs d’entreprise se persuaderont que les impôts sont vraiment sous contrôle. Ils hésiteront alors moins à consommer et à investir. D’où un effet de relance sur l’économie. Cette thérapie est le seul moyen de préserver le modèle social français, fondé sur une mutualisation importante des risques (santé, vieillesse). Sinon, la prise en charge de ces risques par le secteur public sera petit à petit écornée, laissant la place au privé.
Sources : CHALLENGES
Posté par Adriana Evangelizt